Présentation Vidéo de Michel Onfray « Le problème avec le wokisme » du 11 mai 2026 :

Analyse éditoriale

Le sujet est devenu l’un des grands champs de bataille culturels contemporains. « Wokisme », « cancel culture », « déconstruction », « pensée identitaire » : derrière ces mots, souvent employés comme des slogans ou des armes politiques, se cache une confrontation profonde sur la vérité, la liberté d’expression, l’histoire et les rapports de domination.

Dans cette intervention dense et polémique, Michel Onfray déroule une thèse claire : le wokisme ne serait pas une émancipation, mais une inversion des mécanismes qu’il prétend combattre.

« Le wokisme se présente comme une lumière »

Le philosophe commence par revenir à l’étymologie du mot woke, issu de l’anglais awake, « éveillé », « conscient ». Il établit immédiatement un parallèle avec la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle, censée combattre l’obscurantisme religieux.

Pour lui, le wokisme reprend cette mécanique : désigner un ennemi supposé obscurantiste — racisme, sexisme, homophobie — puis prétendre incarner le progrès moral. Mais là où le discours devient plus frontal, c’est lorsqu’il accuse certains militants d’avoir remplacé l’universalisme par une logique identitaire.

« Le problème n’est plus le vrai ou le faux, dit-il en substance. Le problème devient : qui parle ? » C’est tout le cœur de son raisonnement : la vérité scientifique ou historique serait désormais, selon lui, jugée à travers des critères raciaux, culturels ou identitaires.

L’universalisme contre le « racialisme inversé »

Michel Onfray prend plusieurs exemples pour illustrer ce qu’il considère comme une dérive. Il évoque des réunions interdites aux hommes ou aux « Blancs », certains débats sur les campus américains, ou encore les polémiques autour de figures scientifiques et historiques occidentales.

Le philosophe développe alors une idée qu’il répète à plusieurs reprises : « retourner le gant » ne change pas sa nature. Autrement dit, remplacer une discrimination par une autre ne constituerait pas un progrès. Son propos s’inscrit dans une ligne universaliste française classique, héritée des Lumières républicaines, qui considère que les individus doivent être jugés indépendamment de leur origine, de leur couleur ou de leur religion.

Une vision qui s’oppose frontalement à une partie des théories critiques contemporaines, notamment issues des universités américaines, où les notions de domination structurelle, de privilège blanc ou d’intersectionnalité occupent désormais une place centrale dans les sciences sociales.

Les campus américains, laboratoire idéologique

Le philosophe pointe particulièrement l’influence des universités américaines dans la diffusion des théories dites « déconstructrices ». Il cite notamment Jacques Derrida, Michel Foucault, Roland Barthes ou encore Louis Althusser. Mais son analyse se veut nuancée : il refuse de réduire ces penseurs à ce que certains militants auraient fait de leurs travaux.

« Derrida, ce n’est pas les derridiens américains », explique-t-il en substance, rappelant que les œuvres de ces philosophes dépassent largement les usages militants contemporains.

Michel Onfray reconnaît même l’intérêt de certains travaux de Foucault sur les mécanismes disciplinaires ou de Derrida sur la peine de mort et la condition animale. Une manière pour lui de distinguer les textes originaux de leur réappropriation idéologique.

La fracture française

En France, le débat autour du wokisme est devenu hautement inflammable. Une partie de la gauche considère le terme comme un mot-valise servant à discréditer les luttes contre les discriminations. D’autres, au contraire, y voient une idéologie fragmentant la société en communautés concurrentes.

Le sujet traverse désormais tous les espaces : universités, médias, culture, école, entreprises, réseaux sociaux. Des polémiques éclatent régulièrement autour de conférences annulées, d’œuvres déboulonnées, de revendications identitaires ou de controverses sur la liberté d’expression.

En 2021 déjà, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer dénonçait « une matrice intellectuelle venue des campus américains ». À l’inverse, de nombreux chercheurs accusent les anti-woke d’entretenir une panique morale et de caricaturer les sciences sociales.

Une société de plus en plus irréconciliable ?

Au-delà de la polémique philosophique, cette intervention révèle surtout un climat intellectuel devenu extrêmement tendu. Chaque camp accuse l’autre de censurer, caricaturer ou radicaliser le débat. Michel Onfray dénonce une époque où certaines opinions seraient disqualifiées avant même d’être discutées. Ses contradicteurs lui reprochent au contraire d’alimenter un discours réactionnaire contre les mouvements antiracistes, féministes ou LGBTQ+.

Reste une question centrale, qui dépasse largement les querelles de plateaux télé : comment lutter contre les discriminations sans enfermer chacun dans une identité ? Comment défendre l’universel sans invisibiliser les réalités vécues ? Et comment préserver le débat démocratique dans une société où chaque mot devient un champ de bataille idéologique ?

Une chose est certaine : le débat autour du wokisme n’a pas fini d’enflammer la vie intellectuelle française.

La Rédaction

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