Par Mathilde VignalPhotos Dominique Maurel

Jour 3 : entre slasher queer, documentaire bouleversant et Farhadi mitigé

Troisième journée sur la Croisette, et le festival commence à montrer son vrai visage : celui d’un programme dense, exigeant, qui ne laisse pas de répit. Cinq films au compteur aujourd’hui, de l’expérimental au populaire, du choc au sourire. Petit bilan sans filtre.

Moteurs et émotions

Ce jeudi avait un goût de nostalgie mêlée de cinéma d’auteur. Le matin, la Croisette s’est réveillée avec une curiosité : une montée des marches pas comme les autres, pour les 25 ans de Fast and Furious. Vin Diesel, Michelle Rodriguez et Jordana Brewster ont foulé les marches sous les acclamations d’une foule déchaînée, avant une projection événement du premier volet de la saga culte. Très ému à l’issue de la projection, Vin Diesel a enlacé Meadow Walker, la fille de Paul Walker, star emblématique de la saga disparue en 2013. Une soirée entre nostalgie, moteurs vrombissants et hommage sincère.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma : ambitieux, mais…

La journée s’ouvre du côté d’Un Certain Regard avec le film-événement de Jane Schoenbrun. Le slasher queer a déclenché de grands éclats de rires tout au long de la projection pour sa critique mordante de la culture du reboot hollywoodien, notamment la volonté des grands studios de ressusciter des franchises oubliées. Hannah Einbinder et Gillian Anderson forment un duo de choix dans un jeu de séduction délicat et fiévreux, entre audace et vulnérabilité.

C’est dense, méta, parfois brillant, mais aussi parfois trop hermétique pour qu’on s’y laisse vraiment porter. Schoenbrun propose une interrogation très directe sur la manière dont le cinéma a façonné son éveil sexuel, mais l’ensemble s’avère dense, presque impénétrable pour quiconque n’est pas dans la confidence. Un film qui divise, et c’est peut-être là sa force. Pas mal dans l’ensemble, sans être le coup de cœur attendu.

Gabin : le coup de poing de la Quinzaine

Là, c’est autre chose. Gabin de Maxence Voiseux, présenté à la Quinzaine des cinéastes, est de loin l’un des plus beaux films de ces premiers jours. Le cinéaste signe bien plus qu’un documentaire : une épopée intime sur la fin d’un monde et l’éveil d’une conscience.  On suit Gabin de ses 8 à ses 18 ans, fils de boucher dans le Nord de la France, tiraillé entre l’héritage familial et ses propres rêves. Avec la même sobriété magique que le Boyhood de Linklater, Voiseux se refuse à tout indice extradiégétique, et préfère saisir au vol des instants de vie d’une incroyable authenticité.

La scène entre le père et son frère s’impose d’ores et déjà comme l’un des grands moments de ce Cannes 2026, cristallisant des décennies de non-dits ruraux.  On ressort de là avec quelque chose de serré dans la poitrine. Génial, simplement.

Fatherland : la beauté froide de Pawlikowski

Retour en compétition avec Fatherland de Pawel Pawlikowski, le réalisateur d’Ida et Cold War. Un road-movie en noir et blanc qui suit Thomas Mann traversant l’Allemagne en ruines de 1949 aux côtés de sa fille Erika. Ce qui fascine chez ce réalisateur, c’est sa manière de filmer les silences et le vide, et sa très belle utilisation du noir et blanc. C’est un film qui frappe par sa beauté.

Mais voilà, à force de tout laisser en suspens dans un contexte historique flou pour beaucoup, Fatherland peut paraître un peu impénétrable, avançant comme en pilote automatique sans que le réalisateur se pose un instant pour laisser place à l’émotion. Bien, indéniablement, mais qui demande beaucoup au spectateur sans toujours lui tendre la main.

Histoires parallèles : le Farhadi qui ne décolle pas tout à fait

Le film le plus attendu du jour, peut-être du festival. Asghar Farhadi, avec Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney et même Catherine Deneuve. Le casting de rêve, la tension habituelle du maître iranien, Paris comme décor. Sur le papier, candidat évident à la Palme.

À l’écran… c’est bien. Vraiment. Farhadi n’a pas perdu son sens du thriller psychologique, ni son talent pour faire glisser un drame intime vers quelque chose d’universel. Mais quelque chose résiste. Les dialogues, trop lisses, trop calibrés, sonnent parfois comme une version idéalisée du « film d’auteur français de prestige », ciselés en surface, mais qui peinent à laisser une vraie trace. Les personnages, malgré un casting éblouissant, restent à distance, esquissés plus qu’incarnés. On observe sans vraiment être pris. J’attendais tellement, peut-être la Palme, peut-être la claque, et cette attente a sans doute joué contre lui. Décevant sans être mauvais. C’est la frustration des grands cinéastes.

Les Caprices de lenfant roi : la bonne surprise du soir

Et pour finir en beauté, direction le film de Michel Leclerc, les Caprices de l’enfant roi. 1651 : Louis XIV adolescent, caché dans la troupe de Molière, sous la protection de Cyrano et D’Artagnan. Le réalisateur revendique avant tout le plaisir du récit, du jeu et de l’imaginaire, une comédie rebondissante de cape et d’épée, capable de mélanger panache, humour et émotion sans jamais sacrifier le plaisir du spectateur.

C’est exactement ce que c’est, et c’est délicieux. Artus, Franck Dubosc, Doria Tillier, Julia Piaton, chacun au meilleur de sa forme dans un film qui assume pleinement sa légèreté. On rit, on s’amuse, le théâtre devient le cœur du film, lieu d’apprentissage pour le jeune Louis XIV qui découvre, en quittant le Palais Royal pour une troupe itinérante, le peuple, le monde et le pouvoir de la représentation. Une vraie réussite, et une belle façon de terminer cette longue journée.


Trois jours, et Cannes commence déjà à livrer ses cartes.

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