21 mai 2026 = Dans leur appartement de 40 m² de la résidence Romain-Gary, à Nice, les jouets d’un bébé côtoient les piles de cours universitaires. D’un côté, les manuels de médecine de Joseph. De l’autre, les dossiers de master 2 de Saoirse. Entre les deux, le quotidien fragile d’un jeune couple étudiant devenu parent au milieu de ses études. Mais depuis plusieurs semaines, une autre réalité s’est imposée dans leur vie : celle de devoir faire leurs cartons.
Une naissance au milieu des études
Joseph poursuit actuellement sa cinquième année de médecine à l’université de Nice. Saoirse, 25 ans, était jusqu’à récemment major de promotion de son master 2 à la faculté des Lettres avant de mettre temporairement ses études entre parenthèses après la naissance de leur fille.
Comme de nombreux étudiants boursiers, le couple dépend largement du logement universitaire pour maintenir un équilibre financier déjà extrêmement précaire. Depuis septembre 2024, ils vivent dans un appartement du Crous Nice-Toulon au sein de la résidence Romain-Gary. Un logement devenu aujourd’hui source d’angoisse permanente.
« Vous devez partir »
Le choc survient le 4 décembre 2025. Le couple reçoit un courrier officiel de la direction académique leur rappelant que “les logements en résidence universitaire sont réservés aux étudiants et aux publics éligibles aux prestations des Crous”.
Dans cette lettre révélée par Nice-Matin, l’administration exige également la transmission du certificat de scolarité de Saoirse pour l’année universitaire 2025-2026. À défaut, une exclusion est évoquée dès le 1er janvier 2026. Pour le couple, le message est clair : leur situation familiale pose désormais problème.
Le cœur du conflit : la présence de leur enfant
Joseph conteste fermement l’interprétation du règlement. Selon lui, les textes internes du Crous indiqueraient qu’un logement peut être maintenu dès lors qu’au moins l’un des deux membres du couple reste étudiant.
Mais la direction oppose une autre lecture. Pour la directrice du Crous Nice-Toulon, Mireille Barral, le règlement interdit “l’hébergement d’une tierce personne, y compris un enfant”. Autrement dit : l’appartement est considéré comme adapté à un couple étudiant, mais pas à une famille.
« Les enfants sont désormais interdits »
Au-delà du dossier administratif, le couple dénonce surtout un changement profond de philosophie au sein des résidences universitaires. « Ils nous disent qu’à la suite d’un changement de politique, les enfants sont désormais interdits dans les résidences », affirme Saoirse auprès de Nice-Matin.
Une situation qu’elle juge d’autant plus incompréhensible que certaines résidences acceptent désormais les animaux domestiques dans de très petits studios. Pour ces jeunes parents, le signal envoyé est brutal : un étudiant avec un chien serait accepté, mais pas un étudiant avec un enfant.
Une pression constante pendant les examens
Le couple décrit plusieurs mois de tensions avec l’administration. « Vous devez partir, vous devez partir… », répétaient selon eux les relances reçues du Crous.
Une pression difficile à gérer alors que Joseph poursuivait ses études de médecine et que Saoirse s’occupait d’un nourrisson. « J’avais des partiels, des révisions, on ne pouvait pas partir comme ça », raconte le jeune étudiant. Finalement, épuisés, les deux jeunes parents ont accepté de donner leur congé pour le mois de juin.
La précarité étudiante face à la réalité familiale
Cette affaire met en lumière une réalité rarement évoquée : celle des étudiants parents. Selon l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), plusieurs milliers d’étudiants en France doivent concilier études supérieures, précarité financière et parentalité. Une situation souvent invisible dans les politiques universitaires.
Le coût du logement représente déjà l’un des premiers facteurs de précarité étudiante. À Nice, où le marché immobilier est particulièrement tendu, trouver un appartement familial abordable relève souvent du parcours impossible.
Une crise du logement qui frappe les étudiants
La situation niçoise illustre plus largement la saturation croissante du logement étudiant en France. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, les demandes de logements Crous dépassent largement les capacités d’accueil disponibles.
Dans les grandes métropoles universitaires, les listes d’attente explosent. À Nice, le prix moyen des loyers reste parmi les plus élevés de France pour les étudiants. Pour de nombreux jeunes, perdre un logement universitaire signifie parfois basculer immédiatement dans une très grande précarité.
« On a le sentiment d’être pénalisés »
Aujourd’hui, Joseph et Saoirse disent surtout ressentir un profond abandon institutionnel. « On a le sentiment qu’au lieu d’accompagner les étudiants les plus fragiles, le système pénalise ceux qui fondent une famille pendant leurs études », confient-ils.
En attendant, ils seront hébergés temporairement chez les parents de Joseph. Mais cette solution reste provisoire. À l’approche de la rentrée universitaire, l’inquiétude grandit. « Il faudra bien qu’on trouve », souffle le futur médecin.
Une question qui dépasse leur seul cas
Au-delà de cette famille, cette affaire pose une question plus large : quelle place l’université française réserve-t-elle aux étudiants devenus parents ? Car derrière les règlements administratifs se cache une réalité humaine. Celle d’un couple qui tente de poursuivre ses études malgré la précarité. Celle d’une jeune mère ayant suspendu son parcours universitaire après la naissance de son enfant. Et celle d’un système parfois accusé de ne plus savoir accompagner les trajectoires atypiques.
Dans une société où l’on parle constamment d’égalité des chances, l’histoire de Joseph, Saoirse et de leur petite fille rappelle brutalement qu’étudier tout en fondant une famille peut encore devenir, en France, un parcours d’obstacles.













