Par Pascal Gaymard – Photos Dominique Maurel
Lundi 18 Mai 2026 : De la Guerre aux Monstres…
Pour ce dimanche, le programme est chargé avec la Seconde Guerre Mondiale, les monstres, l’histoire et tu t’es vu quand t’a bu… Il y a des prix qui se cachent derrière ces énigmes. La différence entre les sujets et le traitement des films est saisissant selon que nous soyons dans l’histoire, dans l’anticipation ou dans le documentaire…
FJORD : Le progressisme est aussi un intégrisme ordinaire…
En 2007, le public cannois découvrait 4 MIS 3 SEMAINES 2 JOURS d’un réalisateur Roumain qui a symbolisé la Nouvelle Vague de son pays : Cristian Mungiu. Il est devenu un habitué du public de la Croisette avec en 2009, CONTES DE L’AGE D’OR, un film à sketchs, puis en 2012, AU-DELA DES COLLINES avec à la clé, un prix du meilleur scénario et un double prix d’interprétation féminine. En 2016, pour BACCALAUREAT, il remporte le prix de la mise en scène, puis RMN ù il dirige Renate Reinsve. Alors FJORD me direz-vous ? Il est IMPOSSIBLE que ce film ne soit pas au Palmarès mais à quelle place ? Un prix du Jury, le Grand Prix du Jury u la Palme d’Or comme beaucoup le souhaitent et le prétendent du côté de la critique ? Pourquoi ? Parce que Cristian Mungiu n’a pas choisi la facilité. Il décrit les difficultés d’une famille roumaine avec 5 enfants, qui s’installe dans un village perdu au fond d’un fjord norvégien. Ils sont très religieux, Evangélistes, et éduquent leurs enfants dans une stricte observance basée de prières et de refus d’une certaine modernité pas que de mœurs mais aussi de pensée. Dès lors, les bien pensants vont se révéler bien plus intégristes, racistes, xénophobes que les immigrés roumains. Ils ont l’intime conviction de faire partie du camp du Bien et au nom d’une fessée au lieu d’une tape sur les mains, ils vont retirer la garde de leurs 5 enfants dont un nourrisson allaité au sein par la mère à cette famille qui ne comprend pas ce qu’on leur reproche…
Cristian Mungiu amène si bien son propos qu’il en devient furieusement « révolutionnaire » dans un monde progressiste devenu totalement fou…
DISONS UN SOIR A DINER : Dario Argento présente…
Dans le cadre de la sélection, « Cannes Classics », Thierry Frémaux avait convié le grand Dario Argent afin de présenter son dernier film en tant que seulement scénariste, « Disons, un soir à dîner ». Cette sélection met en lumière des films restaurés. Dans sa présentation, Dario Argento a expliqué les raisons de son arrivée sur cette adaptation de la pièce de Giuseppe Patroni Griffi : « n m’a clairement fait comprendre que c’était l’aspect sexuel qu’il fallait mettre en avant ». Il a gardé la structure de laboratoire bourgeois : un petit groupe de personnages enfermés dans des appartements luxueux où tout se joue dans les dialogues, les regards et les recompositions de couple. Le film repose largement sur son casting international: Florinda Bolkan, Annie Girardot, Jean‑Louis Trintignant, Tony Musante, Lino Capolicchio. La musique d’Ennio Morricone est sans doute ce qui a le mieux vieilli : ses thèmes enveloppent le film d’une mélancolie et d’une tension douce qui élèvent souvent les scènes au‑delà de ce que le scénario raconte réellement.
Mais le film garde de vraies qualités: un sens du cadre, un montage inventif, des acteurs habités, une musique sublime, et cette capacité très italienne à transformer la crise sentimentale bourgeoise en spectacle baroque.
AQUI : Adaptation ambitieuse et exigeante de la Trilogie de Jésus de J.M. Coetzee, réalisée par le cinéaste portugais Tiago Guedes, AQUI a été présenté dans la sélection « Cannes Première ». Il raconte l’histoire de David, un enfant réfugié, qui trouve refuge auprès de Simón et Inés dans un territoire sans mémoire ni passé. Au casting, n retrouve deux noms connus en France, Sergi Lopez et Lambert Wilson. Guedes décrit son approche : « J’ai filmé cet état d’exil comme une amnésie historique postmoderne. Simón et Inés tentent d’ancrer David dans un monde sans modèles, mais c’est l’enfant qui, à travers une figure quichottesque, revendique le pouvoir de l’inconsistance et du mythe ». Le film explore comment cette société impose ses règles et traite la différence comme une menace, tandis que David résiste et incarne l’imagination et la liberté.
AQUI s’impose comme une œuvre exigeante de 3h23, fidèle à l’univers contemplatif de Coetzee, portée par des interprétations remarquées mais caractérisée par une narration inégale qui ne convaincra pas tous les spectateurs



HER PRIVATE HELL : Nicolas Winding-Refn expérimente…
Pour une fois, Thierry Frémaux a eu raison de présenter le dernier film de Nicolas Winding-Refn, HER PRIVATE HELL en Hors Compétition car c’est un film ouvertement expérimental. Il marque le retour de Nicolas Winding Refn au long-métrage après dix ans d’absence, un projet né après que le cinéaste danois ait frôlé la mort suite à une grave insuffisance cardiaque. L’intrigue se déploie dans une métropole futuriste engloutie par une brume mystérieuse, où Elle (Sophie Thatcher) cherche son père tandis qu’un GI américain, Private K (Charles Melton), tente de sauver sa fille de l’Enfer. Le récit s’entrelace en multiples strates : une histoire dans un hôtel désert, un film dans le film, des flashbacks au Japon d’après-guerre sous occupation américaine, le tout peuplé de personnages lynchiens et d’un tueur en série surnommé le « Leather Man ». Cette construction fragmentée, comparable à un rêve halluciné, rompt volontairement avec toute narration traditionnelle pour privilégier des archétypes -la fille, le père, le diable- qui errent dans des décors changeants. Visuellement, le film s’inscrit dans la lignée directe de Only God Forgives et The Neon Demon avec ses couleurs saturées, ses néons pulsant dans des tonalités pourpres, rouges et bleues, et ses décors artificiels. La partition du compositeur italien Pino Donaggio, célèbre pour ses collaborations avec Brian De Palma et Dario Argento, vient réchauffer la froideur visuelle avec des thèmes mélancoliques qui constituent « l’âme » du film. Mais l’ennui guette si on n’entre pas dans le film… C’est lent et le film peut paraître répétitif et long… Il est vrai que l’intrigue est vraiment minimaliste… Seul surnage la performance de l’actrice, Sophie Thatcher, captivante voire envoutante.













