Sous les pinceaux de l’artiste Taroe, sa façade se transforme en une immense fresque célébrant l’histoire et les paysages de la vallée de la Roya. Au-delà de l’œuvre artistique, ce chantier s’inscrit dans un vaste projet municipal de requalification destiné à redonner vie à ce hameau frontalier quasiment déserté depuis plusieurs décennies. Une ambition qui vise à faire de cette porte d’entrée de la vallée un lieu de mémoire, de culture et d’attractivité touristique d’ici 2030.
Un bâtiment abandonné qui retrouve une âme
Pendant des années, l’ancienne douane de Piène-Basse symbolisait l’abandon progressif de ce petit hameau situé aux confins de la frontière franco-italienne. Les visiteurs attirés par l’urbex découvraient des bureaux dévastés, du mobilier éventré, des ordinateurs abandonnés au sol et des pièces entièrement détruites par le temps.
Aujourd’hui, le décor change radicalement. Les murs gris laissent place à une immense composition colorée qui transforme le bâtiment en véritable œuvre d’art à ciel ouvert. À chaque coup de pinceau, l’artiste Taroe redonne une identité visuelle à un édifice qui semblait voué à disparaître.
Sélectionné après consultation de plusieurs artistes, il explique avoir proposé différentes maquettes inspirées de l’histoire locale avant que la municipalité ne retienne le projet actuel.
Breil-sur-Roya comme fil conducteur de l’œuvre
La fresque raconte avant tout un territoire.
On y retrouve les paysages emblématiques de Breil-sur-Roya, son célèbre lac, ses maisons traditionnelles ainsi que le faucon crécerelle, devenu l’un des symboles naturels de la vallée.
Pour Taroe, cette réalisation possède également une dimension personnelle. La tempête Alex, qui a ravagé la vallée en octobre 2020, a profondément marqué l’opinion publique nationale mais aussi de nombreux artistes.
Selon lui, cette catastrophe a laissé une empreinte durable dans les mémoires et participe aujourd’hui à la volonté collective de reconstruire l’image de ce territoire.
La fresque apparaît ainsi comme un message d’espoir autant qu’un hommage à une vallée qui continue de se relever.
Un hommage à l’artiste Eugenio Comencini
L’œuvre dialogue également avec l’histoire artistique locale.
Taroe s’est inspiré des créations du peintre italien Eugenio Comencini, originaire de Piène-Basse et figure reconnue des deux côtés de la frontière.
Après avoir découvert ses tableaux, l’artiste contemporain a repris certains codes chromatiques afin d’inscrire sa propre création dans une continuité patrimoniale.
Cette référence permet d’ancrer la fresque dans l’identité culturelle du hameau tout en lui offrant une lecture contemporaine.
Piène-Basse, un village oublié de la frontière
Aujourd’hui simple lieu de passage entre la France et l’Italie, Piène-Basse possède pourtant une histoire particulièrement riche.
Jusqu’en 1947, ce village, alors appelé Piena Bassa, appartenait à l’Italie. À la suite des traités d’après-guerre, il est rattaché à la France et intégré à la commune de Breil-sur-Roya.
À son apogée, le hameau disposait d’une gare ferroviaire, d’une douane, de commerces, d’habitations et d’une activité économique portée notamment par une centrale hydroélectrique.
Avec les évolutions des infrastructures frontalières et les mutations économiques, la population a progressivement quitté les lieux. Les bâtiments ont été abandonnés les uns après les autres, laissant place à un paysage urbain figé dans le temps.
Aujourd’hui, seule l’usine hydroélectrique demeure encore en activité.
Un projet global de renaissance d’ici 2030
La fresque constitue la première étape visible d’un programme beaucoup plus ambitieux porté par la municipalité.
Le maire de Breil-sur-Roya, Sébastien Olharan, affiche un objectif clair : empêcher que Piène-Basse disparaisse définitivement de la mémoire collective.
Selon lui, il est essentiel de conserver une trace de l’histoire du hameau tout en lui donnant une nouvelle vocation touristique et culturelle.
Plusieurs bâtiments déjà très dégradés ont été démolis, tandis que la commune prévoit l’acquisition de nouvelles parcelles afin de poursuivre cette restructuration.
À terme, seuls quelques édifices emblématiques devraient être conservés : l’ancienne douane, la chapelle, la gare ainsi qu’un bâtiment privé.
Créer une halte culturelle à l’entrée de la vallée
Le projet municipal dépasse largement la simple restauration architecturale.
L’ambition est de créer un espace accueillant où les visiteurs pourront découvrir l’histoire de Piène-Basse grâce à des supports pédagogiques, des œuvres artistiques, des espaces verts et des lieux de détente.
Cette première phase vise à transformer ce territoire en halte touristique attractive à l’entrée de la vallée de la Roya.
Dans un second temps, la municipalité espère attirer des investisseurs capables de redonner vie à certains bâtiments historiques, notamment l’ancienne gare, afin d’y développer des activités économiques ou culturelles.
La culture comme moteur de revitalisation
Cette initiative illustre une stratégie de plus en plus répandue dans les territoires ruraux : utiliser l’art urbain comme outil de revitalisation patrimoniale.
La fresque monumentale devient ainsi bien davantage qu’une simple décoration. Elle constitue un signal fort adressé aux habitants comme aux visiteurs : Piène-Basse n’est pas un village condamné à l’oubli, mais un patrimoine vivant appelé à écrire une nouvelle page de son histoire.
Dans une vallée encore marquée par les stigmates de la tempête Alex, cette transformation symbolise aussi une volonté collective de reconstruction, où la mémoire du passé nourrit les ambitions de demain.
Véronique La Rosa













