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ANTIBES – Marineland : les orques et dauphins vont quitter la France pour l’Espagne, un tournant explosif dans le dossier des cétacés captifs

C’est un nouveau séisme pour l’ancien emblème touristique de la Côte d’Azur. Après des mois d’incertitudes, le gouvernement français a finalement validé le transfert des deux orques et des douze dauphins encore présents au Marineland vers l’Espagne.

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Une décision prise dans l’urgence face à la dégradation des infrastructures du parc fermé depuis janvier 2025. Derrière cette opération inédite se joue désormais bien plus qu’un simple déplacement d’animaux : une bataille idéologique, politique et éthique autour de l’avenir des cétacés captifs en Europe.

Le silence a remplacé les cris des spectateurs. À Antibes, les gradins du Marineland sont vides depuis des mois, les boutiques fermées, les bassins désertés par le public. Pourtant, derrière les portes closes du plus célèbre parc marin français, douze dauphins et deux orques continuent de tourner dans des infrastructures vieillissantes devenues l’épicentre d’une crise nationale du bien-être animal.

Vendredi 15 mai, le gouvernement français a officiellement acté un tournant majeur : les deux orques Wikie et Keijo ainsi que les dauphins encore présents à Antibes seront transférés vers l’Espagne dans les prochaines semaines. Une décision spectaculaire qui marque un revirement total de l’État français.

La fin d’un symbole de la Côte d’Azur

Pendant des décennies, Marineland a incarné l’un des grands symboles touristiques de la Côte d’Azur. Créé en 1970, le parc avait construit sa notoriété autour des spectacles d’orques, de dauphins et d’animaux marins. Des millions de visiteurs s’y sont succédé. Pour toute une génération, les noms de Shouka, Wikie ou Keijo appartiennent à la mémoire collective azuréenne.

Mais le modèle des delphinariums s’est progressivement effondré sous la pression croissante des associations de défense animale, des évolutions sociétales et des nouvelles législations européennes. En France, la loi de 2021 contre la maltraitance animale a signé la fin programmée des spectacles de cétacés et de leur captivité commerciale.

Fragilisé économiquement, confronté à une baisse de fréquentation et à des coûts d’entretien colossaux, Marineland avait définitivement fermé ses portes au public en janvier 2025.

“Si on ne fait rien, on les condamne”

Depuis la fermeture du site, la situation sanitaire des bassins inquiétait de plus en plus les autorités. En visite à Antibes, Mathieu Lefèvre a justifié le changement de position du gouvernement par “l’urgence absolue” de la situation.

Si on ne fait rien, compte tenu de l’état des bassins, on les condamne”, a déclaré le ministre devant la presse. Jusqu’ici, l’exécutif français refusait pourtant tout transfert vers des structures étrangères, privilégiant l’idée de sanctuaires marins semi-naturels pour accueillir les orques et dauphins captifs.

Mais ces projets n’ont jamais réellement abouti. Pendant ce temps, les infrastructures du parc antibois continuaient de se dégrader, plaçant l’État face à un choix devenu politiquement et biologiquement explosif.

Un transfert hors norme sous haute tension

Le transfert des animaux devrait intervenir avant la fin du mois de juin afin d’éviter les fortes chaleurs estivales.

Selon la direction de Marineland, l’opération coûtera plusieurs centaines de milliers d’euros et nécessitera des moyens logistiques exceptionnels. Les cétacés voyageront par avion-cargo spécialisé sous surveillance vétérinaire constante. Les deux orques Wikie et Keijo devraient être transférées dans des structures espagnoles capables de les accueillir immédiatement.

Concernant les dauphins, le dispositif sera plus complexe : quatre animaux devraient rejoindre définitivement Valence, tandis que huit autres seront accueillis temporairement à Malaga avant un retour annoncé en France au ZooParc de Beauval.

Beauval prépare un gigantesque complexe pour les dauphins

Le directeur du ZooParc de Beauval, Rodolphe Delord, assure que le projet d’accueil des dauphins reste pleinement d’actualité malgré ce détour espagnol.

Le futur complexe, évalué à près de 40 millions d’euros, prévoit une structure gigantesque de deux hectares et demi comprenant dix bassins, trois lagons géants, des espaces pédagogiques et un centre de recherche scientifique.

Pas de spectacles, ce sera une présentation totalement naturelle. Ma seule boussole, c’est le bien-être de ces animaux”, affirme Rodolphe Delord. Le chantier, initialement prévu au printemps 2026, a toutefois pris du retard. Les premiers travaux devraient finalement débuter en juin. À terme, Beauval pourrait accueillir entre 20 et 30 dauphins issus de plusieurs parcs européens.

Les ONG dénoncent “une trahison”

Mais pour les associations de défense animale, le transfert vers l’Espagne constitue un véritable scandale. One Voice dénonce “une trahison de la loi française de 2021 et un renoncement moral inacceptable”.

Même colère du côté de Sea Shepherd, qui accuse le gouvernement de céder aux intérêts économiques du groupe propriétaire du parc.

L’association C’est Assez a déjà annoncé vouloir engager des recours judiciaires afin de bloquer les transferts. Pour ces ONG, déplacer les animaux vers d’autres delphinariums ne règle absolument pas le problème de fond : la captivité elle-même.

Les sanctuaires marins, rêve impossible ?

Depuis plusieurs années, plusieurs organisations militent pour la création de sanctuaires marins semi-naturels permettant aux orques et dauphins captifs de vivre dans des espaces beaucoup plus vastes, sans exploitation commerciale.

Mais dans le cas de Wikie et Keijo, de nombreux spécialistes estiment désormais qu’il est probablement trop tard. Nés en captivité, habitués à l’assistance humaine permanente et incapables de survivre dans l’océan, les deux orques dépendent totalement de structures spécialisées.

L’ONG TideBreakers rappelle ainsi que “l’on ne peut pas simplement vider les bassins sans solution viable derrière”.

Une bataille qui dépasse Antibes

Derrière le dossier Marineland, c’est en réalité toute la question de la captivité animale qui ressurgit. Pendant longtemps, les spectacles de cétacés ont symbolisé le divertissement familial moderne. Aujourd’hui, ils sont devenus pour beaucoup le symbole inverse : celui d’une époque révolue où l’exploitation animale était considérée comme normale.

Le transfert imminent des orques et dauphins d’Antibes marque donc un tournant historique pour la France.

La fermeture de Marineland ne signe pas seulement la fin d’un parc emblématique de la Côte d’Azur. Elle clôt probablement un demi-siècle d’une certaine vision du rapport entre l’homme, le spectacle et les animaux marins.

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