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79ème FESTIVAL DE CANNES : LE FESTIVAL COMME SI VOUS Y ÉTIEZ…… Jeudi 21 mai

Comme chaque année, nous vous ferons vivre le Festival comme si vous y étiez, en commentant tous les films en Compétition Officielle, mais aussi les événements, les rendez-vous, les rencontres qui sont le lot de chaque Festival de Cannes, 79e du nom.

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Par Pascal Gaymard – Photos Dominique Maurel

Jeudi 21 Mai 2026 : De Gaulle éternel…

La guerre a été l’un des grands thèmes récurrents de ce Festival que ce soit aujourd’hui avec la 1ère de 14-18 avec COWARD ou la Seconde, 39-45, LA BATAILLE DE GAULLE : L’AGE DE FER. Il y a d’autres combats plus insidieux comme celui pour s’accepter en tant qu’homosexuel dans LA BOLA NEGRA, comme fille de, dans VICTORIAN PSYCHO ou encore contre le wokisme avec L’OBJET DU DELIT… Une journée Historique à plus d’un titre…

LA BATAILLE DE GAULLE : L’AGE DE FER : Simon Abkarian habité…

C’était l’un des événements de ce 79e Festival de Cannes, le premier volet 1940-1942 de LA BATAILLE DE GAULLE : L’AGE DE FER signé Antonin Baudry. Les jeunes générations apprendront que rien n’a été facile au Grand Homme, qu’il a dû se battre contre les Anglais pour exister à Londres, contre les Américains qui lui ont préféré l’Amiral Darlan collaborationniste dans le gouvernement de Pétain, contre justement ce régime de Vichy qui l’a déchu de sa nationalité française, et on le sait, contre les différents courants de la Résistance auquel le très beau film, MOULIN, rend hommage durant ce même Festival mais lui, en Compétition alors que le film sur DE GAULLE était Hors Compétition… Mais là très très très longue ovation à laquelle toute l’équipe du film a eu droit montre combien De Gaulle reste populaire dans l’esprit d’une nation qui pratique la repentance woke à tous les niveaux de la société. De Gaulle est un héros FRANÇAIS n’en déplaise à certains. Il incarne « une certaine idée de la France » qui s’est illustré par la bataille de Bir Hakeim qui a été un véritable tournant de la Seconde Guerre où 3 723 soldats français commandés par Koenig (Benoît Magimel) ont tenu tête à l’armada de Rommel soit plus de 45 000 allemands. Du 27 mai au 11 juin 1942, ils se sont sacrifiés permettant aux Anglais d’évacuer Tobrouk où ils étaient menacés d’encerclement par la Wehrmart… Héroïques ! Simon Abkarian semble habité par le Grand Homme à qui il donne un charisme incroyable, aussi par sa ressemblance avec lui. Le film sortira le 3 juin, le second volet, LA BATAILLE DE GAULLE : J’ECRIS TON NOM, consacré aux années 1943-1944 sortira un mois plus tard, le 3 juillet. De quoi redonner fier d’être Français à tous…

VICTORIAN PSYCHO : Un pur joyau d’épouvante…

Il y a des pépites qui doivent se déguster sans mégoter lors de chaque Festival comme ce VICTORIAN PSYCHO programmé dans la sélection officielle, Un Certain Regard. Thierry Frémaux qui présente tous les films a reçu un appel téléphonique de Brian De Palma (future Palme d’Or d’Honneur ?) lui disant tout le bien qu’il pensait du film de Zachary Wigon. N connaît l’appétence du Délégué général du Festival pour le cinéma de genre classé comme « épouvante-horreur ». Et VICTORIAN PSYCHO en est un digne représentant avec une actrice, Maika Monroe qui est tout simplement remarquable. Elle joue toutes les facettes d’une folie ordinaire faite de différentes fêlures de son enfance. Ce manoir, « Ensor House », va se transformer en un gigantesque charnier que les spectateurs, surtout les fans de ce type de films, apprécieront tant la réalisation de Zachary Wigon est maîtrisée, cadrée, montée…

LA BOLA NEGRA : Trois époques, Trois hommes…

Certes, LA BOLA NEGRA impressionne par son ambition, mais le résultat reste un grand mélodrame lourdaud, théorique et souvent pompier, bien loin du film choral bouleversant annoncé. Le film déroule ses trois époques avec une gravité tellement appuyée qu’elle finit par écraser toute émotion spontanée. La référence permanente à García Lorca, brandie comme un étendard, tourne à la posture. Les trajectoires des trois hommes convergent moins dans une polyphonie qu’elles ne se répètent avec de légères variations, comme si le film rejouait sans cesse la même scène de douleur muette sans jamais la creuser autrement. Les réalisateurs misent sur l’emphase émotionnelle, mais confondent intensité et surenchère. La mise en scène multiplie gros plans larmoyants, envolées musicales et dialogues qu’on sent écrits pour être cités, jusqu’à rendre l’ensemble pesant et presque pénible à suivre sur 2h35. Le film préfère expliquer, redire, marteler, transformant un sujet intime en spectacle lacrymal calibré pour faire pleurer plutôt que pour faire réfléchir. La présence de Penélope Cruz et de visages très identifiés de la culture queer espagnole promettait un vrai souffle. Or les personnages paraissent prisonniers d’archétypes –la mère obtuse, l’amant sacrifié, le fils abîmé– que le scénario ne bouscule jamais vraiment. Les acteurs n’ont souvent d’autre choix que de « jouer les effets », tant les scènes sont écrites pour le climax plutôt que pour les nuances, ce qui accentue le côté factice et fabriqué du film. En fin de compte, « La bola negra » ressemble à un long exposé illustré sur la mémoire queer et l’Espagne fracturée, plus à l’aise dans le discours que dans le cinéma. Les idées sont claires, les intentions louables, mais tout est tellement expliqué, souligné et surligné qu’il ne reste plus beaucoup de place pour le trouble, l’ambiguïté ou l’inattendu.

L’OBJET DU DELIT : Jaoui fait revivre l’esprit Bacri, ensemble contre l’intolérance…

Il a été programmé en toute fin de Festival Hors Compétition, L’OBJET DU DELIT d’Agnès Jaoui aurait mérité un meilleur sort en entrant dans la Compétition officielle pour la Palme d’Or. Agnès Jaoui, dans la plus pure forme d’humour grinçant qu’elle avait mise en place avec Jean-Pierre Bacri à qui le film est dédié, a choisi de faire du #MeToo et du climat « woke » non pas un dogme, mais un terrain de jeu critique, ambigu et profondément vivant.

En installant son récit dans les coulisses d’une production des « Noces de Figaro », Jaoui confronte un monument du répertoire, joyeusement libertin et patriarcal, aux obsessions morales de la génération Z et des militants les plus intransigeants. Ce décalage structure le film : d’un côté, l’hédonisme mozartien, de l’autre, le regard suspicieux d’une époque qui traque la domination masculine et les micro‑violences symboliques. Jaoui filme ce clash sans jamais choisir un camp : les mots d’ordre du progressisme contemporain sont présents, mais le film refuse de les sacraliser. L’accusation d’agression sexuelle fonctionne comme un révélateur : ce n’est pas l’affaire elle‑même qui l’intéresse, mais la manière dont chacun s’y projette, y plaque sa grille idéologique, s’y refait une vertu. L’« objet du délit », au fond, c’est moins le geste incriminé qu’un climat où tout devient potentiellement matière à indignation ou instrument de pouvoir symbolique. Le film met ainsi à nu un wokisme de posture, opportuniste, qui fragilise le débat qu’il prétend moraliser, en pratiquant une inquisition qui condamne sans preuves.

Chaque camp a droit à ses ridicules : les vieux mâles persuadés que « c’était mieux avant » sont égratignés, mais les jeunes chevaliers blancs et militantes zélées en prennent tout autant pour leur grade donnant à ce film un tranchant et un humour réjouissant que n’aurait pas renié Bacri…

Très bien écrit, les dialogues sont vifs et virevoltants, L’OBJET DU DELIT observe un groupe au bord de l’implosion, et les personnages ne sont jamais réduits à des archétypes, chacun est doté d’une faille, d’un angle mort, d’une part d’humanité qui contredit le discours qu’il assène.

En redonnant leur poids aux contradictions, en acceptant que la justice passe aussi par le doute, la nuance et parfois le pardon, Jaoui signe un film profondément politique, mais allergique à la moraline.

COWARD : Aimer et se cacher selon Dhont…

Lukas Dhont signe avec COWARD signe un film de guerre délicat, sensuel et très maîtrisé, qui émeut profondément mais reste parfois trop sage et attendu. L’intrigue se déroule en 1916, sur le front belge de la Première Guerre mondiale, et suit Pierre, jeune fermier qui arrive « la fleur au fusil » avant de découvrir l’horreur du conflit. Derrière les lignes, il rencontre Francis, soldat flamboyant qui monte une revue pour remonter le moral des troupes, et dont il va tomber amoureux. Dhont reste fidèle à ses obsessions (masculinité, acceptation de soi, fragilité queer) en posant la question du titre : qu’est‑ce que la véritable lâcheté, déserter le front ou cacher ce que l’on est ? Dramatiquement, le film ne révolutionne rien –romance clandestine, opposition entre brutalité du front et échappées musicales– mais il trouve une vraie intensité dans la tension entre désir et violence environnante. On retrouve la mise en scène très physique de Dhont, sa manière tactile de filmer les corps, les regards masculins et le trouble qu’ils provoquent, qui donne au film une sensualité à la fois douce et dangereuse. La structure, en revanche, est jugée plutôt linéaire : le film pose très vite ses enjeux (amour interdit, horreur de la guerre, refuge dans le spectacle) et les décline sans véritable escalade dramatique ni surprise majeure. Par contre, le duo d’acteurs, Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, fonctionne à merveille. Au final, c’est un film élégant, sensible, parfois trop poli et prévisible, mais qui marque par sa tendresse et sa façon de faire vibrer le désir et la fragilité au milieu de la boue et du sang de la 1ère guerre mondiale, véritable boucherie humaine…

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