Présentation Vidéo de Édouard Husson du 23 mai 2026 – Le Samedi Politique TVL :
Pendant plusieurs jours, Pékin s’est imposée comme le véritable centre nerveux de la planète diplomatique. D’abord Donald Trump, puis Vladimir Poutine : les deux dirigeants se sont succédé dans la capitale chinoise dans une séquence hautement symbolique qui illustre l’accélération des bouleversements géopolitiques mondiaux.
Invité de l’émission Le Samedi Politique sur TV Liberté, l’historien et géopoliticien Édouard Husson livre une lecture particulièrement sévère de l’évolution des rapports de force internationaux. Selon lui, le monde occidental entre dans une phase de déclassement stratégique face à une coalition russo-chinoise désormais solidement structurée.
Trump face au piège chinois
Pour l’universitaire, la visite de Donald Trump à Pékin marque avant tout un aveu de faiblesse américaine. L’ancien président espérait obtenir plusieurs concessions majeures : une modération chinoise sur le dossier iranien, des garanties économiques et un rééquilibrage commercial dans le cadre de la guerre des droits de douane.
Mais selon Édouard Husson, Washington est revenu bredouille : « Trump est venu demander un armistice dans la guerre économique », résume-t-il, estimant que les États-Unis n’ont pas réussi à faire plier Pékin malgré des années de confrontation commerciale. L’épisode illustre surtout, selon lui, l’incapacité américaine à accepter le déclin relatif de sa puissance. Face à une Chine qui raisonne sur plusieurs décennies, les démocraties occidentales apparaissent prisonnières d’une logique de court terme dominée par la finance et les cycles électoraux.
Moscou et Pékin : une alliance devenue stratégique
Longtemps, de nombreux analystes occidentaux ont espéré une rupture entre Moscou et Pékin, notamment depuis la guerre en Ukraine. Mais la réalité observée ces dernières semaines semble prendre le contre-pied de ces analyses. La visite de Vladimir Poutine à Pékin, la 25e rencontre avec Xi Jinping, confirme au contraire un rapprochement profond entre les deux puissances.
Pour Édouard Husson, l’erreur stratégique majeure des États-Unis et de l’Europe a été de pousser la Russie dans les bras de la Chine en isolant Moscou sur la scène internationale. L’historien rappelle d’ailleurs que Washington avait lui-même théorisé dès les années 1970, avec Henry Kissinger, la nécessité d’éviter une alliance durable entre la Russie et la Chine. Aujourd’hui, ce scénario est devenu réalité.
L’Iran, révélateur du recul militaire occidental
L’autre grand thème de l’entretien concerne la guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran. Là encore, l’analyse développée sur TVL tranche radicalement avec les discours occidentaux dominants.
Édouard Husson considère que la suspension des frappes américaines contre Téhéran constitue en réalité une « défaite écrasante » pour Washington.Selon lui, les capacités militaires iraniennes ont été largement sous-estimées, notamment dans le domaine des missiles de précision et des drones. Les États-Unis découvriraient désormais qu’ils ne disposent plus de la supériorité militaire absolue qui structurait leur domination mondiale depuis la fin de la guerre froide.
L’entretien insiste aussi sur la transformation profonde des conflits contemporains : drones bon marché, guerre électronique, missiles hypersoniques et saturation technologique redéfinissent totalement les doctrines militaires traditionnelles. Même les célèbres chars israéliens Merkava, longtemps considérés parmi les meilleurs du monde, auraient montré leurs limites face aux nouvelles armes asymétriques utilisées par le Hezbollah.
Gaza et le Liban : l’Occident accusé de silence
Le ton devient particulièrement grave lorsque l’entretien aborde les bombardements à Gaza et au Liban. Édouard Husson dénonce ce qu’il considère comme une passivité des grandes puissances face aux destructions en cours, notamment concernant le patrimoine libanais et les populations civiles.
Il pointe également les fractures croissantes au sein même des sociétés occidentales vis-à-vis du soutien à Israël. Aux États-Unis, la défaite du républicain Thomas Massie, critique de la politique israélienne, est présentée comme le symptôme d’une recomposition politique majeure au sein du camp conservateur américain. L’entretien souligne aussi les prises de distance de plusieurs dirigeants européens, notamment Giorgia Meloni, qui a publiquement dénoncé certaines images diffusées par le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir.
Une Europe absente du grand basculement mondial
En filigrane de tout l’entretien apparaît un constat récurrent : l’effacement progressif de l’Europe dans les grands équilibres stratégiques. Pour Édouard Husson, le continent européen paie aujourd’hui plusieurs décennies de désindustrialisation, d’alignement stratégique sur Washington et de perte de vision géopolitique autonome.
Face à la montée du bloc eurasiatique constitué autour de la Chine, de la Russie et de partenaires du « Sud global », l’Europe semble incapable d’imposer une voie indépendante. « Nos dirigeants n’ont plus l’idée du temps long », résume-t-il.
Vers un nouvel ordre mondial ?
Au-delà des polémiques et des analyses parfois très contestées formulées durant l’émission, une idée traverse l’ensemble de cette séquence : le monde issu de l’après-guerre froide semble bel et bien toucher à sa fin.
La domination occidentale n’apparaît plus incontestable. Pékin impose progressivement sa centralité diplomatique. Moscou résiste aux sanctions. L’Iran démontre sa capacité de nuisance régionale. Les États-Unis eux-mêmes donnent le sentiment d’une puissance fragilisée, divisée et confrontée à ses propres contradictions.
Et pendant que les grandes puissances réorganisent silencieusement l’échiquier mondial, l’Europe observe, souvent impuissante, le déplacement du centre de gravité de la planète vers l’Asie et le Moyen-Orient.
La Rédaction












