Éditorial du 6 mai 2026 – Ce qui devait être une croisière d’expédition entre l’Argentine, l’Atlantique Sud et les îles Canaries s’est transformé en crise sanitaire internationale. À bord du MV Hondius, navire néerlandais spécialisé dans les expéditions polaires, un foyer de contamination au hantavirus des Andes a déjà provoqué trois décès et plongé les autorités sanitaires mondiales dans un état d’alerte maximale. Rare, redouté et encore mal connu, ce virus transmis par les rongeurs – et parfois entre humains – mobilise désormais l’Organisation mondiale de la santé, les autorités françaises et plusieurs centres hospitaliers européens.
Un navire immobilisé et des passagers confinés en mer
L’affaire intrigue autant qu’elle inquiète les spécialistes des maladies infectieuses. Car contrairement aux épidémies de norovirus ou aux flambées de Covid-19 déjà observées sur des paquebots, les cas de hantavirus associés à un bateau de croisière sont quasiment inédits.
Le MV Hondius, navire d’expédition néerlandais opérant habituellement dans les régions polaires, effectuait une traversée depuis l’Argentine vers les îles Canaries lorsqu’une série de cas graves a été détectée parmi les passagers.
Le 6 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé a confirmé que le virus impliqué était le virus des Andes, une souche particulièrement redoutée du hantavirus sud-américain. À ce stade, huit cas ont été identifiés : trois décès, une personne en état critique, trois patients présentant des formes plus légères et un nouveau cas détecté en Suisse chez un passager ayant voyagé à bord.
Tous les malades – à l’exception du cas suisse récemment diagnostiqué – ont développé leurs symptômes entre le 6 et le 28 avril. Les premiers signes observés étaient de la fièvre, des troubles gastro-intestinaux et une fatigue importante, avant une dégradation respiratoire rapide. Chez plusieurs patients, l’évolution a conduit à une pneumonie sévère puis à un collapsus cardiovasculaire.
Face à la situation, le navire s’est vu refuser l’autorisation d’accoster au Cap-Vert. Les passagers encore à bord ont été confinés dans leurs cabines tandis que des équipes médicales spécialisées ont été dépêchées sur place.
Le hantavirus, un virus rare mais potentiellement foudroyant
Le hantavirus appartient à la famille des Hantaviridae. Il est principalement transporté par les rongeurs sauvages qui diffusent le virus via leurs urines, leurs excréments et leur salive.
Chez l’humain, l’infection survient généralement après inhalation de particules contaminées mises en suspension dans l’air lors d’un nettoyage, dans des granges, des zones agricoles ou des espaces infestés.
Il existe plus de quarante variantes du hantavirus réparties en deux grandes familles : les virus du « Vieux Monde », présents en Europe et en Asie, et ceux du « Nouveau Monde », observés principalement sur le continent américain.
Les formes européennes provoquent surtout des atteintes rénales et hémorragiques. Les formes américaines, elles, s’attaquent principalement aux poumons et au système cardiovasculaire. C’est le cas du virus des Andes, considéré comme l’un des plus dangereux.
Selon les spécialistes, environ la moitié des infections symptomatiques par des hantavirus américains peuvent être mortelles.
Steven Bradfute, immunologue et spécialiste du hantavirus au University of New Mexico Health Sciences Center, affirme que cette flambée à bord d’un navire constitue « une véritable surprise ».
Le virus des Andes, la souche qui inquiète les épidémiologistes
La principale source d’inquiétude tient à la nature même du virus identifié : le virus des Andes.
Contrairement à la majorité des hantavirus, celui-ci peut se transmettre entre humains. Cette particularité exceptionnelle a déjà été observée lors d’épidémies survenues en Argentine et au Chili.
Les scientifiques ignorent encore précisément pourquoi cette souche possède cette capacité. Certaines recherches suggèrent que le virus résisterait mieux aux propriétés antivirales de la salive humaine.
Toutefois, les experts se veulent prudents. La transmission humaine demeure relativement difficile et nécessite généralement des contacts très rapprochés et prolongés : partenaires de vie, partage de nourriture ou proximité physique importante.
« Ce n’est pas un virus qui flotte durablement dans l’air comme la rougeole ou le Covid-19 », rappelle Steven Bradfute.
L’épidémie argentine de 2018-2019 reste dans tous les esprits. À partir d’un seul malade infecté par un rongeur, trente-quatre personnes avaient finalement été contaminées, entraînant onze décès.
La France active sa filière de crise sanitaire
L’annonce du possible rapatriement de cinq ressortissants français présents à bord du MV Hondius a immédiatement déclenché la mobilisation des autorités sanitaires françaises.
Le Ministère de la Santé prépare actuellement un dispositif exceptionnel d’accueil sur le territoire national, probablement via un aéroport francilien sécurisé.
À leur arrivée, les passagers concernés seront soumis à des tests virologiques, à des examens cliniques complets et à un suivi psychologique renforcé.
Les cas suspects ou symptomatiques pourront être transférés vers des établissements spécialisés comme Hôpital Bichat-Claude-Bernard, l’un des centres français de référence pour les risques épidémiques et biologiques.
Selon le professeur Xavier Lescure, les patients présentant des symptômes sévères seraient placés en chambres à pression négative avec équipements de protection maximale pour les soignants.
En cas d’atteinte respiratoire grave, certains patients pourraient nécessiter une assistance par ECMO, une technique lourde d’oxygénation extracorporelle déjà utilisée lors des formes critiques de Covid-19.
Un risque pandémique jugé faible… mais surveillé de très près
Malgré l’émotion provoquée par cette affaire, les autorités sanitaires internationales tentent d’éviter toute panique.
Lors d’une conférence de presse organisée le 5 mai, Maria Van Kerkhove a indiqué que le risque pour le grand public demeurait « faible ».
Les spécialistes rappellent que le hantavirus reste beaucoup moins contagieux que les grands virus respiratoires contemporains.
Mais plusieurs inconnues demeurent : le degré exact de contagiosité du virus à bord du navire, le rôle éventuel de passagers asymptomatiques et l’existence possible d’une mutation facilitant la transmission.
Le séquençage complet du virus est actuellement en cours.
Un précédent qui rappelle la fragilité du monde face aux émergences virales
Au-delà du cas du MV Hondius, cette crise réveille une mémoire encore vive : celle des premières semaines de la pandémie de Covid-19, lorsque plusieurs paquebots étaient devenus des foyers majeurs de contamination.
Elle rappelle aussi que les zoonoses — ces maladies transmises des animaux à l’homme — constituent aujourd’hui l’un des principaux risques sanitaires mondiaux.
Déforestation, dérèglement climatique, multiplication des échanges internationaux et proximité croissante avec les écosystèmes sauvages augmentent les probabilités d’émergence de nouveaux foyers infectieux.
Et même si les experts insistent sur le faible potentiel pandémique du hantavirus des Andes, l’affaire du MV Hondius démontre une nouvelle fois à quelle vitesse une crise sanitaire locale peut devenir une affaire internationale.













