À peine vingt-quatre heures après des tirs survenus dans le quartier des Moulins, une nouvelle fusillade a éclaté dans la nuit de samedi à dimanche à Nice, cette fois dans le secteur de Saint-Roch. Deux mineurs ont été blessés. Dix-sept douilles de calibre 9 mm ont été retrouvées sur place. Les enquêteurs privilégient la piste d’un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants, dans un quartier devenu l’un des points sensibles du narcobanditisme azuréen.
Une scène de guerre urbaine au cœur de Saint-Roch
Il est près de 23 heures ce samedi 9 mai lorsque plusieurs détonations retentissent au croisement du boulevard Louis-Braille et de la rue Charles-François Fenoglio de Briga, dans le quartier Saint-Roch, à Nice.
Selon les premiers éléments communiqués par le parquet, un ou plusieurs individus circulant à bord d’un véhicule ont ouvert le feu en direction d’un groupe de jeunes rassemblés à ce carrefour. Très vite, la scène bascule dans la panique.
Un adolescent égyptien de 15 ans est touché à la cuisse. Son pronostic vital n’est pas engagé. Un second mineur, âgé de 17 ans et originaire de Nice, se blesse en tentant de fuir les tirs. Tous deux sont transportés à l’hôpital par les secours.
À l’arrivée des policiers, les tireurs ont déjà disparu. Le véhicule utilisé n’a pas pu être identifié.
Dix-sept douilles de 9 mm retrouvées sur place
Les constatations réalisées sur les lieux témoignent de la violence de l’attaque. Dix-sept étuis de calibre 9 mm sont retrouvés au sol, un type de munition fréquemment utilisé dans les règlements de comptes liés au narcotrafic.
Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, confirme que les enquêteurs examinent « les possibles liens avec les faits intervenus la veille dans le quartier des Moulins, sur un probable fond de trafics de stupéfiants ».
Une enquête a été ouverte pour tentative d’homicide en bande organisée et association de malfaiteurs. Elle a été confiée au Service interdépartemental de la police judiciaire des Alpes-Maritimes.
Saint-Roch, nouveau point chaud du narcotrafic niçois
Ce nouvel épisode violent ne constitue malheureusement pas une surprise pour les habitants du secteur. Depuis plusieurs années, le quartier Fenoglio de Briga est régulièrement cité dans les dossiers liés au trafic de stupéfiants et aux rivalités territoriales entre réseaux criminels.
En août 2024 déjà, un homme connu des services de police pour des affaires de stupéfiants avait été retrouvé criblé de balles dans un appartement du quartier.
Quelques mois plus tard, en novembre 2024, une opération menée avec le RAID permettait la saisie de plusieurs kilos de drogues et d’un impressionnant arsenal : fusils d’assaut, kalachnikov, armes de poing et munitions de guerre.
En janvier 2025, un homme était de nouveau abattu rue Fenoglio de Briga, quelques jours seulement après l’interpellation de neuf narcotrafiquants liés à la DZ Mafia, groupe criminel cherchant à étendre son emprise sur plusieurs points de deal du sud-est de la France.
Selon les autorités judiciaires, le « point de deal Fenoglio de Briga » fait désormais partie des secteurs sous surveillance renforcée.
Une guerre des territoires qui inquiète les autorités
Les événements de ces dernières semaines semblent confirmer une intensification des tensions autour du contrôle des points de vente de stupéfiants.
Le 5 mai 2025, cinq individus extérieurs au quartier avaient été interpellés alors qu’ils s’apprêtaient, selon le parquet, à mener des actions violentes afin de prendre le contrôle du trafic local.
Depuis, les opérations policières se multiplient. Mais malgré les saisies d’armes et les interpellations, les réseaux se recomposent rapidement.
Selon les données du Ministère de l’Intérieur, les règlements de comptes liés au narcotrafic connaissent depuis plusieurs années une hausse préoccupante dans les grandes agglomérations françaises, notamment dans le sud du pays.
Les habitants pris entre peur et lassitude
Dans le quartier, le climat est désormais marqué par la peur et l’habitude. Beaucoup de riverains décrivent des scènes devenues presque ordinaires : scooters faisant le guet, allées et venues nocturnes, tirs sporadiques et interventions policières régulières.
Les habitants dénoncent un sentiment d’abandon et craignent que la violence ne touche désormais des jeunes de plus en plus mineurs.
Le fait que les deux victimes de cette nouvelle fusillade soient âgées de seulement 15 et 17 ans illustre l’enracinement du phénomène dans certains quartiers populaires.
Une pression maximale sur les services de l’État
Face à cette montée des violences, les autorités promettent une réponse ferme. Ces derniers mois, la préfecture des Alpes-Maritimes et le parquet de Nice ont multiplié les annonces concernant la lutte contre les trafics de stupéfiants.
Mais la situation niçoise reflète aussi une problématique nationale : celle d’un narcotrafic structuré, mobile et fortement armé.
Dans les quartiers concernés, les habitants attendent désormais autre chose que des opérations ponctuelles : une présence durable, des réponses sociales et une reconquête de l’espace public.
Car derrière les statistiques et les procédures judiciaires, c’est bien une partie de la ville qui vit désormais sous tension permanente.













