Accueil À la Une SOCIÉTÉ – Cartes grises : la Cour des comptes dénonce une fraude...

SOCIÉTÉ – Cartes grises : la Cour des comptes dénonce une fraude massive liée à une externalisation « non maîtrisée »

« On a payé, mais jamais reçu la carte grise » : derrière la dématérialisation, les failles d’un système sous tension. Sur la Côte d’Azur comme ailleurs, la promesse était simple : faire sa carte grise en quelques clics, sans passer par la préfecture. Neuf ans après la réforme de 2017, le constat est plus contrasté. Entre simplicité pour certains… et galères pour d’autres.

0

La Rédaction – 24 mars 2026

Derrière la simplification promise des démarches administratives, un système fragilisé. Dans une publication du 12 mars 2026, la Cour des comptes pointe du doigt les dérives du dispositif d’immatriculation des véhicules, dénonçant une externalisation « non maîtrisée » à l’origine de fraudes massives.

Une réforme pensée pour simplifier… mais aux effets pervers

Depuis la mise en œuvre du Plan Préfecture Nouvelle Génération (PPNG) en 2017, les démarches de carte grise ont été entièrement dématérialisées et confiées en grande partie à des opérateurs privés habilités.

Objectif affiché :

  • simplifier les démarches pour les usagers,
  • accélérer les délais (en moyenne 48 heures pour obtenir un certificat).

Résultat :

Plus de 60 % des procédures sont aujourd’hui automatisées. Mais selon la Cour, cette transformation a créé un système rapide mais insuffisamment sécurisé.

Un système vulnérable à des fraudes multiples

La juridiction financière dresse un constat sévère : la combinaison privatisation et dématérialisation a ouvert des failles majeures. Les contrôles sont insuffisants en amont et les vérifications souvent réalisées a posteriori. Au total, plus de 30 types de fraudes ont été identifiés, touchant :

  • la fiscalité,
  • la sécurité routière,
  • l’ordre public.

Des montages frauduleux à grande échelle

Parmi les dérives relevées, prenons un exemple frappant :

Le cas des « garages fictifs »

  • 300 sociétés frauduleuses identifiées
  • Près d’un million de véhicules immatriculés hors contrôle réel
  • Un manque à gagner estimé à plus de 550 millions d’euros.

« J’ai payé 280 euros… et plus rien »

À Nice, Julien, 34 ans, pensait gagner du temps en passant par un prestataire privé pour immatriculer son véhicule. « Le garage m’a proposé de s’en occuper. J’ai payé, j’ai donné les papiers… et depuis, plus de nouvelles. » Après plusieurs semaines d’attente, il découvre que la société a disparu. « Impossible de récupérer mon argent. Et je roule avec un certificat provisoire expiré. » Un cas loin d’être isolé, selon les associations d’automobilistes.

« Des garages… qui n’existent pas »

À Antibes, Sophie, elle, est passée par une plateforme en ligne. « Tout avait l’air officiel. Mais après vérification, l’adresse du garage correspondait à… un appartement. » La fraude des « garages fictifs » fait partie des dérives pointées par la Cour des comptes :
des centaines de structures habilitées, parfois sans contrôle réel, peuvent enregistrer des véhicules dans le système. Les conséquences : des voitures immatriculées sans vérification, des taxes non perçues et des usagers piégés.

« On découvre les problèmes lors d’un contrôle »

À Cannes, un motard raconte avoir appris l’irrégularité de sa situation… lors d’un contrôle routier. « Les policiers m’ont dit que mon dossier était incohérent. Je n’étais même pas au courant. » Le système, largement automatisé, peut valider des démarches avant même que les anomalies ne soient détectées.

Une réforme qui change le quotidien

Les abus sont nombreux et leur estimation reste important, sans compter l’utilisation frauduleuse pour bénéficier d’avantages (stationnement, fiscalité). Le préjudice est estimé à 90 millions d’euros sur cinq ans. De plus, depuis la fermeture des guichets préfectoraux, tout se fait en ligne. Un gain de temps pour beaucoup… mais aussi une source de difficultés pour certains publics. « Avant, on pouvait poser des questions. Aujourd’hui, on est seuls face à l’écran », regrette Marie, retraitée à Antibes. Dans plusieurs communes, des médiateurs numériques tentent d’accompagner les usagers les plus en difficulté.

Une mission régalienne fragilisée

Pour la Cour des comptes, le cœur du problème est institutionnel : l’État a perdu la maîtrise d’une compétence régalienne. Le cadre juridique des habilitations est jugé trop laxiste, insuffisamment contrôlé et mal encadré techniquement. Malgré les efforts récents des préfectures, les moyens humains et les outils restent insuffisants.

Des réformes jugées « indispensables » et urgentes

Face à l’ampleur des dérives, la Cour appelle à une reprise en main rapide du système. Parmi les principales recommandations :

  • Réduire le nombre d’opérateurs privés et privilégier des « tiers de confiance »
  • Rétablir un contrôle préalable des demandes
  • Renforcer les conditions d’accès au système SIV (certificats numériques)
  • Moderniser le SIV, avec des outils de détection des fraudes en amont

Enjeu de fond : jusqu’où dématérialiser l’administration ?

Au-delà des cartes grises, le rapport relance un débat plus large : peut-on imposer des démarches entièrement en ligne sans fragiliser le contrôle public ? Pour les usagers rencontrés, la réponse est claire : « Simplifier, oui. Mais pas au prix de la sécurité. » Entre efficacité administrative et sécurité juridique, l’équilibre apparaît aujourd’hui rompu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci de poster votre commentaire
Merci d'entrer votre nom içi

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.