Autrement dit, la victoire est plurielle : municipale pour la droite, métropolitaine pour la gauche, symbolique et stratégique pour le RN et l’extrême gauche.
Participation et climat général délétère
La participation a tourné autour de 57%, faisant de ces municipales l’un des scrutins les plus boudés de la Ve République hors période Covid, ce qui relativise toutes les « victoires ». Le scrutin confirme un paysage très fragmenté, où pratiquement chaque camp cherche à se proclamer gagnant. Globalement, la campagne des municipales 2025 a été violente, délétère et globalement pas très propre. La faute à qui ? A certains qui face aux enjeux, ont voulu mettre la pression sur l’adversaire et toutes les formations politiques sont à pointer du doigt avec la palme pour l’extrême gauche représentée par LFI. Lors des passations de pouvoir au Blanc-Mesnil, à Creil, à Roubaix, à Mantes-la-Jolie…, on a vu des scènes d’intimidations, d’humiliations, de menaces sur les maires ayant perdu leur siège. Aux violences verbales ont succédé des slogans tels que « nous sommes tous des Palestiniens » dont on se demande bien ce qu’ils viennent faire dans un débat des Municipales. Mais dans ce pays fragmenté, plus rien n’étonne. Peu de maires agressés ont été interviewés par les médias mainstream… Est-ce parce la plupart étaient du droite ou du PS ? Si c’était un LFI attaqué par des supporters RN, nul doute que cela aurait fait l’ouverture de tous les journaux de 20H de toutes les chaînes…
Droite et centre : gagnants en mairies
La droite et le centre (LR, Horizons, divers droite/centre) sortent nettement en tête en nombre de maires, avec plus de 55% des communes et plus de la moitié de la population administrée, en cumul 1er et 2ème second tours mais dans cette catégorie, nombreux sont les Sans Etiquette. Néanmoins, ce camp parvient à gagner quelques bastions de gauche tels comme Brest, Clermont‑Ferrand ou Besançon, tout en réélisant des figures comme Édouard Philippe au Havre… mais pas François Bayrou à Pau… A Annecy, le parti Renaissance a vu son leader, Gabriel Attal remporter la mairie qui n’a pas eu de mots assez forts pour dénoncer « l’alliance de la honte entre PS et LFI ». Il s’est même déclaré « avoir une pensée particulière pour tous ces Français de gauche républicaine qui ont été absolument écœurés ». Il faut dire que le tournant déjà ancien de LFI et de son leader Jean-Luc Mélenchon vers le communautarisme a de quoi interpellé voire rebuter un grand nombre de citoyens.
Gauche : grandes villes sauvées, bilan contrasté
Du coup, cela a ressemblé à une foire d’empoigne à gauche complétement incompréhensible et totalement hypocrite… L’exemple type n’est autre que l’ancien président de la république, François Hollande, qui a réussi le tour de force de dénoncer partout sur les médias les alliances entre le PS et LFI qui sont censés être incompatibles et de soutenir dans son fief de Tulle en Corrèze, son ami et homme ligue, Bernard Combes, qui a fusionné sa liste avec celle de l’extrême gauche, et qui a perdu face à Laurent Melin, Divers Droite, de plus de 700 voix soit plus de 14 points… Certes, le PS a refusé « les alliances de la honte » à Paris et Marseille et ont remporté ces deux métropoles, mais il a dû s’associer à LFI notamment à Nantes, Rennes ou Lille pour l’emporter mais pas à Toulouse, Bordeaux, Strasbourg voire dans des villes historiquement à gauche comme Clermont‑Ferrand, Besançon…
RN et LFI : gains d’implantation plus que de mairies
Le RN revendique une « immense victoire » avec la triplement de ses conseillers municipaux et des percées dans de nombreuses villes petites et moyennes, mais il échoue à conquérir de grandes villes, y compris à Toulon et Nîmes, ne conservant que Perpignan parmi les grandes communes. Tout de même, le RN et son allié, l’UDR, Eric Ciotti, ont remporté Nice, la 5ème ville de France. Le cas de Nîmes est très intéressant car les deux candidats LR ont refusé la main tendue du RN pour battre le candidat communiste qui a profité de cette désunion pour se faire élire. Il peut dire merci « à la droite la plus bête du monde »… De son côté, LFI progresse dans plusieurs banlieues populaires comme Creil, Vénissieux et bien sûr Roubaix avec déploiement de drapeaux palestiniens et insultes diverses sur les maires battus. Manifestement, la stratégie de confrontation, de haine, et d’appel à la guerre civile semblent avoir fonctionné chez un certain électorat que Mélenchon a décidé de privilégier…
Qui sont les « vrais » gagnants ?
Au soir du dimanche 22 mars 2026, tout le monde pouvait se prévaloir de quelques victoires à défaut de la réussite totale. En pouvoir local, concrètement, la vraie victoire revient à la droite et au centre en nombre de mairies… Mais, comme nous l’avons dit, les nombreux candidats Sans Etiquette sont souvent classifiés au centre droit… Mais en termes de visibilité politique nationale, il faut reconnaître qu’en conservant les trois grandes villes que sont Paris-Lyon-Marseille, le PLM, la gauche a cadenassé la France. C’était la dernière chance de gagner ces métropoles pour la droite. Mais l’absence d’union a fait clairement gagner la gauche qui, elle, n’a pas les précautions de la droite (Cf. Gérard Larcher, Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Jean-François Copé… La liste est longue). Enfin, en dynamique d’implantation, le RN et LFI sortent renforcés en nombre d’élus et d’enracinement. Le RN a réalisé une percée significative et remarquable dans le Sud-Est. Où il remporte des communes moyennes comme Agde, Carcassonne, Montauban, Castres, Menton, Carpentras, Orange, La Seyne‑sur‑Mer, Six‑Fours‑les‑Plages, La Valette‑du‑Var, Montargis et Amilly (Loiret), Liévin (bassin minier du Pas‑de‑Calais), La Flèche (Sarthe), ses premières implantations dans l’Ouest.
Cela préfigure-t-il un futur affrontement en 2027 entre Jordan Bardella (ou Marine Le Pen ?) et Jean-Luc Mélenchon ? Que fera la droite et le centre dans ce cas de figure ?
Pascal Gaymard













