MON CHIEN STUPIDE : La crise des 50 ans d’Yvan Attal

La première des 4 avant-premières du Festival Ciné-Roman proposé par les cinémas Pathé de Nice en partenariat avec la Ville, a permis de voir MON CHIEN STUPIDE de et avec Yvan Attal, accompagné à l’écran comme dans la vie par Charlotte Gainsbourg.

Cette comédie intelligente, superbement dialogué et magnifiquement jouée trait de la crise de la cinquantaine dans un couple qui compte 4 enfants et un nouveau chien qui fait débat et met tout le monde face à ses contradictions, ses ressentiments, ses faiblesses. Le film est sorti sur les écrans le 30 octobre dernier.

Le Petit Niçois : Dans ce film, le chien Stupide est le héros. Comment s’est passé le casting ?
Yvan Attal : C’est mon producteur qui m’a indiqué le choix du chien : un Matin de Naples. Nous en avons vu plusieurs mais il y en avait un qui buvait, qui puait et qui « tait spontanément obsédé sexuel porté sur les hommes .Le choix s’est fait naturellement, c’était lui Stupide. Je voulais inclure le chien dans les plans séquences, c’est cela qui a été le plus difficile dans ce film.

LPN : Avez-vous lu le livre de John Fante avant ?
YA. : C’est un minimum. Je suis resté assez fidèle au roman de Fante. Dans ma vie, cela m’est arrivé une seule fois de tourner un film sans avoir lu le scénario… pour des raisons économiques (mon banquier venait de m’appeler…) et deux ans sans activité. Cela m’a beaucoup appris sur le métier d’acteur, j’ai découvert le film au fur et à mesure de sa réalisation. MON CHIEN STUPIDE, Claude Berri me l’avait proposé, il y a 20 ans, je l’ai refusé car j’étais embarqué dans une adaptation d’une nouvelle de Marcel Aymé. Je n’avais pas eu 3 enfants et je n’avais pas passé 20 ans avec la même femme… Aujourd’hui, ce projet est devenu une évidence absolue. Je ne l’ai pas réalisé dans l’idée d’une suite à MA FEMME EST UNE ACTRICE. C’est plutôt une tentative de ramener ma femme à moi. MON CHIEN STUPIDE fait sens pour moi.

Charlotte Gainsbourg : Dans le livre de Fante, l’épouse n’est pas un personnage très sympathique, une femme au foyer raciste qui ne veut pas que son fils sorte avec une noire (qui est devenue une strip-teaseuse). Yvan a transformé le personnage pour moi, pour lui donner plus de place. Ce film à l’origine se passe à Malibu mais c’est une histoire universelle d’une famille.

LPN : Est-ce facile de partir d’un livre ?
Y.A.: Il y a déjà une histoire, une trame, un fond. C’est plus facile, cela vous mâche le travail. La question à se poser : comment trahir l’auteur ? Comment s’approprier son histoire ? Dans ces conditions, je ne peux pas travailler avec lui. La littérature et le film n’ont pas le même rythme. Un livre, on le pose puis on le reprend. Le cinéma est plus rapide. L’auteur, c’est son livre, et il doit devenir mon film. Un livre tel que MON CHIEN STUPIDE est un vrai bonheur.

LPN : Comment avez-vous travaillé avec vos comédiens ?
Y.A.: Nous avons beaucoup tourné dans la maison, tous les comédiens étaient présents. Donc, nous avons eu 4 à 5 jours de répétitions pour le découpage et poser les repères pour le tournage. Avec Charlotte, les enfants, les producteurs, nous avons fait beaucoup de lectures. C’est important d’entendre le scénario à haute voix, ce n’est pas pareil. Il y a eu peu d’impros hormis pour la scène du joint afin d’arriver aux rires.

LPN : Comment avez-vous pu rendre si belle Charlotte ?
Y.A. : Je l’ai filmé avec les yeux de l’amour… et la magie du numérique qui permet d’illuminer chaque plan. Il y avait aussi mon fils, Ben, qui joue Raphaël. Je lui ai fait passer des essais pour le responsabiliser .Il était bien à sa place, j’en suis fier.

C.G.: De le voir jouer, cela m’a renvoyé à mes débuts à 12 ans. Lui, est plus vieux (22 ans), j’ai vu sa magie quand il a découvert le plateau, son goût du jeu. Ça m’a touché, il était séduit par tout dès le premier jour de tournage. Ben est très fan de Fante comme de Bukowski. Leurs écritures se ressemblent.

LPN : Avez-vous un souvenir de Nice ?
Y.A. : A Nice, j’ai sauvé Clint Eastwood… J’étais dans un cinéma pour voir LE BON, LA BRUTE, ET LE TRUAND. J’ai crié : « Attention, ils sont derrière toi ! ». Je lui ai dit quand je l’ai rencontré.

C.G. : Mes souvenirs sont surtout à Cannes avec notamment mon prix d’interprétation pour ANTECHRIST de Lars Von Trier. Le tournage aussi de LA PROMESSE DE L’AUBE.

Y.A. : A Cannes, j’ai présenté en Compétition, LES PATRIOTES. On s’est fait allumer et nous n’avons pas eu de prix. Puis, lors de sa sortie, tout le monde l’a adoré ! Il y a toujours un décalage avec Cannes. Il faut parfois des années pour comprendre que ce que l’on fait est bien. C’est typiquement français. Avec MON CHIEN STUPIDE, nous avons essuyé un refus. Le Festival de Cannes est un monde en soi. Je m’en moque. Je serai bien plus déçu si mon film faisait 0 entrée lors de sa sortie. On fait un film pour qu’il plaise au plus grand nombre. Tous les films ont de la valeur.

LPN : Que ferez-vous le jour de sa sortie ?
Y.
A.: J’ai un rendez-vous chez un nutritionniste car j’ai beaucoup grossi. Je vais me trouver plein d’activités ce jour-là. Nous avons fait de nombreuses dates avec ce film et je suis resté souvent dans la salle pour écouter les réactions du public. Le jour de la sortie nationale, je ferai sans doute une ou deux surprises aux spectateurs… Nous avons fait des projections tests. Nous avons écouté et nous avons corrigé certaines choses. Nous avons un peu raccourci la voix off et changer quelques petites choses. Quand on fait un film, nous avons trois filtres : le métier avec les Festivals, les Prix…, la presse et les critiques qui sont parfois instructives, et enfin, le public qui décide du nombre d’entrées. Si les trois sont au rendez-vous, c’est un chef d’œuvre. On ne peut ignorer l’un des trois… Au final, c’est toujours le public qui a raison.

LPN : Vos projets ?
Y.A.: Mon prochain sera un film d’animation que je vais réaliser avec Amandine Fredon, LE PETIT NICOLAS : PARFUM D’ENFANCE. J’ai aussi un film Noir en projet…

Propos recueillis par Pascal Gaymard