Lettre ouverte à Pedro Almodovar

Cher Pedro,

Ce Festival de Cannes se devait d’être le tien, c’était le tien. A la vision de ton dernier film, DOULEUR & GLOIRE, le doute n’était plus permis, cette œuvre forte, sensible, intime qui parlait de tes doutes face au métier de metteur en scène ne pouvait qu’avoir une résonance parmi les membres du Jury qui comptait pas moins de 6 réalisateurs dont Alejandro Gonzalez Inarritu… Preuve supplémentaire s’il en est, le Film Français, véritable bible des Festivaliers laissait apparaître un record de Palmes d’Or décerné par les journalistes, soit 11 sur 15 possibles… Après 5 échecs immérités, 2019 était ton année, ton Festival, ta Palme. C’était sans compter les membres de ce Jury, sans compter sur les compromis qui font que ce ne sont jamais les premiers choix des uns et des autres qui se retrouvent palmés d’or. Qui a fait que tu n’as pas eu ta Palme cette année ? Quel membre du Jury a été contre toi ? Est-ce Robin Campillo déçu de ne pas l’avoir eu de tes mains pour 120 Battements par minute lorsque tu présidais le Jury en 2017 (NDLR : The Square l’avait emporté) ? Est-ce Inarritu lui-même refusant qu’on le taxe de favoritisme car hispanisant comme toi ? Est-ce la fatalité qui fait de toi, le maudit de Cannes ? On ne le saura sans doute jamais. Mais saches tout de même que pour bien des Festivaliers durant toutes ces années, tu es le Maestro, celui qui a inventé la Movida, un courant artistique qui a redonné la parole à tous les exclus du franquisme, celui qui a fait des films exceptionnels comme TOUT SUR MA MÈRE qui aurait dû avoir la Palme en 1999 en lieu et place de l’insipide Rosetta des Dardenne, LA MAUVAISE ÉDUCATION en 2004 qui doit céder devant le documentaire controversé de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, VOLVER en 2006 pour une autre Palme face au Vent se lève de Ken Loach, bon film mais inférieur à Volver, ÉTREINTES BRISÉES en 2009 qui est battu par Le Ruban Blanc de Michael Haneke, une Palme d’or qui doit beaucoup à isabelle Huppert, présidente du Jury et égérie d’Haneke…, LA PIEL QUE HABITO en 2011 pour les retrouvailles avec Antonio Banderas et encore perdant face au pompeux Tree of Life de Terrence Malick, JULIETA en 2016 là encore absent du palmarès qui voit MOI, DANIEL BLACK de Ken Loach remporter sa 2ème Palme pas forcément méritée, et aujourd’hui avec DOULEUR & GLOIRE face à Parasite… Lors de ces 7 participations, chacun de tes films méritait de figurer au Palmarès. Alors, nous les Almodoviens de la première heure, ceux de PIPA, LUCIE, BOM ET AUTRES FILLES DU QUARTIER, de FEMMES AU BORD DE LA CRISE DE NERFS, de TALONS AIGUILLES, nous te décernons la Palme d’Or du public. Pour toutes les émotions ressenties, pour toutes les larmes versées, pour tous les sourires esquissés, pour toutes ces images sublimes, pour tous ces interprètes magnifiés sous l’œil de ta caméra, pour toutes ces mises en scène qui nous font aimer le cinéma, nous te disons MERCI Maestro. Et qu’importe Cannes, tu es l’un des plus talentueux metteurs en scène du monde et ça, aucun président du Jury de Cannes ne pourra jamais te le contester.

Pascal Gaymard