Le Festival comme si vous y étiez…Samedi 21 Mai : Sans Filtre, bordel !

Par Pascal Gaymard et Marie Bourdel. Photos : Dominique Maurel.

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À Cannes, il faut savoir se partager, goûter à toutes les sélections pour en extraire quelques pépites, la substantifique moelle comme dirait notre cher François Rabelais… Parce qu’il ne faut jamais perdre de vue que tout cela n’est qu’un gigantesque cirque qui ressemble à la vie mais qui n’est pas la vie… Les images se fabriquent, elles ne sont pas spontanées. L’image, l’argent, le paraître, la bien science voire pire la bienpensance sont autant de critères que l’on critique tout en s’y conformant scrupuleusement…

Alors quand Ruben Ostlünd arrive avec SANS FILTRE, on se prend à rêver comme avec Snow Therapy ou The Square, Palme d’Or méritée ici même en 2017. Et il ne déçoit pas. Les esprits sensibles devront s’abstenir, les pète-secs aussi et obsédés du paraître itou. Mais quel pied ! La croisière s’amuse sur ce paquebot où nous naviguons entre influenceuse insupportable, riches abominables qui scandent « vendre de la merde », vieux marchands d’armes, et personnels pas oubliés obnubilés par le confort de leurs passagers. Alors quand naufrage il y a, c’est de tout un monde dont Ruben Ostlünd fait le procès avec le talent qu’on lui connaît. Pas de manichéisme chez lui, même la pire des ordures a droit à son quart d’heure de sincérité et d’émotion. Dans les étoiles décernées par les critiques du Film Français, il s’est fait éreintés, normal c’est un peu de leur monde dont il parle. Mais dans la salle, les rires et les applaudissements ont pourtant pré-dominés après la projection presse. Quel beau pied de nez s’il se retrouvait dans le palmarès ! Allez membres du Jury, un peu d’audace comme dirait Danton !

Pour rester dans cette énergie, il ne fallait pas rater 99 MOONS du suisse Jan Gassmann à l’ACID, sélection officielle sur le cinéma indépendant. Elle (Valentina Di Pace alias Bigna) détecte les tsunamis et tremblements de terre, il (Dominik Fellman alias Frank) glande en errant dans un en ruine, elle croit tout contrôler, il pense que tout est perdu. Ils se rencontrent, vivent des expériences sexuelles extrêmes empreintes de violence, de manipulation et de domination. Le film tient la route quand il déraille… Les personnages se retrouvent dans une guinguette au milieu de la forêt. Lui semble avoir trouvé son équilibre, elle est enceinte… Et le film s’arrête alors qu’il reste une trentaine de minutes. Dommage.

Faisons un tour à la Quinzaine des Réalisateurs pour REVOIR PARIS après un attentat qui ressemble à s’y méprendre à ceux du 15 novembre 2015 à Paris, sur les terrasses. Peut-on continuer à vivre comme avant après avoir vécu un tel traumatisme ? Même si physiquement, on s’en est sorti, la tête est dans quel état ? Virginie Efira veut retrouver la mémoire de cette soirée d’horreur, revoir l’homme (Benoît Magimel) dont elle a croisé le tendre regard, parler à l’homme qui lui a tenu la main dans la tourmente, revivre pour exorciser, revoir Paris… Alice Winocour fait du bel ouvrage, sensible et subtil, son film prend le spectateur du début jusqu’à la fin. Il a obtenu un soutien de l’AFCAE, l’Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai.

Il nous faut parler aussi de l’autre film en Compétition Officielle et sans le même enthousiasme que pour SANS FILTRE. Le dernier opus du réalisateur Cristian Mongiu, RMN évoque le vivre ensemble en Roumanie avec l’arrivée de travailleurs immigrés venus combler le manque laissé par les locaux, tous partis travailler en Allemagne. Racisme, xénophobie, église omniprésente, histoires de cœurs brisés… Tout s’entremêle alors que le petit garçon, lui, préfère se taire à jamais face à ce drôle de monde… Long, ennuyeux, pétri de bons sentiments au final, RMN laisse indifférent…

Emmanuel Mouret, quant à lui, est en sélection Cannes Première avec CHRONIQUE D’UNE LIAISON PASSAGÈRE. Nous retrouvons dans l’éternel indécis, dépressif, et peureux, Vincent Macaigne qui donne la réplique à Sandrine Kiberlain, femme libérée qui n’espère rien de leur relation adultérine… Et pourtant, les choses sont-elles aussi simples qu’elles le paraissent ? Alors on parle beaucoup et encore, d’amour bien sûr, de sentiments pour sûr, et d’attitudes qu’il faudrait avoir en de telles situations. Le film tourne en rond et le spectateur aussi…

Retrouvez les photos de Dominique Maurel sur son site.

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