J’ACCUSE : Jean Dujardin innocente Dreyfus…

C’était la dernière avant-première proposée par les cinémas Pathé de Nice et ce n’était pas la moins prestigieuse puisqu’il s’agissait du dernier film du maître polonais, Roman Polanski pour J’ACCUSE qui revient sur l’affaire Dreyfus par les yeux et la voix du Lieutenant-Colonel Picquart campé magnifiquement par Jean Dujardin.

C’est dans les salons de l’hôtel Beau Rivage que Jean Dujardin s’est prêté au jeu des questions/réponses avec la presse. Un exercice qu’il apprécie et qui à chaque fois, est l’occasion de bons mots et de franches rigolades… même si en l’occurrence, le sujet ne s’y prêtait guère. Émettons un regret, que Roman Polanski ait préféré garder la chambre alors que nous avions tant de questions à lui poser sur son dernier chef d’œuvre qui lui a valu le Lion d’Argent du Meilleur Film à la Mostra de Venise. Mais Jean Dujardin est déjà un sacré client.

Le Petit Niçois : Comment vous êtes-vous préparé à ce rôle ?
Jean Dujardin : En écoutant beaucoup Roman (Polanski) qui a mis 7 ans à monter son projet. J’ai lu le livre (« D » de Robert Harris publié en 2014), j’ai glané des infos à droite et à gauche. Cette affaire est un  grand complot, il fallait être le plus disponible pour être au plus près de mon personnage. Roman est un perfectionniste qui fait attention au moindre détail. Il ne faut pas être dans l’approximation avec lui, sinon il ne vous loupe pas. A chaque plan, sa mise en place est longue et précise. Il se pose toujours la même question : qu’est-ce que l’on doit raconter dans cette séquence ? Son film est à l’image de ses protagonistes du renseignement où chaque bout de papier compte, chaque tiroir recèle des secrets, chaque mot n’a rien d’innocent. Après, c’est un film d’un Maître, on doit suivre le Maître. Tout le monde était disponible pour lui. Je suis très chanceux d’avoir participer à J’ACCUSE.

LPN : Comment êtes-vous arrivé sur le projet ?
D. : J’avais rencontré Roman il y a 7 ans quand il avait terminé son film, La Vénus à la Fourrure. Il m’avait dit qu’il préparait J’ACCUSE en langue anglaise. Je lui avais dit : « Dommage, je l’aurais bien fait ». Et puis, il a changé d’avis et s’est souvenu de moi. Ce film m’a donné un surcroît de confiance en moi.

LPN : Que vous inspire votre personnage de Picquart ?
D. : C’est incroyable qu’un tel personnage ne soit pas sorti avant au cinéma. Il est au centre de l’affaire Dreyfus .Sans lui, Dreyfus n’aurait jamais été innocenté. Marie-Georges Picquart, sa veuve, n’a pas voulu de cérémonie à la mort de son mari, elle a préféré tout brûler.

LPN : Quelle a été votre approche du rôle ?
D. : Je voulais une interprétation rigoureuse. Cela faisait un bout de temps que je désirais travailler sur la colère froide. J’ai perdu du poids, laissé pousser la moustache, pris une posture, toujours me tenir droit (c’est ce que Roman me disait toujours). J’étais excessivement concentré sur le plateau, j’avais une responsabilité historique vis-à-vis de mon personnage. Roman fait peu de prises et prend un soin particulier à la véracité. Si je devais monter 4 étages et arriver essoufflé, je devais le faire et il commençait à tourner sur le seuil du 4ème étage… Je n’ai pas eu l’occasion de travailler en amont avec lui. Par contre, j’ai eu de longues heures d’essayage de costumes. Roman suit tout, la photo, le cadre, le décor, le costume, chaque scène fait référence à des peintres .Il faut être très patient sur un tournage avec Roman. Il n’a qu’un seul axe caméra . dans son plan séquence. C’est une histoire de survie et de persécution, des thèmes qui sont chers à Roman.

LPN : Quid du reste du casting ?
D.: J’ai été associé au casting, il nous fallait des tronches, de véritables traîtres et ils sont tous formidables : Gregory Gadebois, Hervé Pierre, Vincent Grass, Mathieu Amalric… Emmanuelle Seigner, c’est le sucre d’orge dans ce monde d’hommes, elle avait des scènes très difficiles, elle était très concentrée comme nous tous. Roman raconte une histoire, moi je la réinvente, je lui donne corps. Le film s’est monté en 5 mois, c’est rapide par rapport à ses 7 ans de gestation.

LPN : Quel souvenir du Prix à Venise ?
D. : C’est formidable ! J’espère qu’il en aura d’autres. Ce film agit comme un miroir pour notre époque. On s’en souviendra. Nous avons un peu fermé la boutique sur l’affaire Dreyfus. Il y a aussi Émile Zola, quel courage ! Des gens qui se mouillent comme ça, c’est rare. Cette histoire est un complot incroyable, la vie a plus de talent que les scénaristes. J’espère que les écoles demanderont à voir le film. C’est très anachronique de tourner ainsi en respectant le temps. A l’heure de Netflix, tout doit aller vite…

LPN : Que murmurez-vous à l’oreille de Gadebois à la barre lors du procès ?
D. : Au départ, on entendait ma réplique mais au montage, Roman a préféré qu’on ne l’entende pas… C’est un jeu avec le public lors des présentations ? Alors, à votre Avis ?… « Je vous demanderai réparation pour cette insulte ». C’est pour cela qu’ensuite, il y a la scène du duel.

LPN : Que vous reste-t-il du film ?
D.: Je trouve qu’il a tout dans la première scène de dégradation du Capitaine Alfred Dreyfus. Tout est dit. La singularité de Roman, c’est de ne jamais surmultiplier les effets ou survitaminer le film, pour plaire… Il vous rend plus intelligent, Roman vous oblige à réfléchir plus encore. On sait rentrer chez soi sans GPS alors pourquoi le met-on ?

LPN : Et Nice ?
D. : J’y suis viscéralement attaché. Tout ce qui est Nice est très bien, toute initiative prise ici, j’y participe. Je viendrai toujours à Nice. J’ai couru sur la Prom jusqu’au port. Je me suis perdu dans le Vieux-Nice. Je sais que tout a commencé pour Brice ici, je ne l’oublierai jamais.

Propos recueillis parPascal Gaymard