HOMMAGE: Michel Piccoli : L’homme que l’on aimait haïr…

Âgé de 94 ans, Michel Piccoli s’est éteint en famille dans l’Eure.

Tant au théâtre qu’au cinéma, il avait joué avec les plus grands totalisant plus de 176 films à son compteur, 49 pièces de théâtre et 33 films courts…

Ses chefs-d’œuvre : Le Mépris, Belle de Jour, Les Choses de la Vie

Qui ne souvient pas de son face à face avec Brigitte Bardot dans « Le Mépris », chef-d’oeuvre absolu signé Jean-Luc Godard, ou encore de ses colères homériques chez Claude Sautet notamment dans « François, Vincent, Paul et les autres ». Michel Piccoli aimait jouer, entrer dans un rôle, le transfigurer, bref le magnifier. Observateur zélé des turpitudes humaines, ces personnages n’avaient souvent rien de sympathique. Chef d’entreprise cupide et sans scrupules dans « Le Sucre » de Jacques Rouffio, dénonciateur et profiteur de « Belle de Jour » d’une Catherine Deneuve esclave sexuelle chez Luis Bunuel, ou Pape en plein doute dans « Habemus Papam » de Nanni Moretti, Michel Piccoli ne se faisait guère d’illusion sur la nature d’où une ironique sur les choses de la vie et les autres qui a collé à ses rôles comme à ses mentors.

Le fétiche de grands réalisateurs dont Sautet, Ferreri et Bunuel

Ils avaient pour noms Alain Resnais, Jacques Demy, Jean-Pierre Melville, Jean Renoir, Jean-Luc Godard, Alfred Hitchcock, Agnès Varda, Claude Chabrol, Jacques Doillon, Bertrand Blier, Marco Ferreri, Costa Gavras, Ettore Scola, Youssef Chahine, Théo Angelopoulos, et surtout Claude Sautet (5), Marco Ferreri (7), et Luis Bunuel (7). Impressionnante carrière mais paradoxalement, peu de récompenses. Nominé 5 fois aux César, il n’en a reçu aucun. Son prix d’interprétation le plus notable, c’est au Festival de Cannes de 1980 pour « Le Saut dans le Vide ». Homme à femmes, il a été marié trois fois, avec l’actrice Eléonore Hirt, avec laquelle il a eu deux filles, avec Juliette Gréco en 1966, puis avec la scénariste, Ludivine Clerc en 1978 avec laquelle il a adopté deux enfants polonais, Inord et Missia. L’athée qui ne croyait pas en Dieu avait fait son premier film avec Christian Jaque en 1945, « Sortilèges », aura tourné son dernier film en 2011 dans le costume du Pape chez Moretti, « Habemus Papam ». En 2010, il avait écrit un livre de souvenirs avec l’ex-président du Festival de Cannes, Gilles Jacob, « J’ai vécu dans mes rêves », il avait avoué une liaison avec Romy Schneider

65 ans de carrière…

Ce que l’on retiendra de cet « ogre », c’est sa voix de stentor qui en imposait, sa carrure aussi, son charisme naturel encore. Michel Piccoli, homme engagé, a joué tous les rôles de « salops » avec une maestria étonnante. Il avouait à l’un de nos confrères : « J’aime le secret, le doute, la discrétion. J’aime fouiller les autres. Je n’aime pas dire complètement ce que je pense ». Homme cultivé, ironique à souhait, provocateur en diable, sa montée des Marches à Cannes pour « La Grande Bouffe » restera l’un des plus grands moments de polémique du Festival, « Le Doulos » de Melville l’a révélé, Brigitte Bardot et ses fesses l’ont confirmé, et ses mentors en ont fait une légende en France comme ailleurs dans le monde. Michel Piccoli, c’était un personnage, un homme cultivé, fin et plein d’ironie, qui aura marqué le cinéma pendant près de 65 ans… Piccoli, Grandissimo !

Pascal Gaymard