Photos Dominique Maurel

Il en ressort un sentiment de cohérence thématique (histoire, frontières, exils, corps) et de diversité avec des choix pas tous ceux espérés par la Critique… ou les spectateurs.

FJORD, une Palme d’Or qui est une attaque en règle des progressistes woke…

Le fait marquant de cette 79e édition aura été les deux thématiques centrales qui ont irrigué nombre de films, l’homosexualité qu’elle soit féminine ou masculine et la guerre. Le Jury présidé par le réalisateur Sud-Coréen, Park Chan-wook a fait preuve d’un esprit consensuel en essayant de laisser une place à toutes les filmographies du monde. D’ailleurs, dès la Caméra d’Or, le ton était donné avec la récompense attribuée à la réalisatrice Rwandaise, Marie-Clémentine Dusabejambo, pour Ben’Imana. C’était dixit Thierry Frémaux, le délégué général, le 1er film Rwandais présent au Festival de Cannes depuis sa création… Rien à redire à cette distinction.

Au sommet du palmarès, la hiérarchie entre Palme d’Or, Grand Prix et Prix du Jury dessine une véritable « carte morale » de cette édition. FJORD permet au réalisateur Roumain, Cristian Mungiu, de décrocher sa 2ème Palme d’Or après 4 Mois 3 Semaines 2 Jours en 2007. En opposant chrétiens évangélistes et progressistes intégristes, il a prouvé que les seconds n’avaient pas forcément raison contre les premiers. Que le camp du bien n’est pas forcément celui que l’on croit, que par idéologie woke, on pouvait en arriver aux pires décision, à un fascisme assumé car progressiste et donc accepté…

Minotaure et Fatherland récompensés…

Le Grand Prix attribué à Minotaure d’Andreï Zviaguintsev consacre le retour du cinéaste russe au premier plan, dans un contexte où toute prise de parole venant de cette région du monde est lue à l’aune des tensions géopolitiques. Il a lancé un appel à Vladimir Poutine pour les combats cessent entre la Russie et l’Ukraine. L’actrice, Iris Lebedeva, a illuminé par sa beauté et son talent cette 79e édition.

Le Prix du Jury a été remis à L’aventure rêvée de Valeska Grisebach, à la grande surprise des festivaliers. Présentée comme une plongée aux confins de l’Europe, ce film de frontières confirme l’intérêt du Jury pour les récits questionnant les marges, la loi et la circulation des corps. En plaçant sur le même podium symbolique un auteur russe et une cinéaste allemande, le palmarès assume une vision très européenne des enjeux contemporains, en résonance avec les débats qui traversent le continent. Le Prix de la mise en scène a été partagé entre Javier Ambrossi et Javier Calvo pour La bola negra et Paweł Pawlikowski pour Fatherland. Cela illustre deux pôles esthétiques de la sélection. D’un côté, une mise en scène baroque et ludique, fidèle à la veine déjà repérée du duo espagnol ; de l’autre, la rigueur plastique et la profondeur historique propres au cinéma de Pawlikowski. Notre préférence allait au second qui avait déjà reçu ce prix de la mise en scène pour Cold War en 2018.

Soudain et Coward sacrés pour leurs interprètes…

Le Prix du scénario est revenu à Emmanuel Marre pour Notre Salut, un prix étonnant puisque l’intéressé lui-même a avoué sur scène n’avoir pas suivi le scénario originel. Il était le favori de la presse de gauche car questionnant la responsabilité de la France et de ses petits fonctionnaires dans le régime de Vichy. Un film repentant qui entre bien dans la philosophie wokiste proposant de s’autoflageller à l’infini, voire de refaire l’histoire en mettant la France et les Français en accusation permanente.

En interprétation féminine, le doublé Virginie Efira/Tao Okamoto pour Soudain de Ryûsuke Hamaguchi se justifie, tant les deux interprètes étaient indissociables l’une de l’autre dans ce film sur Alzheimer. La récompense une partition à deux voix, croisant star francophone et actrice japonaise, a été l’un des temps forts de ce Palmarès. Cela permet d’alterner les jeux et les variations de point de vue. Les deux actrices ont été lumineuses, notamment dans leur explication de la maladie d’Alzheimer qui laisse entrevoir beaucoup d’espoirs pour les personnes atteintes de ce fléau. Elles sont encore intelligentes et ressentent des émotions. Il faut travailler sur le regard, les gestes préventifs, le toucher et la bienveillance. Le prix d’interprétation masculine a été attribué à Emmanuel Macchia et Valentin Campagne pour Coward de Lukas Dhont qui s’inscrit, lui, dans la continuité d’un cinéma du corps et de la fragilité déjà reconnu avec Girl ou Close. En distinguant un duo de jeunes acteurs, le jury envoie un signal clair en faveur d’un cinéma des émotions à hauteur d’adolescence. La joie des deux protagonistes qui ne s’aimaient guère au départ, était communicative sur la scène. On notera que ces prix d’acteurs rejoignent souvent les pronostics de la presse…

Pascal Gaymard

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