Présentation du Conseil municipal du 29 Avril 2026 de la Ville de Villefranche-sur-Mer (lecture à 4.00′) :
Une séance ouverte sous le signe de la méthode Capelier
Installé dans la salle des mariages en raison de la Rade Classique, le conseil municipal du 29 avril s’est ouvert par un point politique du maire Robert Capelier. Avant même l’examen des délibérations, l’édile a tenu à poser le cadre de son début de mandat : rendre compte, suivre les dossiers, et informer régulièrement les Villefranchois. Sur la mobilité douce, le maire a annoncé que l’extension du service de vélos électriques était “en bonne voie”, en lien avec la direction de la mobilité de la Métropole Nice Côte d’Azur. Sur la proximité, il a confirmé la mise en place de permanences des adjoints tous les vendredis, sans rendez-vous, en mairie. “C’est ça, la démocratie de terrain”, a-t-il résumé. Mais c’est surtout sur la sécurité que Robert Capelier a voulu marquer les esprits.
Sécurité : caméras, bornes d’alerte, police à pied et poste fixe aux Marinières
Le maire a annoncé un audit complet du réseau de vidéoprotection. Cinquante caméras seraient déjà identifiées comme obsolètes et devront être remplacées par des équipements plus modernes, notamment des caméras à quatre têtes. Certains secteurs restent insuffisamment couverts, selon lui, notamment la vieille ville, Saint-Michel et la table d’orientation. La municipalité veut également installer des bornes d’alerte dans les lieux stratégiques, notamment aux abords des écoles. Ces bornes, équipées d’un bouton d’alerte et d’une caméra intégrée, sont présentées comme un outil visible et rassurant. Autre annonce : davantage de policiers municipaux à pied, un renforcement des effectifs les week-ends et jours fériés, l’achat prévu de trois vélos électriques et, à partir de 2027, la présence d’un cinquième CRS en période estivale. Enfin, un poste de police fixe devrait être créé aux Marinières, avec un policier présent en permanence sur place.
Culture : Biagini, danse d’excellence et art contemporain
La séance a ensuite abordé plusieurs délibérations culturelles. La commune a approuvé le partenariat avec la compagnie Jacques Biagini pour les festivités prévues les 5 et 6 juin 2026 à la citadelle. Au programme : ateliers, créations amateurs, troupe professionnelle et spectacle autour de Jules Raimu et Marcel Pagnol. Le conseil a également validé la deuxième édition du gala des Excellences, prévue le 25 juillet 2026 au théâtre de verdure. Cette manifestation mêlera danse classique et contemporaine avec des artistes professionnels internationaux et des élèves du pôle national supérieur de danse Rosella. Le budget prévisionnel atteint 42.330 euros, dont 32.470 euros à la charge de la commune. L’opposition s’est abstenue sur ce point, estimant la somme importante, même si elle a reconnu l’intérêt de l’événement. Un échange tendu s’est ensuite engagé avec la majorité, qui a rappelé que cette manifestation avait été initiée sous la précédente mandature. Autre décision patrimoniale : l’acceptation du don d’une œuvre de l’artiste Ryan Schneider, réalisée dans le cadre de l’exposition de l’été 2025 à la citadelle, qui aurait attiré plus de 22.000 visiteurs. La ville prendra en charge des frais de douane estimés à 1.000 euros maximum. La commune poursuivra aussi son partenariat avec la galerie Eva Vautier pour la vente, à la boutique des musées, de produits liés à l’artiste Ben, figure du mouvement Fluxus et familier de Villefranche.
Office de tourisme métropolitain : l’opposition juge l’aide insuffisante
La convention de coopération avec l’Office de tourisme métropolitain Nice Côte d’Azur a suscité un premier vrai désaccord politique. La ville bénéficiera d’un soutien de 87.560 euros TTC pour plusieurs événements majeurs : la Rade Classique, les festivités Biagini, le Crème Festival, la grande exposition estivale de la citadelle, les Nuits musicales, le gala de danse et le trail nocturne de la Mounta Cala. L’opposition a voté contre, jugeant cette somme trop faible. Elle a rappelé que la taxe de séjour est désormais collectée par l’office métropolitain et que la commune espérait une contribution plus élevée, autour de 150.000 euros.
Associations : une baisse provisoire qui fait débat
La délibération sur les subventions aux associations a été l’un des moments les plus politiques de la soirée. Robert Capelier a d’abord tenu à remercier le tissu associatif local. Quarante-cinq associations ont déposé une demande pour 2026. La règle retenue par la nouvelle majorité est simple : les subventions inférieures ou égales à 2.000 euros sont reconduites intégralement. Pour les associations au-delà de ce seuil, la commune verse dans un premier temps 80 % de la subvention précédente, avant de les rencontrer individuellement. Le maire veut examiner les besoins, le nombre d’adhérents, la part de Villefranchois, l’implication auprès des enfants, des seniors, le rôle social, sportif, patrimonial ou culturel des projets. L’opposition a critiqué cette méthode, estimant que les dossiers transmis par les associations contenaient déjà les informations nécessaires. Elle a cité notamment l’aviron, la yole et la pétanque, des structures jugées actives et financièrement dépendantes de l’aide municipale. La majorité a défendu une approche prudente : il ne s’agirait pas de couper les subventions, mais de mieux comprendre l’usage de l’argent public. Le vote a finalement validé la délibération.
Budget principal 2026 : prudence, emprunt prévisionnel et débats techniques
Le budget primitif principal 2026 a ensuite été présenté par Olivier Fresnay, Maire-Adjoint de Villefranche-sur-mer. La section de fonctionnement s’élève à 16.198.981,08 euros. Les charges de personnel atteignent 7,34 millions d’euros. Les charges à caractère général s’établissent à près de 2,97 millions d’euros. La commune inscrit aussi une subvention au CCAS et les subventions associatives. Côté recettes, la fiscalité locale reste le moteur principal avec plus de 11 millions d’euros. La commune constate toutefois une baisse de la dotation globale de fonctionnement de 130.000 euros. En investissement, le budget atteint 11.659.538,93 euros. Sont notamment prévus des crédits pour la citadelle, l’accessibilité, l’orangerie, l’auditorium, les tennis de la Barmassa, des acquisitions foncières potentielles et des études. Un emprunt prévisionnel de 2,7 millions d’euros est inscrit pour équilibrer la section. Olivier Fresnay a reconnu avoir été lui-même “interloqué” à la lecture de ce montant, tout en précisant qu’il s’agit d’un budget prévisionnel et que cet emprunt pourrait ne pas être mobilisé. L’opposition a interrogé plusieurs lignes budgétaires, notamment les frais divers, les rémunérations des non-titulaires, les indemnités des élus, les subventions et les redevances d’occupation du domaine public. Le budget a été adopté.
Parkings : portes vitrées à la Barmassa et projet des Marinières interrogent
Le budget annexe des parkings Wilson, Marinières et Barmassa a également donné lieu à discussion. Plusieurs investissements sont prévus, notamment des panneaux d’affichage, des barrières, des travaux au parking Wilson, des enrobés aux Marinières et des portes vitrées à la Barmassa pour 22.080 euros. L’opposition a jugé cette dernière dépense très élevée et a demandé si elle serait réellement engagée. La majorité a répondu que ces éléments seraient examinés à la loupe avant décision. Sur les Marinières, l’opposition s’est inquiétée de la continuité du projet de sécurisation piétonne et d’aménagement avec plantations. Le maire a évoqué un projet “plus ambitieux” en cours de réflexion, sans entrer dans le détail.
Mouillages : le déficit de la SMEL reste un sujet sensible
Le budget annexe des mouillages, lié à la zone de mouillage organisée, a ravivé un débat de fond. Olivier Fresnay a insisté sur la fragilité financière de ce budget, qui nécessite une participation annuelle importante. Il a évoqué une réflexion à mener sur la gestion de cette structure, regrettant que l’État impose une redevance alors même que le projet vise à protéger la rade. L’opposition a défendu le principe environnemental de la zone de mouillage, mais a regretté que ce budget ne soit pas intégré au budget principal. Pour elle, cela aurait permis une meilleure lisibilité globale. La majorité a répondu qu’un budget séparé permettait justement de ne pas “noyer” le problème. La délibération a été adoptée malgré le vote contre de l’opposition.
Fiscalité : pas d’augmentation des taux
Le conseil a ensuite voté les taux d’imposition pour 2026. La majorité a confirmé qu’elle ne les augmenterait pas. La taxe d’habitation sur les résidences secondaires reste fixée à 16,03 %, la taxe foncière sur les propriétés non bâties à 9,65 %, et la taxe foncière sur les propriétés bâties à 25,53 %. Olivier Fresnay a rappelé que la majorité s’était engagée à ne pas augmenter les taxes locales. La délibération a été adoptée.
Urbanisme : le maire se retire sur un dossier lié à son cabinet
Un point plus sensible a concerné une autorisation d’urbanisme. En application du Code de l’urbanisme, le maire Robert Capelier s’est retiré du vote, son cabinet d’architecte étant lié à une demande de permis modificatif déposée en février 2026. Le conseil a désigné Benjamin Bager, premier adjoint, pour signer la décision au nom de la commune. L’opposition a demandé des précisions sur l’identité de l’architecte et sur l’existence éventuelle d’autres liens d’intérêt. La majorité a assuré que le maire ne pouvait évidemment pas signer lui-même ce dossier.
SPLV : la vieille procédure judiciaire revient dans le débat
En fin de séance, Robert Capelier a répondu à une question écrite de Christophe Trojani sur l’ancienne société publique locale villefranchoise, la SPLV. Cette procédure pénale, engagée par la commune en 2014, a connu une longue instruction avant de déboucher sur une ordonnance de non-lieu. La commune avait fait appel devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Le maire a indiqué avoir demandé un renvoi de l’audience afin de permettre à la nouvelle majorité d’analyser le dossier, tant sur le fond juridique que sur le coût financier pour la commune. Il a rappelé que la procédure avait déjà donné lieu à un classement sans suite puis à une ordonnance de non-lieu, estimant qu’une réflexion approfondie s’imposait avant toute décision sur la poursuite ou non de l’appel.
Une majorité qui veut reprendre la main
Au terme de cette séance, une ligne se dessine clairement. La majorité Capelier veut afficher une gouvernance de contrôle, de prudence et de proximité. Elle promet de rencontrer, d’auditer, de vérifier et de réorienter. L’opposition, elle, surveille déjà les premiers arbitrages : subventions, investissements, budgets annexes, urbanisme, justice. À Villefranche-sur-Mer, le mandat vient à peine de commencer. Mais le ton est déjà donné : la nouvelle équipe veut marquer une rupture de méthode, tandis que l’ancienne majorité entend défendre son bilan et contester les choix naissants.
ANALYSE ÉDITORIALE
Le conseil municipal du 29 avril 2026 à Villefranche-sur-Mer n’a pas seulement été une séance budgétaire. Il a été une scène de transition politique. On y a vu une nouvelle majorité prendre possession des dossiers, parfois avec prudence, parfois avec fermeté, tandis que l’ancienne équipe, désormais dans l’opposition, tentait de défendre son bilan et de pointer les premières contradictions.
La ligne de Robert Capelier est claire : reprendre la main, vérifier, auditer, rencontrer, contrôler. Ce vocabulaire revient presque à chaque délibération. Sur les caméras, sur les associations, sur les parkings, sur les mouillages, sur la SPLV, la majorité affiche la même posture : rien ne sera reconduit mécaniquement, tout devra être réexaminé.
C’est une méthode politique classique de début de mandat, mais ici elle prend une dimension particulière. Villefranche-sur-Mer est une commune à forte identité patrimoniale, touristique et résidentielle. Chaque euro dépensé, chaque événement culturel, chaque place de parking, chaque mouillage dans la rade touche à un équilibre sensible : attractivité, qualité de vie, protection du site et gestion publique.
Le maire a d’abord voulu occuper le terrain de la proximité. Permanences sans rendez-vous, police municipale plus visible, poste fixe aux Marinières, audit des caméras, extension des vélos électriques : ces annonces parlent directement aux habitants. Elles dessinent une mairie de présence, presque de contact quotidien. C’est politiquement habile, car cela permet à la nouvelle majorité de se distinguer rapidement sans attendre les grands projets structurants.
Mais le vrai marqueur de cette séance se trouve ailleurs : dans la prudence budgétaire. Sur les associations, la majorité ne coupe pas franchement, mais elle suspend une partie de la confiance automatique. Les subventions supérieures à 2.000 euros seront versées à 80 % dans un premier temps, avant discussion. L’intention peut se défendre : l’argent public doit être suivi. Mais le risque politique est évident. Dans une petite commune, les associations ne sont pas de simples lignes comptables ; elles sont du lien social, du bénévolat, de la mémoire locale. Les toucher, même provisoirement, c’est toucher un réseau humain extrêmement sensible.
L’opposition l’a bien compris. Elle a cherché à transformer ce choix de méthode en soupçon de défiance envers les associations. La majorité, elle, répond qu’elle veut remettre de l’humain dans la décision. Le paradoxe est intéressant : chacun revendique l’humain, mais pas au même endroit. L’opposition le voit dans la continuité des soutiens ; la majorité le voit dans la rencontre individuelle et l’évaluation.
Le budget 2026 confirme cette logique de mandat débutant. Il n’est pas encore un budget de rupture ; c’est un budget d’attente, de transition, avec des lignes prudentes, des projets inscrits, des emprunts prévisionnels, des investissements à vérifier. Olivier Freiné l’a reconnu à plusieurs reprises : certains montants interrogent, certains arbitrages seront revus. Cela donne une impression de sincérité, mais aussi d’inachèvement. La majorité assume de ne pas tout trancher immédiatement. L’opposition, elle, y voit un terrain d’attaque : manque de clarté, incertitude, imprécision.
Le dossier des mouillages résume parfaitement les tensions villefranchoises. Tout le monde s’accorde sur l’enjeu écologique de protection de la rade, mais la question financière demeure lourde. La majorité veut rouvrir les hypothèses, interroger l’État, peut-être renégocier. L’opposition rappelle que ce projet avait une nécessité environnementale. Là encore, deux récits s’affrontent : celui de l’héritage coûteux et celui de l’investissement nécessaire.
La fin de séance, avec la procédure SPLV, apporte une dimension plus politique encore. En demandant un renvoi pour analyser un dossier ancien, la nouvelle majorité envoie un signal : elle ne veut pas hériter mécaniquement des combats judiciaires de ses prédécesseurs. Mais elle prend aussi un risque : celui d’être accusée, demain, d’enterrer un dossier sensible. Sur ce point, la prudence affichée peut devenir une ligne de crête.
Au fond, cette séance révèle une majorité qui veut gouverner par révision méthodique plus que par rupture brutale. Robert Capelier ne renverse pas la table ; il la démonte pièce par pièce pour regarder ce qu’il y a dessous. C’est une stratégie prudente, parfois efficace, mais qui devra vite produire des résultats visibles. Car l’audit permanent peut rassurer au début ; il peut aussi, avec le temps, donner l’impression d’une hésitation.
L’opposition, elle, a adopté une posture de vigilance offensive. Elle connaît les dossiers, puisqu’elle les a souvent portés. Elle s’en sert pour mettre la majorité face à ses responsabilités. Mais elle doit éviter un piège : apparaître comme la défense systématique de l’ancien monde municipal. Sa crédibilité dépendra de sa capacité à distinguer ce qui relève réellement de l’intérêt général de ce qui relève de la défense de son propre bilan.
Cette séance du 29 avril n’a donc pas seulement adopté des budgets et des conventions. Elle a installé un rapport de force. Une majorité qui promet transparence, contrôle et proximité. Une opposition qui surveille, conteste et rappelle l’héritage. Entre les deux, les Villefranchois attendront surtout une chose : que la méthode produise rapidement des actes.
La Rédaction












