Présentation du Conseil municipal du 24 avril 2026 à 9H à la Ville de Menton :
Démission d’un adjoint, règlement intérieur contesté, budget 2026 adopté dans un climat électrique et débat explosif sur les indemnités : la séance du 24 avril 2026 à Menton a posé les jalons d’un mandat qui s’annonce rugueux. Derrière les chiffres, c’est une véritable bataille politique qui s’est jouée pendant plus de trois heures.
Une séance inaugurale sous haute intensité
Il est 9 heures à peine lorsque Alexandra Masson ouvre la séance. L’ordre du jour est dense, technique, mais l’ambiance, elle, ne tarde pas à s’échauffer. Dès les premières minutes, la maire impose le rythme, installe le secrétaire de séance et enchaîne. Pourtant, très vite, les débats quittent le terrain protocolaire pour glisser vers un affrontement politique assumé. En toile de fond, une réalité : la nouvelle majorité entend marquer une rupture, l’opposition entend la contester point par point.
Double actualité politique : un député et une sénatrice dans l’hémicycle
Avant même les premières délibérations, la maire met en lumière un fait politique inédit pour la ville. Elle salue l’accession de Gabriel Tomatis à l’Assemblée nationale et la nomination de Sandra Paire au Sénat. Deux parlementaires désormais issus du conseil municipal. Un symbole fort, que la majorité revendique comme un levier d’influence renforcé pour la commune.
Horaires des conseils : la première étincelle
La tension monte dès la validation du procès-verbal précédent. Louis Sarkozy dénonce frontalement la tenue des conseils municipaux en semaine, en matinée. Pour lui, ces horaires excluent de fait les élus exerçant une activité professionnelle. Il évoque même une atteinte à la représentation démocratique. Une charge directe contre la majorité, soupçonnée de verrouiller le fonctionnement institutionnel. Réponse immédiate de la maire, sèche et assumée : les conseils municipaux ne se tiennent que quelques fois par an, et les élus doivent s’y rendre disponibles. L’argument ne convainc pas l’opposition. Le ton est donné.
Démission surprise : un adjoint quitte ses fonctions
C’est l’un des moments marquants de la matinée. Patrick Perret annonce sa démission de ses fonctions d’adjoint. Dans une déclaration sobre, il évoque des raisons personnelles et insiste sur la difficulté de sa décision. Il réaffirme son soutien à la majorité et son engagement au service des habitants. La maire lui rend un hommage appuyé, saluant un engagement “solide” et laissant entendre un retour possible à terme. Une séquence rare, presque suspendue, dans une séance autrement agitée. Dans la foulée, Nicolas Litardi est élu 7e adjoint avec 29 voix. L’opposition, elle, refuse de participer au vote, dénonçant une affaire interne à la majorité.
Règlement intérieur : bataille sur le temps de parole
Le débat sur la modification du règlement intérieur cristallise rapidement les oppositions. Au cœur des échanges : la limitation du temps de parole et la nouvelle organisation des interventions en séance. L’opposition y voit une stratégie pour réduire son expression. Elle parle d’un “recul démocratique” et dénonce une volonté d’étouffer le débat. La majorité, elle, assume un choix d’efficacité. Moins de temps, mais des interventions plus ciblées. Objectif affiché : éviter les dérives et recentrer les débats sur les décisions. Mais le ton monte. Les échanges deviennent acerbes, parfois personnels. Derrière la technique, c’est une conception opposée du débat démocratique qui s’exprime.
Budget 2026 : un exercice sous contrainte
Le moment central de la séance reste l’examen du budget primitif 2026. Un budget que la majorité qualifie de “responsabilité”. Le contexte est jugé défavorable. Hausse des charges, contraintes nationales, incertitudes économiques. La municipalité revendique un équilibre sans hausse d’impôts, mais reconnaît une marge de manœuvre limitée. Les chiffres sont là : plus de 76 millions d’euros en fonctionnement, une épargne fragile, une dette encore élevée. La majorité insiste sur la maîtrise des dépenses et la poursuite des investissements. Mais l’opposition démonte cette lecture. Elle parle d’un budget “immobiliste”, sans vision, reposant sur des recettes indirectes et une pression accrue sur les habitants. Elle dénonce aussi un manque de stratégie économique claire.
Héritage financier : deux lectures irréconciliables
Le compte administratif 2025 ravive les tensions. La majorité évoque un excédent “de façade”, reposant sur des recettes exceptionnelles et des ventes de patrimoine. Elle met en garde contre une situation financière plus fragile qu’il n’y paraît. L’opposition réplique en soulignant la baisse de la dette et la gestion passée qu’elle juge responsable. Deux lectures opposées d’un même bilan. Deux récits politiques qui s’affrontent.
Indemnités des élus : le point de rupture
C’est le débat le plus vif de la séance. L’augmentation des indemnités et la création d’une enveloppe de 15 000 euros pour les frais de représentation du maire déclenchent une confrontation frontale. L’opposition dénonce un “mauvais signal” dans un contexte de rigueur budgétaire. Elle évoque une contradiction entre les efforts demandés aux services et les moyens accordés aux élus. La majorité réplique sans détour. Elle défend la reconnaissance du travail des élus, rejette toute “démagogie” et assume un cadre légal strict. Le ton se durcit. Les échanges deviennent personnels, parfois virulents. La fracture est nette.
CCAS, associations, sécurité : les autres fronts
Au fil des délibérations, d’autres sujets sensibles émergent. Le financement du Centre communal d’action sociale de Menton interroge. La majorité évoque la nécessité de mieux cibler les aides, sans exclure des évolutions structurelles. L’opposition alerte sur les risques sociaux. Les associations, elles, voient leurs subventions maintenues pour 2026. Mais une réforme est annoncée. La mairie veut revoir les critères et redistribuer les aides. Enfin, la question de la sécurité et des effectifs de police municipale revient avec insistance. La majorité promet des recrutements et une montée en puissance progressive.
Une séance fondatrice, déjà clivante
Au terme de plus de trois heures de débats, le constat s’impose. Cette séance n’était pas une simple formalité budgétaire. Elle marque le début d’un mandat sous tension. La majorité affiche sa volonté de transformation. L’opposition, elle, se positionne en contre-pouvoir vigilant et offensif. Entre affrontements politiques, décisions structurantes et signaux contradictoires, une chose est sûre : à Menton, le débat municipal ne sera pas feutré. Il sera frontal. Et durable.
ANALYSE ÉDITORIALE
La séance s’ouvre sous la présidence de la maire Alexandra Masson, qui installe formellement le jeune conseiller Titien Leger comme secrétaire de séance. Très vite, le ton se veut solennel, presque institutionnel.
La maire profite de ce moment pour saluer deux évolutions politiques majeures :
- l’accession de Gabriel Tomatis à l’Assemblée nationale,
- et l’entrée de Sandra Paire au Sénat.
Un symbole fort pour la municipalité, qui revendique désormais une double représentation parlementaire.
Horaires des conseils : premier affrontement frontal
Mais l’apaisement est de courte durée. Dès les premières minutes, l’opposition, menée notamment par Louis Sarkozy, dénonce la tenue des conseils municipaux en semaine à 9h.
L’accusation est directe : ces horaires empêcheraient certains élus actifs de siéger, portant atteinte à la représentation démocratique. Une critique balayée sèchement par la maire, qui assume un fonctionnement “classique” et renvoie à la rareté des séances annuelles.
Ce premier échange donne le ton : la confrontation sera permanente.
Coup de théâtre : la démission d’un adjoint
Moment fort de la séance, l’annonce de la démission de l’adjoint Patrick Perret, pour des raisons personnelles.
Dans une intervention empreinte d’émotion, il évoque une décision “réfléchie” mais difficile, tout en affirmant son soutien à la majorité. La maire lui rend un hommage appuyé, soulignant son engagement.
Dans la foulée, Nicolas Litardi est élu 7e adjoint avec 29 voix sur 36, malgré le refus de l’opposition de participer au vote.
Règlement intérieur : bataille sur la démocratie locale
La modification du règlement intérieur cristallise les tensions.
Au cœur du débat :
- la réduction du temps de parole des groupes politiques,
- et la suppression de certaines commissions de travail.
L’opposition dénonce une “restriction du débat démocratique” et une volonté d’“affaiblir l’opposition”.
La majorité assume, parlant d’un outil destiné à éviter les “logorrhées” et à recentrer les débats sur “l’intérêt général”.
L’échange devient particulièrement virulent, révélant une fracture profonde sur la conception même du fonctionnement démocratique local.
Finances : un héritage contesté et un budget sous tension
Le cœur de la séance reste budgétaire, avec l’examen du compte administratif 2025 et du budget primitif 2026.
Un bilan 2025 jugé “trompeur”
Selon la majorité, l’excédent affiché (près de 4,9 millions d’euros) masque une réalité plus fragile :
- un résultat réel de seulement 342 000 euros,
- des recettes exceptionnelles issues de ventes de patrimoine,
- et plus de 2 millions d’euros de provisions pour risques.
Une lecture contestée par l’opposition, qui défend la gestion précédente et souligne la baisse de la dette.
Budget 2026 : rigueur affichée, critiques nourries
Le budget primitif 2026, adopté malgré l’opposition, s’élève à plus de 76 millions d’euros en fonctionnement.
La majorité met en avant :
- une maîtrise des dépenses,
- l’absence d’augmentation des impôts locaux,
- un programme d’investissement ambitieux (sécurité, logement, équipements).
Mais l’opposition dénonce :
- une “illusion d’équilibre”,
- une fiscalité indirecte en hausse,
- et surtout une absence de vision stratégique.
Indemnités et dépenses : le débat le plus explosif
Le point le plus polémique concerne les indemnités des élus et les frais de représentation du maire.
L’opposition fustige :
- une hausse significative des indemnités,
- la création d’une enveloppe de 15 000 € pour les frais de représentation,
- et l’achat d’un nouveau véhicule municipal.
La majorité assume pleinement, invoquant :
- la reconnaissance du travail des élus,
- la nécessité de représenter la ville,
- et la légalité stricte des dispositifs.
Les échanges deviennent particulièrement vifs, glissant même vers des références nationales et des accusations personnelles.
Ressources humaines et sécurité : des défis majeurs
Autre sujet sensible : les effectifs municipaux.
Avec près de 10 % de postes vacants, la question du fonctionnement des services se pose, notamment pour la police municipale. La majorité annonce des recrutements en cours et confirme son objectif d’augmentation des effectifs sur le mandat.
CCAS et politique sociale : entre prudence et inquiétudes
Le financement du Centre communal d’action sociale de Menton suscite également des interrogations.
Si la subvention est maintenue, la majorité évoque la nécessité de mieux cibler les aides, ouvrant la porte à une réflexion sur l’efficacité du système.
L’opposition alerte sur les risques sociaux et défend le rôle essentiel du CCAS comme “amortisseur social”.
Associations : statu quo avant réforme
Les subventions aux associations sont reconduites à l’identique pour 2026, mais la maire annonce une réforme à venir dès 2027.
Objectif affiché :
- rééquilibrer les aides,
- éviter les “trésors de guerre” associatifs,
- et soutenir davantage les structures dynamiques.
Une séance révélatrice d’un mandat sous tension
Après plus de trois heures d’échanges, la séance s’achève sur une impression claire : le mandat débute dans un climat de confrontation politique intense.
Entre volonté de rupture affichée par la majorité et vigilance offensive de l’opposition, le Conseil municipal de Menton s’installe dans une dynamique conflictuelle mais structurante.
Une chose est certaine : les prochains mois s’annoncent décisifs pour traduire — ou contester — les orientations esquissées lors de cette séance fondatrice.
La Rédaction












