La programmation se veut résolument éclectique et engagée, où cohabitent théâtre, danse, musique, cirque, humour et formes hybrides avec 43 spectacles à l’affiche. Deux fils rouges structurent cette nouvelle saison : une volonté affirmée de diversité artistique et culturelle (17 spectacles), et une attention centrale aux questions féministes (14 programmes), tant dans les thèmes que dans les équipes invitées.
Jérôme Viaud : « le TDG ? un lien social et humain du Pays de Grasse »
En préambule, le maire, Jérôme Viaud, a insisté sur la 1ère édition du Festival la Justice en Lumières autour de trois grandes affaires judiciaires mises en scène. Il s’agira, tout d’abord, le vendredi 20 novembre à 20h, du Procès Manouchian sur le groupe de Résistance lors de la Seconde Guerre Mondiale, puis le samedi 21 novembre à 16h du Procès de Bobigny sur 5 femmes condamnées pour avoir aidé l’une d’entre elles, Marie-Claire Chevalier, 16 ans, à avorter suite à un viol, et enfin, le samedi 21 novembre à 20h, Le Procès de Marie-Antoinette le 14 octobre 1793, un simulacre de justice visant à décapiter la « veuve Capet », montrant l’inhumanité de ce tribunal révolutionnaire sanguinaire et implacable. Jérôme Viaud a souligné l’imbrication du TDG au cœur du Pays de Grasse, « un lien social, humain, en lien avec les scolaires, accessible à tous, une programmation audacieuse qui favorise la cohésion et la vitalité de notre territoire avec plus de 25 000 spectateurs par an ». La programmation débutera avec Mille Voix, Une Ville, un spectacle prônant la diversité, sur le parvis de la Médiathèque Charles Nègre, le samedi 26 septembre 2026 à 18h pour s’achever les mardi et mercredi 15 et 16 juin 2027 avec CARMEN au Parc du Château de Mouans-Sartoux, avec un parti-pris assumé très féministe.
Un théâtre de la diversité
Le TDG poursuit la dynamique déjà à l’œuvre dans les saisons précédentes en multipliant les formats, les disciplines et les esthétiques, afin de toucher un public le plus large possible. La saison 2026-2027 fait coexister textes classiques revisités, créations contemporaines, concerts, spectacles jeune public, solos intimistes, grandes formes collectives, propositions in situ et soirées festives où se mêlent musique live, danse, rap, slam et arts urbains.
Cette diversité se traduit aussi par une attention portée aux histoires racontées : le plateau accueille des récits ancrés en Afrique, en Amérique latine ou au Moyen-Orient, mais aussi des fictions très locales, inspirées du territoire grassois et de son patrimoine, notamment à travers des projets autour des parfums, de la mémoire ouvrière et des trajectoires migratoires. Se croisent ainsi des questions sur la colonisation, l’exil, le racisme, la mixité sociale et la construction identitaire. La saison continue de décliner des propositions pour les enfants et les familles, les scolaires, les publics empêchés et les spectateurs fidèles de la salle de Grasse, mais aussi pour les habitants des communes partenaires du réseau de diffusion qui s’étend du moyen au haut pays. Au-delà des représentations en salle, le Théâtre de Grasse investit d’autres lieux – jardins, salles polyvalentes, espaces culturels voisins – et multiplie résidences, ateliers, rencontres avec les équipes artistiques et actions en lien avec les structures sociales et éducatives.
Une saison traversée par le féminisme
L’autre axe majeur de la saison 2026-2027 est l’affirmation d’un regard féministe, au sens large, qui interroge les rapports de genre, les violences patriarcales et la place des femmes dans l’histoire. Plusieurs spectacles mettent frontalement en scène la question du féminicide, de la domination masculine et de l’appropriation du corps féminin, parfois dans des formes mêlant théâtre, danse, slam et musique live pour faire entendre une parole à la fois politique et sensible.
Dans la continuité d’une saison 2025-2026 où le corps était présenté comme espace de résistance, de mémoire et de réinvention, la nouvelle programmation poursuit l’exploration de figures féminines qui refusent les assignations, questionnent les normes et réinventent les récits. Le dialogue entre féminisme et répertoire classique occupe une place visible dans la saison. Une mise en scène de « L’École des femmes » de Molière, présentée comme « la plus féministe » de ses pièces, propose ainsi une relecture critique des rapports de domination, en redonnant voix et complexité au personnage féminin au cœur de l’intrigue. Ce travail de relecture se prolonge dans d’autres spectacles qui revisitent des œuvres patrimoniales en les confrontant aux enjeux contemporains : adaptation de romans où le destin de l’héroïne est relu à la lumière des féminismes actuels, réécriture de contes ou de mythes pour renverser le point de vue masculin et donner la parole à celles qui étaient jusque-là reléguées au second plan. Certaines pièces revisitent des épisodes de l’histoire récente – luttes anti-coloniales, combats pour les droits civiques, mouvements féministes – en mettant en lumière le rôle de femmes souvent invisibilisées.
Diversité des formes, unité politique
Le choix des équipes qui composent la saison témoigne lui aussi de cette orientation féministe. Un nombre important de spectacles sont portés par des compagnies dirigées par des femmes, qu’il s’agisse de metteuses en scène, de chorégraphes, de musiciennes ou d’autrices issues de différentes générations et de différents horizons géographiques. En invitant des artistes femmes issues de scènes européennes mais aussi africaines ou sud-américaines, le TDG articule féminisme et diversité, en montrant la pluralité des féminismes et en refusant une vision homogène ou strictement occidentale. On retiendra Israël et Mohamed, les jeudi et vendredi 8 et 9 octobre 2026 à 20h, Mélissa Laveaux, la réfugiée haïtienne, le jeudi 15 octobre à 20h, Les Femmes de Barbe Bleue, le vendredi 6 novembre à 20h, JESSE et son message personnel, le mardi 10 novembre à 20h, Yongoyély, du cirque Baobab venu de Guinée, les mardi 8 et mercredi 9 décembre 2026 à 20h, Nous le Red Star avec Ariane Ascaride de Théo Askolovitch, le samedi 12 décembre 2026 à 20h, Bertrand Belin en concert le samedi 16 janvier à 20h, l’humoriste turc et kurde, Umut Köker, le vendredi 5 février 2027 à 20h, Le Bonheur Clandestin d’Alice Rende avec 2 ateliers de flexibilité suer un planche à clous…, le jeudi 18 février 2027 à 20h, Les Résistantes avec Charles Berling soit 4h30 de spectacle interactif, le samedi 20 mars à 19h, et enfin, Vincent Dedienne en concert, le jeudi 15 avril 2027 à 20h.
Un théâtre ancré dans son territoire
Enfin, la programmation s’inscrit dans une relation étroite avec le territoire grassois et le bassin de vie qui l’entoure. La circulation des spectacles dans les communes partenaires, les collaborations avec les associations locales, les dispositifs à destination des structures sociales et des établissements scolaires contribuent à faire du Théâtre de Grasse un lieu ressource, où la diversité n’est pas un slogan mais une pratique quotidienne.
Dans ce contexte, l’insistance sur les enjeux féministes prend une dimension très concrète : elle se traduit par des rencontres, des ateliers, des temps d’échanges avec les spectatrices et spectateurs, mais aussi par des actions ciblées en direction des jeunes et des publics éloignés de la culture. En faisant dialoguer programmation artistique et travail de terrain, le TDG affirme sa place de scène d’intérêt général, attentive aux mutations de la société autant qu’aux attentes de son public.
Pascal Gaymard













