Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, de sanctions occidentales et de recomposition des équilibres mondiaux, Moscou entend faire de ce rendez-vous une démonstration de résilience économique, mais aussi une vitrine de son rapprochement avec les puissances émergentes du Sud global.
Le grand rendez-vous économique voulu par Vladimir Poutine
Ouvert officiellement le 3 juin au sein du vaste complexe d’expositions Expoforum de Saint-Pétersbourg, le Forum économique international de Saint-Pétersbourg constitue depuis près de trois décennies l’événement économique le plus prestigieux de Russie. Créé en 1997 et placé depuis 2006 sous le patronage direct du président russe, il est devenu l’une des principales plateformes de dialogue économique du pays.
Cette année, le SPIEF se déroule dans un contexte particulier. Alors que l’économie mondiale continue d’être marquée par les conséquences des conflits géopolitiques, des tensions commerciales et des mutations technologiques, Moscou entend démontrer sa capacité à maintenir des relations économiques internationales malgré les sanctions occidentales imposées depuis le conflit ukrainien.
Selon les organisateurs, près de 20 000 participants représentant plus d’une centaine de pays et territoires ont confirmé leur présence. Parmi eux figurent des responsables gouvernementaux, des chefs d’entreprise, des investisseurs, des universitaires ainsi que de nombreux représentants des pays des BRICS et des économies émergentes.
Un forum devenu la vitrine de la nouvelle diplomatie économique russe
Longtemps fréquenté par les grandes multinationales européennes et américaines, le Forum de Saint-Pétersbourg a profondément changé de visage depuis 2022. La présence occidentale s’est fortement réduite tandis que la Russie a intensifié ses relations avec l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique latine. Cette évolution apparaît clairement dans la liste des délégations présentes cette année. L’Arabie saoudite occupe notamment une place centrale en tant que pays invité d’honneur, symbole du renforcement des coopérations énergétiques et financières entre Moscou et Riyad.
Les discussions portent désormais largement sur les nouvelles routes commerciales, les mécanismes financiers alternatifs au dollar, les coopérations technologiques, l’intelligence artificielle, la souveraineté numérique, l’énergie, les infrastructures et le développement des marchés émergents. Cette réorientation traduit la volonté du Kremlin d’accélérer son pivot stratégique vers les pays qui n’ont pas adopté les sanctions occidentales.
Intelligence artificielle, finance et souveraineté technologique au cœur des débats
Parmi les thèmes majeurs de cette édition 2026 figurent les enjeux liés à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et à la souveraineté numérique.
Les autorités russes considèrent désormais la maîtrise des technologies avancées comme un élément essentiel de leur compétitivité économique. Plusieurs tables rondes sont consacrées à l’IA générative, aux infrastructures numériques souveraines et aux nouvelles formes de coopération technologique entre pays émergents.
La transition énergétique figure également parmi les sujets majeurs du forum. Alors que les marchés mondiaux de l’énergie connaissent de profondes mutations, la Russie cherche à consolider ses débouchés vers l’Asie et le Moyen-Orient tout en développant de nouvelles coopérations industrielles.
Une Russie qui cherche à rassurer les investisseurs
Au-delà de l’affichage diplomatique, le SPIEF reste un immense marché économique. Chaque année, des centaines d’accords sont signés à Saint-Pétersbourg dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, des transports, des technologies ou encore de l’agroalimentaire.
Les éditions précédentes ont donné lieu à plusieurs milliers de milliards de roubles d’engagements financiers. Les organisateurs espèrent maintenir cette dynamique malgré les contraintes internationales. Pour Vladimir Poutine, qui doit intervenir lors de la séance plénière de clôture, l’objectif est également politique : démontrer que la Russie demeure un acteur incontournable de l’économie mondiale malgré les tentatives d’isolement menées par les puissances occidentales.
Une édition scrutée par l’ensemble de la communauté internationale
Cette 29e édition est observée avec attention par les chancelleries et les marchés financiers. Derrière les annonces d’investissements et les discours sur la coopération internationale, le forum constitue un indicateur précieux de l’évolution des rapports de force mondiaux.
Le maintien d’une forte participation internationale, notamment en provenance d’Asie, du Golfe et d’Afrique, témoigne de l’émergence progressive d’un monde économique multipolaire dans lequel la Russie tente de redéfinir sa place. Dans les allées d’Expoforum, les débats dépassent désormais largement le seul cadre russe. Ils portent sur les transformations profondes de l’économie mondiale, la place des BRICS, les nouvelles architectures financières et les équilibres géopolitiques de demain.
À Saint-Pétersbourg, pendant quatre jours, c’est finalement une partie du nouvel ordre économique mondial qui se dessine.













