Réduire le “train de vie” municipal pour redonner du pouvoir d’achat aux Niçois : tel est le pari lancé par Éric Ciotti. Le maire de Nice a dévoilé un plan d’économies de 60 millions d’euros par an, visant les dépenses de fonctionnement et certains grands événements. Une stratégie offensive qui suscite déjà de vifs débats politiques.
Une rupture budgétaire revendiquée
C’est un virage net, presque brutal, que souhaite imprimer Éric Ciotti à la gestion de Nice. Présenté le 23 avril, son plan d’économies annuelles de 60 millions d’euros se veut à la fois une réponse à ce qu’il considère comme des dérives passées et un levier pour alléger la pression fiscale. Dans le viseur du maire : la gestion de son prédécesseur et rival politique, Christian Estrosi. Sans détour, il évoque un “train de vie” excessif et promet une gestion plus rigoureuse des deniers publics. L’objectif est clair : dégager 51 millions d’euros pour financer une baisse des impôts locaux, mesure phare de sa campagne municipale.

Des coupes ciblées dans les dépenses de fonctionnement
Le plan s’attaque en priorité aux dépenses dites de fonctionnement, souvent perçues comme les plus immédiatement compressibles. Parmi les postes les plus emblématiques figure celui des frais juridiques. Le maire affirme avoir découvert des montants “pharaoniques” et entend les réduire drastiquement, de 1,7 million d’euros à environ 500 000 euros. Dans la même logique, Éric Ciotti annonce la suppression de sa sécurité personnelle, évaluée à 240 000 euros, ainsi que celle de ses frais de représentation. Les dépenses de déplacement et de mission seront divisées par deux, tandis que les indemnités des élus seront revues à la baisse. Selon des informations relayées par l’Agence France-Presse, les avantages annexes, comme les places de stationnement gratuites, disparaîtront également, et les rémunérations les plus élevées du cabinet municipal feront l’objet d’un réexamen.
Communication et événements dans le viseur
La stratégie d’économies ne s’arrête pas là. Elle s’étend aussi à la communication municipale, avec la suppression du magazine de la ville, que le maire qualifie de “propagande officielle”. Une décision censée générer 600 000 euros d’économies, mais qui touche à un outil traditionnel d’information locale. Les dépenses de réception, elles aussi, sont réduites : “régime sec” annoncé pour les cocktails, les repas officiels et les événements protocolaires. Plus spectaculaire encore, certaines manifestations sportives et festives sont menacées. Le plan évoque notamment l’annulation du championnat du monde IRONMAN World Championship 70.3 prévu à Nice, ainsi que d’un tournoi international de pétanque. Une annonce immédiatement nuancée par les organisateurs d’IRONMAN France, qui assurent que les éditions 2026 — dont l’IRONMAN France Nice et l’IRONMAN 70.3 — sont maintenues, en concertation avec la municipalité. Un démenti partiel qui illustre la complexité des arbitrages en cours.
Investir moins cher pour investir mieux
Si 60 millions d’euros d’économies sont annoncés, la majeure partie — environ 46 millions — concerne les investissements. Le credo du maire : maintenir un niveau d’investissement élevé, mais à moindre coût. Une équation délicate, qui suppose une révision en profondeur des projets en cours et une optimisation des dépenses publiques. Derrière cette approche, une philosophie budgétaire : faire mieux avec moins, sans renoncer aux ambitions d’aménagement.
Baisse d’impôts : la promesse centrale
Au cœur de cette stratégie se trouve la promesse de rendre du pouvoir d’achat aux Niçois. Les 60 millions d’économies doivent permettre de financer 51 millions d’euros de baisses fiscales. Parmi les mesures annoncées figurent une diminution de la taxe sur les ordures ménagères, une baisse de la taxe foncière — de 35,3 % à 30,6 % — ainsi qu’une réduction de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires. Pour Éric Ciotti, il s’agit de “rendre” aux habitants une partie des ressources publiques, dans un contexte de pression inflationniste et de pouvoir d’achat contraint.
Une opposition vent debout
Sans surprise, ce plan d’austérité suscite de vives critiques. L’opposition municipale, notamment les élus communistes, dénonce un budget qui “retire des moyens” aux services publics de proximité. Au-delà des clivages politiques, c’est la question de l’équilibre entre rigueur budgétaire et qualité des services publics qui se pose. Réduire les dépenses sans fragiliser les missions essentielles : un exercice d’équilibriste que devra réussir la nouvelle équipe municipale.
Une stratégie à haut risque politique
En s’attaquant frontalement aux dépenses municipales et en revendiquant une austérité assumée, Éric Ciotti prend un risque politique. Celui de mécontenter certains acteurs locaux tout en espérant convaincre une majorité de contribuables. Ce plan marque en tout cas une rupture claire avec la gestion précédente de Christian Estrosi. Reste à savoir si cette stratégie produira les effets escomptés, tant sur les finances de la ville que sur la perception des Niçois. À Nice, l’équation budgétaire est désormais posée : moins de dépenses pour plus de pouvoir d’achat. Une promesse qui sera jugée à l’épreuve des faits.













