Le Festival comme si vous y étiez… Vendredi 27 Mai : la sélection officielle du Jury

Par Pascal Gaymard et Marie Bourdel. Photos : Dominique Maurel.

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Ce coup-ci, cela sent la fin avec les deux derniers films présentés en Compétition Officielle. Le SHOWING UP de Kelly Reichardt, honorée d’un Carrosse d’Or par la Quinzaine des Réalisateurs, n’a pas convaincu les festivaliers. Et on peut aisément les comprendre. Cette histoire de galériste hors du temps est d’un ennui mortel. Sans doute le pire film vu en Compétition avec le Claire Denis, STARS AT NOON. Il n’y a rien à sauver dans ce film.

En face, UN PETIT FRÈRE de Léonor Seraille (Caméra d’Or 2017 avec JEUNE FEMME) fait figure de revigorant avec cette famille ivoirienne installée en banlieue parisienne et que l’on suit des années 80 à nos jours. La mère fait figure de féministe avant l’heure par sa liberté sexuelle, son droit à choisir ses partenaires sans en référer à sa famille ou à quiconque. Les interprètes, Annabelle Lengronne, Stéphane Bak, Ahmed Sylla font de ce film modeste un ravissement qui parle d’assimilation et d’intégration sans manichéisme à deux balles.

Cette dernière journée avant le palmarès a été marquée par deux films évoquant l’islam. Tout d’abord, SALAM réalisé, produit, joué par Diam’s raconte son histoire et sa conversion à l’islam. Rien n’est oublié dans ce biopic, ni les 10 ans de scènes et de chansons qui semblent avoir été une période terrible pour elle, et ce qui suit, l’addiction aux médicaments, les tentatives de suicide, les séjours en hôpital psychiatrique jusqu’au voyage à l’île Maurice et sa rencontre avec Allah… Sous le ciel étoilé de ce paradis du bout du monde, Mélanie va découvrir le coran et sa nouvelle foi, voie plutôt. Dès lors, elle se mue en Mère Tersa islamiste avec le soutien d’un philosophe bien connu…, le footballeur, Nicolas Anelka… A l’heure où les femmes se battent dans des pays obscurantistes comme l’Afghanistan, pour ne plus porter la burka, elle l’arbore fièrement et assure avoir beaucoup souffert de la polémique suite à la photo publiée dans Paris Match la montrant comme telle. Islamiste oui, mais ne pas vouloir l’assumer devant le monde au vu de son ex-statut de star, cela peut paraître un peu puérile pour ne pas dire plus.

D’autant, qu’après avoir vu REBEL d’Adil El Arbi et de Bilall Fallah, les intentions pacifistes des musulmans de l’Etat Islamique ne font plus rire personne. REBEL narre tout le processus de la guerre en Syrie et du travail sournois et particulièrement efficace réalisé en Europe par des manipulateurs bien rémunérés pour convaincre des jeunes de partir là-bas faire le djihad. La mère campée par Lubna Azabal (Vue aussi à Un Certain Regard dans LE BLEU DU CAFTAN) va tout faire pour récupérer ses fils perdus… Si la première partie du film peut gêner par son côté propagande, sa 2ème phase dénonce sans ambiguïté les tortures, les meurtres, l’inhumanité de ces bourreaux des temps modernes qui parlent au nom d’Allah sans rien connaître de la religion qu’ils croient défendre. Pitoyables pantins de l’histoire, ces islamistes démontrent tout de même combien il est difficile de récupérer femmes et enfants partis là-bas à l’heure où le débat renaît en France sur leur rapatriement. Le risque d’attentats est manifeste et la déradicalisation bien improbable pour ces intégristes qui ont perdu tout contact avec la réalité.

En toute fin de journée, la Sélection Officielle, Un Certain Regard, dont le Jury était présidé par la sublime Valeria Golino, a dévoilé son palmarès et force de reconnaître que les films marquants de cette sélection n’ont pas été oubliés même si nous ne les aurions pas donnés dans cet ordre. Le premier, un Coup de Cœur pour RODÉO de Lola Quivoron, pourquoi pas… Celui du Meilleur Scénario à MEDITERRANEAN FEVER de Maha Haj, rien d’anormal au vu de cette histoire maîtrisée et intéressante du début jusqu’à la fin. Les performances de comédiens vont à Adam Bessa pour HARKA, oui, et surtout à Vicky Krieps pour CORSAGE (Elle qui était aussi dans PLUS QUE JAMAIS) où elle joue une Sissi vieillissante remarquable. Pour le Prix du !jury à JOYLAND de Saim Sadiq, rien à dire, c’était l’un des films les plus plébiscités par le public cannois. Mais là où nous aurions interverti les films, c’est entre le Prix de la Mise en Scène METRONOM du roumain, Alexandru Belc, et le Grand Prix avec LES PIRES de Lise Akoka & Romane Gueret. METRONOM était un film autrement plus puissant et plus abouti que LES PIRES. Mais ce palmarès ne tient donc qu’à un point de détail. Espérons qu’il en soit de même pour demain avec le grand frère de la Compétition Officielle…

Retrouvez les photos de Dominique Maurel sur son site.

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