Le Festival comme si vous y étiez…épisode 7

Par Pascal Gaymard et Véronique Rosa

Les jours se suivent avec leurs lots d’espérance comme le Spike Lee qui revient avec BlacKkKlansman au cinéma après 4 longues années d’abstinence cinématographique. Est-ce l’arrivée de Donald Trump au pouvoir avec son slogan « America First » qui est celui du Ku Klux Klan selon les dires du dernier film de Spike Lee qui l’a convaincu de revenir derrière la caméra ? Sans doute un peu, voire beaucoup. Droits civiques, Black Power, bavures policières, racisme ordinaire dans les rangs des forces de l’ordre, Black is beautiful, voilà autant d’idées développées par Spike Lee dans un film chronique qui est de loin ce qu’il a fait de mieux de ces 10 dernières années. John David Washington, et Adam Driver forment un duo de choc, l’un est noir, l’autre est juif, et chacun doivent faire face à des discours extrémistes de la part des membres du Klan qu’ils sont en train d’infiltrer. Dans ce film, il est beaucoup question aussi de négationnisme par rapport à l’extermination des Juifs durant la 2ème Guerre mondiale par les nazis, tout comme il y est fait allusion dans le dernier Lars Von Trier, The House That Jack Built…

Depuis la mémorable conférence de presse de Melancholia, le génial Danois était soupçonné de complaisance vis-à-vis d’Hitler dont il affirmait être proche sur la fin de sa vie dans son Bunker même s’il n’avait rien contre les Juifs. Le scandale suscité, lui avait valu un bannissement de 7 ans du Festival qui a décidé de lui redonner une seconde chance. Lars Von Trier parle dans son dernier film des « géniaux avions allemands, les Stukas » mais aussi d’Albert Speer, l’architecte du IIIe Reich, et des méthodes d’exécution des nazis à la fin de la guerre avec une seule balle pour plusieurs personnes. Tout cela fait froid dans le dos mais ces choses inimaginables sont proférées par le personnage principal de son film joué par Matt Dillon, Jack, et qui s’avère être l’un des pires psycho killers de l’histoire… Il est confronté à sa conscience, à son père (Anchise ?), à son psy, peut-être même les trois en même temps, en tout cas, Bruno Ganz par la voix d’abord, puis par son incarnation, donne un soupçon d’âme au film. Après, dans les scènes de meurtres, là où un Gaspar Noé montre plutôt qu’il ne dit, Lars Von Trier a besoin de raconter une histoire pour en venir aux atrocités. Au final, nous sommes loin des chefs d’œuvre du Danois comme Europa, Breaking the Waves, Dancer in the Dark, Dogville, ou Melancholia. Son The House that Jack Built n’apporte pas grand choses à sa filmographie même s’il enrobe son propos de références mythologiques avec l’Enéïde de Virgile, Charon le passeur ou encore Enée et sa descente aux enfers… L’enfer est sur Terre pour le Danois qui voit en la femme une victime expiatoire, et en l’homme, un assassin potentiel toujours coupable…

Dès lors, les deux films Japonais en Compétition avec leurs histoires familiales et/ou d’amour apparaissent comme des respirations salutaires. Si le film de Kore-Eda Hirokazu, Une Affaire de Famille, avec cette famille recomposée et choisie par les uns et les autres, est remarquable dans sa mise en scène et son scénario tout en petites touches et sans sensiblerie inutile, Asako 1 & 2 de Hamaguchi Ryusuke laisse beaucoup plus indifférent dans ces errances de cette jeune femme tiraillée entre deux hommes. Car le film le plus fort, le plus intense, le mieux construit de la journée était à chercher du côté de la Sélection Officielle, Un Certain Regard, Les Chatouilles. Andréa Bescond et Eric Métayer signe une œuvre tout en finesse sur un sujet grave, la pédophilie, ici incarné par un ami de la famille qui fait tout bien mais qui abuse régulièrement d’Odette, 8 ans, la fillette du couple d’amis. Rarement, nous avons vu un film si drôle, si subtil et si juste sur ce thème où l’on peut rapidement tombé dans le pathos le plus tragique. Un véritable chef d’œuvre avec Pierre Deladonchamps en pédophile, Clovis Cornillac en père compréhensif, Andréa Bescond dans le rôle d’Odette et Karin Viard en mère indigne dans le déni le plus total. Extraordinaire ! Une mention spéciale aussi pour la psy jouée par Carole Franck… Il fallait bien une séance sur le canapé pour passer sans encombre cette journée cannoise…