Un homme de presse
Entré à Nice-Matin en 1956, Maurice Huleu s’est imposé au fil des décennies comme l’une des plumes majeures du quotidien, associé à la grande époque d’un journalisme régional ambitieux, ouvert sur le monde et sur la culture, grâce à un patron ambitieux, Michel Bavastro. Dans une rédaction où la politique, les faits divers et la vie locale occupaient l’essentiel de l’espace, il a contribué à faire exister la critique de cinéma comme un champ à part entière, exigeant, documenté, ancré dans la réalité de ses lecteurs. C’est lui qui a imposé cette chronique à Nice Matin dans les années 70.
Un regard de critique de cinéma
Journaliste et critique, Maurice Huleu appartient à cette génération pour qui le cinéma s’inscrivait au cœur des grands débats d’idées, dans la lignée de ces journalistes critiques qui passaient d’une salle obscure à la salle de rédaction avec la même rigueur intellectuelle. Son regard s’est forgé dans une période où la critique n’était pas seulement un jugement de goût, mais une manière d’interroger les formes, les récits, les imaginaires que le cinéma faisait naître, des studios hollywoodiens aux films d’auteur européens. Il a connu le festival de Cannes du temps où l’on pouvait croiser Dustin Hoffman au bar du Majestic et de discuter plus de 2 heures avec lui, une anecdote qu’il avait plaisir à raconter…
Une vie liée à l’élégance et à la scène
La vie de Maurice Huleu croise aussi celle de Denise Perrier, Miss Monde 1953, qu’il épouse en secondes noces en 1964, union qui ancre davantage encore son parcours du côté des milieux artistiques et mondains, entre concours de beauté, spectacles et mondes du spectacle. À travers cette trajectoire, on devine un homme à l’aise dans les coulisses comme dans les salles de projection, familier des festivals, des projections de presse et de ces marges où se fabrique la légende du cinéma.
Une mémoire de Nice et de la Côte d’Azur
Pour Nice et la région, Maurice Huleu est aussi l’un de ces témoins privilégiés d’un territoire qui a toujours été un décor de cinéma à ciel ouvert, de Victorine à Cannes, des tournages de films à la chronique des festivals. Ses articles auront accompagné la transformation de la Côte d’Azur, de l’après-guerre à la mondialisation des images, faisant de lui un passeur entre la mémoire locale et le grand récit cinématographique.
Un héritage de passeur
Rendre hommage à Maurice Huleu, c’est saluer une certaine idée du métier : celle d’un journaliste pour qui la critique de cinéma n’est pas un exercice de vanité, mais un service rendu au public, un effort de clarté, de contextualisation, de mise en perspective. À l’heure où l’opinion instantanée a souvent remplacé le travail patient de la critique, son parcours rappelle la valeur d’un regard construit, fidèle à ses lecteurs, à sa région et à la grande histoire du cinéma.
Pascal Gaymard













