C’est l’histoire d’un joueur niçois devenu entraîneur de son club et qui aura réussi à Brest, portant ce modeste club, en Ligue des Champions…
Un enfant de Nice, fidèle à l’aigle
Né le 26 septembre 1967 à Nice, il grandit ballon au pied entre le Cavigal et l’OGC Nice, où il débute en professionnel en 1988, au poste de milieu de terrain. Rugueux mais élégant, capable de gagner les duels autant que de faire jouer les autres, il laisse déjà l’image d’un joueur généreux, davantage façonné par le travail que par le talent brut.
Entre deux passages au Gym, il connaît Toulon, Lyon, Marseille, Sunderland, Troyes ou encore le Rayo Vallecano, jusqu’à revenir boucler la boucle à Nice en 2002 au poste de libéro et y terminer sa carrière en 2004, comme une évidence. Au Gym, où il dispute plus de 150 matchs, il laisse une empreinte qualifiée d’« indélébile » par le club lui‑même, celle d’un cadre respecté autant dans le vestiaire que dans les bureaux.
Le dirigeant, le coach, le consultant
Très tôt, Éric Roy refuse de se laisser enfermer dans un seul rôle et explore toutes les facettes du football moderne. Directeur sportif de l’OGC Nice, puis entraîneur‑manager du club à partir de 2010, il mène une mission maintien compliquée mais révélatrice de ses qualités de meneur d’hommes.
Plus tard, il poursuit son travail de bâtisseur à Lens et à Watford, tout en devenant cette voix calme et précise que l’on retrouve sur les plateaux télé, en consultant. Dans un milieu volontiers bruyant, il se distingue par un ton posé, une analyse claire, une forme de droiture, sans phrases toutes faites ni posture artificielle.
Brest, la métamorphose en « King Éric »
Quand il arrive à Brest en janvier 2023, c’est presque sur la pointe des pieds, pour une mission que beaucoup voient comme une opération survie de plus. Il sauve d’abord le Stade Brestois de la relégation, puis, saison après saison, transforme ce club de la pointe bretonne en référence de Ligue 1.
En 2023‑2024, Brest termine à la 3e place, le meilleur classement de son histoire, décrochant une qualification historique pour la Ligue des champions. L’année suivante, il mène les Ty‑Zefs dans une épopée européenne aussi enthousiasmante qu’inattendue, jusqu’à se présenter sans complexe face au Real Madrid, parlant d’« exploit » mais jamais de miracle, comme pour mieux souligner le travail plutôt que le destin. C’est là que naît et se consolide ce surnom de « King Éric », titre de respect d’un peuple qui a reconnu en lui un bâtisseur plus qu’un simple entraîneur de passage.
Le combat silencieux et la leçon de dignité
Depuis plusieurs années déjà, Éric Roy se bat contre un cancer du pancréas, une longue maladie qu’il affronte dans une discrétion presque déroutante, continuant à entraîner, à parler football, à porter Brest vers la lumière. Sa famille révélera après coup qu’il se savait condamné, mais qu’il tenait à protéger ses joueurs, son staff, son club, comme un dernier geste de pudeur et de loyauté.
Le 17 juin 2026, il s’éteint à 58 ans, laissant derrière lui trois enfants, un vestiaire orphelin, un club en larmes et tout le football français frappé de stupeur. À Brest comme à Nice, c’est la même émotion : au-delà du coach et de l’ancien milieu de terrain, on salue un homme droit, un travailleur acharné, un passionné qui a refusé jusqu’au bout de céder un centimètre à la fatalité.
Un lien entre deux mers
Il y a quelque chose de profondément symbolique à voir ce Niçois, enfant de la Méditerranée, devenir « roi » à l’autre bout du pays, sur l’Atlantique. Entre la Promenade des Anglais et le port de Brest, Éric Roy aura tracé un trait d’union rare : celui d’un footballeur devenu entraîneur, mais surtout d’un homme capable de fédérer, de transmettre, de faire grandir des clubs que l’on disait trop petits pour rêver aussi grand.
À Nice, on se souviendra toujours du milieu courageux, du dirigeant impliqué, de la figure familière du Gym. À Brest, on ne parlera plus jamais de l’histoire du club sans mentionner ce coach venu du Sud qui, en trois ans et demi, a gagné le droit d’entrer pour toujours dans la mémoire des Ty‑Zefs.
Il n’y a pas tant de destins capables de lier ainsi deux villes, deux mers et deux publics. Celui d’Éric Roy, Niçois de naissance et Brestois d’adoption, en fait désormais partie, et c’est peut‑être là son plus bel héritage.
Pascal Gaymard













