Accueil À la Une CINÉMA – Gérard Jugnot fait une « Mauvaise Pioche »

CINÉMA – Gérard Jugnot fait une « Mauvaise Pioche »

En 2019, Guy Joao a été confondu, à tort, avec le fugitif, Xavier Dupont de Ligonnès qui avait tué toute sa famille et qui n’est, à ce jour, toujours pas retrouvé, d’où l’idée de Gérard Jugnot d’en faire son 14ème film derrière la caméra.

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Il était à Nice, au Pathé Gare du Sud, pour présenter MAUVAISE PIOCHE, une comédie pas si légère que ça, bien plus grave même… Il a répondu aux questions du Petit Niçois. Le film sortira le 1er avril prochain.

Le Petit Niçois : Comment avez-vous construit votre film ?

Gérard Jugnot : En 4 actes autour de 4 temps, l’Italie, le commissaire Taillade alias Jean-Pierre Darroussin, le maire du village et ami de mon personnage, Laurent Malbec alias Thierry Lhermitte, et la prison avec Jean alias François Morel. Mais entre ces temps, il y a bien d’autres personnages importants comme Philippe Lacheau, le capitaine Grégory Vassilian, François Bureloup, le postier fidèle à mon personnage, Michèle Laroque, la procureure revêche, Zabou Breitman qui joue Michèle, l’ex-future (?) de moi, et Reem Kherici qui fait Léa Paoli, la star des chaînes d’info en continu. Il ne faudrait pas oublier Philippe Duquesne, Gérard pilier de bar… C’est toute une troupe…

LPN : Et votre personnage justement, qui est ce Guy Joao ?

GJ : Un pauvre type qui s’est trouvé là au mauvais moment et qui est pris dans un engrenage politico-médiatico-judiciaire. On a tellement envie de croire qu’on a enfin arrêté ce monstre de Xavier Dupont de Ligonnès… J’ai la fibre pour incarner ce type de looser magnifique. On s’est beaucoup amusé avec Frédéric Hazan à caractériser les personnages. Il faut être dans l’excès pur que la comédie marche et que le public rit. Les gens du village sont durs, le maire en premier car il a joué un rôle capitale dans cette histoire de mystification.

LPN : Vous n’êtes pas tendre avec les journalistes des chaînes d’info en continu… Il faut du drame dans une comédie ?

GJ : La communication est devenu LE drame de notre monde moderne. Dans les chaînes d’info en continu, il faut des scoops, sinon on ne fait que meubler entre deux événements. Parfois, ça dérape car il faut faire durer… Cette histoire est du pain béni car elle est pleine de rebondissements. Et il existe des connexions entre le monde de l’info et la police. La comédie, c’est du drame pour faire rire. La comédie a été inventée pour supporter le drame. Il y a dans MAUVAISE PIOCHE un hommage à la comédie italienne des années 50/60 que je vénère. Le drame donne du poids au rire. Mon film n’est pas politique, il est plus sociologique.

LPN : Ce fait divers vous a fasciné. Pourquoi ?

GJ : Parce qu’il y a tout dedans qui relève de la comédie. Je fais des films comme un journaliste avocat. C’est inouï ce qui lui est arrivé à ce pauvre Guy Joao ! C’est un figurant grognard de la grande armée de Napoléon dont il est fan. Il n’avait rien demandé à quiconque et un fait, vient lui pourrir la vie… A cause d’une mauvaise blague… Bien sûr, on a un peu exagéré, c’est une comédie. Les flics se sont excusés après coup, pas les médias… Calomniez, il en restera toujours quelque chose. On ne lui a jamais remboursé sa porte, j’ai un peu focalisé là-dessus car mon fils a vu sa porte défoncée par des pompiers alors qu’il leur avait donné les clés…

LPN : Gérard Jugnot, êtes-vous un homme en colère ?

GJ : Je me sens souvent prisonnier de mes colères. Ça prend longtemps avant que je m’en débarrasse, ça ne me plaît pas. Il faut parfois un éclat pour se libérer et que le ciel redevienne clair. Il n’est pas passif, mon personnage dans MAUVAISE PIOCHE. Il se révolte mais au final, c’est un « feel good movie », il fait du bien. Certaines personnes ont pu libérer leur colère en le voyant.

LPN : Bientôt la retraite, Gérard Jugnot ?

GJ : Oh non ! Je n’ai jamais autant travaillé ! Je travaille plus qu’à 50 ans ! Je fais ce que j’aime, pourquoi s’arrêter ? J’ai l’enthousiasme, en grec, cela veut dire avoir Dieu en Soi. Je ne suis pas athée. Je suis dans la période des « Mercis ». J’ai été adoubé par la nouvelle génération, par les Ducobu, Phiphi (Lacheau) qui est dans mon film, comme Reem (Kherici). Moi, je me sens comme un ordinateur confronté à des choses extraordinaires, je suis étonné comme sur l’affiche où je suis de face. Il en existe une autre où j’étais de dos… Réaliser un film, c’est passionnant même si c’est épuisant. Être acteur est bien plus confortable, c’est un métier de fainéant. La réalisation, c’est plus gratifiant. Sur le film, ils m’appelaient coach…

LPN : Et l’IA ?

GJ : C’est une évolution. Dans le film, on l’a utilisé pour refaire l’aéroport de Gênes. Avec les centres DATA, c’est aussi très polluant, une catastrophe pour la planète. L’IA n’est pas créative, elle est générative. Il faut mettre des limites. Le vrai problème, c’est pour les cascadeurs… Ils vont disparaître… Plus personne ne va croire à la performance. Pour l’étalonnage, par exemple, c’est formidable ! Cela peut-être un outil scénaristique intéressant mais ça doit rester qu’un instrument. Pour le rire, il faut de l’humanité, de la tendresse, de la poésie, cela restera toujours humain. C’est l’amour qui fait marcher le monde. La scène la plus difficile a été celle de l’amour entre deux Seniors… J’ai fini par des fleurs sur tout l’écran, on est en prison, c’est Fleury Mérogis !

Propos recueillis par Pascal Gaymard

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