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79ème FESTIVAL DE CANNES : LE REGARD DE MATHILDE VIGNAL…… Dimanche 17 mai

Le Festival comme si vous y étiez s’enrichit du « Regard de Mathilde Vignal » sur son périple cannois qui se déclinera du JOUR 1 de l’ouverture au Jour 10 de la clôture.

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Par Mathilde VignalPhotos Dominique Maurel

Jour 6 : perplexité, sangliers et coup de cœur

Sixième jour à Cannes, et on commence à sentir le festival dans les jambes, mais aussi dans la tête. Les films s’accumulent, les images se superposent, et les conversations de couloirs tournent de plus en plus autour d’une seule question : qui va repartir avec la Palme ? Les jurés se font discrets, les pronostics s’embrasent, et nous autres journalistes on tente de lire entre les lignes.

La compétition officielle s’emballe. Quelque chose se joue.

De mon côté, journée chargée et très éclectique.

Full Phil : Dupieux, brillant mais barré

La matinée s’ouvre avec le nouveau Quentin Dupieux, présenté en Séance de Minuit. Phil, industriel américain fortuné, débarque à Paris pour renouer avec sa fille Madeleine. Autour d’eux : une employée d’hôtel qui s’incruste, une série Z des années 50 diffusée en boucle sur un lecteur DVD portable, et un Paris à feu et à sang dont on ne saura jamais vraiment pourquoi. Pendant que Madeleine s’empiffre, c’est le ventre de son père qui enfle mystérieusement. Woody Harrelson et Kristen Stewart s’y donnent à fond, chacun dans un registre qui frôle le volontairement insupportable.

C’est du Dupieux pur sang, grotesque, méchant, décalé, avec des instants de grâce visuelle et une charge assez frontale contre les privilèges d’un vieux monde qui s’est longtemps cru intouchable. Brillant par moments. Très barré tout le temps. Honnêtement ? Je suis ressortie perplexe. C’est le genre de film qui demande une disposition d’esprit particulière, et ce matin-là, je n’étais peut-être pas tout à fait dans la bonne.

L’Espèce explosive : jubilatoire

Direction la Quinzaine pour la vraie bonne surprise du jour. L’Espèce explosive de Sarah Arnold, c’est Fulda, gendarme corse muté dans la campagne du Nord-Est, embarqué dans la disparition d’un agriculteur au bord du gouffre. Autour de lui : des sangliers géants surnommés les Attilas qui dévastent les champs, une psy de gendarmerie qui tente de mettre de l’ordre dans son chaos, une rupture amoureuse mal digérée et beaucoup de vodka. Alexis Manenti et Ella Rumpf forment un duo inattendu et irrésistible.

C’était très drôle, franchement jubilatoire. Un film qui avance en zigzag, qui multiplie les fausses pistes avec une liberté réjouissante, et qui dit des choses vraies sur la France rurale sans jamais se prendre au sérieux. Un vrai bonheur.

GAWD V. THE PEOPLE : l’expérience immersive

En milieu d’après-midi, j’ai testé la compétition immersive au Carlton avec GAWD V. THE PEOPLE, de Yamil Rodriguez et Ivan Alejandro Diaz. Une expérience qui mêle intelligence artificielle et questionnements sur le divin, le collectif, la relation entre le peuple et ce qui le dépasse. C’est déroutant, difficile à raconter, et c’est précisément là que réside son intérêt. Il faut le vivre pour comprendre ce qu’il cherche à faire. Cannes, décidément, ne se limite pas aux salles obscures.

Courts métrages : une séance, trois univers, un moment personnel

Pour clore la journée, la Semaine de la Critique proposait une séance de courts métrages qui restera l’une des plus marquantes du festival.

La Sentinelle d’Ali Cherri, d’abord, un soldat désabusé, une parenthèse suspendue dans un quotidien en perte de sens. Sobre, précis, habité.

Puis I Think You Should Be Here, coréalisé par Elie Grappe et Anna-Marija Adomaityte. Sept jeunes filles près de Genève, au seuil de l’âge adulte, qui se remémorent les danses TikTok qui ont façonné leur adolescence. Un film sur l’identité, les liens, la façon dont on se construit ensemble à travers des gestes partagés. Il a une grâce et un sens du mouvement rares. Et je dois l’avouer : l’une des actrices est ma cousine, Lou Bertossa. Coucou à toi ! La voir à l’écran à Cannes, dans un film qui lui ressemble autant, c’était un moment à part, l’un de ceux qu’on ne prévoit pas et qu’on n’oublie pas.

Et enfin, un coup de cœur de la journée : Love Story de Laïs Decaster. Une amie confie une histoire d’amour bancale. Les mois passent. Sa sœur et ses copines rejoignent les conversations, tour à tour. Une comédie ultra-minimaliste, fauchée et libre, qui se joue entre clopes et rosé, et dont le vrai sujet n’est pas l’amour mais l’amitié féminine, dessiné en creux, avec une tendresse infinie. Précieux.

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