Le Festival comme si vous y étiez… Jeudi 16 Mai : Les espoirs déçus du monde

Par Pascal Gaymard et Véronique Rosa. Photos : Dominique Maurel

Après l’énervement de la veille, cette journée a plutôt bien commencé avec UNE GRANDE FILLE, un film russe présenté dans la sélection officielle, Un Certain Regard. Cette histoire d’amour au féminin sur fond de fin de 2ème guerre mondiale présente une reconstitution historique particulièrement authentique. Le réalisateur, Kantemir Balagov, montre bien l’absence d’intimité des appartements collectifs, la promiscuité des corps et des esprits, et le besoin irrépressible de vivre comme si demain tout est encore possible. Mais c’est sans doute, LES HIRONDELLES DE KABOUL de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec qui aura marqué les consciences avec une dénonciation sans concessions des crimes contre l’humanité perpétrés par des Talibans. D’une moralité à géométrie variable, ces pseudos religieux ont fait de la lapidation de femmes adultères, un spectacle sur le grand stade de Kaboul. Dans le même temps, ces mêmes intégristes musulmans fréquentaient des prostituées ou des enfants violés sur les hauts de Kaboul… Dans ce monde de barbares, l’amour a-t-il encore une place, sa place ? Pour ATLANTIQUE de la burkinabée, Mati Diop, l’amour ne peut empêcher l’exode, tenter la traversée de l’Atlantique sur une pirogue de pêcheurs avec le drame au bout de la route… Atlantique résume tous les maux de l’Afrique, la précarité, la misère, la corruption et au bout, l’espérance d’une vie meilleure, ailleurs. Mais le film reste par moments trop contemplatif voire répétitif… Enfin, Ken Loach, en 2ème partie de soirée, a fait son entrée en Compétition. Il est le premier des palmés d’or à montrer son dernier film, SORRY WE MISSED YOU… Pas une déception mais une constatation, rien de nouveau sous le soleil de misère de Ken Loach. Là, ce sont les méthodes d’Uber qui sont dénoncées ou comment exploiter l’homme par l’homme avec son consentement. C’est toute une famille qui travaille de plus en plus pour gagner de moins en moins.

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Dès lors que nous reste-t-il hormis le chant d’Elton John pour croire en un monde meilleur dans ROCKETMAN ? Si le film a été timidement accueilli par quelques applaudissements au début, c’est une véritable standing ovation à la fin du générique. Ce biopic mélange les genres, avec le documentaire, la comédie musicale, le drame… Un accueil qui a bouleversé Elton John qui a joué deux titres sur une plage voisine lors d’une exceptionnelle soirée de gala. A l’image de Bohemian Rhapsodie sur un autre grand solitaire du Rock, Freddy Mercury, Rocketman décrit, les trahisons, les déceptions, les fêlures, les addictions d’un Elton John qui a eu deux monstres comme parents, un père indifférent, insensible et froid qui ne supporte pas l’homosexualité de son fils qu’il n’a jamais aimé, et une mère égoïste, volage et méchante qui ne l’a guère ménagé non plus. Freddy comme Elton s’en sont sortis car ils ont connu l’amour d’un partenaire qui les ont sauvé respectivement des dangers de toutes les addictions liées à la célébrité et à la musique, sexe, drogues et Rock’N Roll… Une envie de danser a gagné toute la Croisette…

Retrouvez les photos de Dominique Maurel sur son site.