CINÉMA : Jan Kounen : « MON COUSIN ? Un hommage à De Funès et Bourvil ! »

En août dernier, Vincent Lindon et François Damiens étaient venus à Nice pour présenter leur dernier film, MON COUSIN, une comédie signée Jan Kounen, un réalisateur dont ils avaient dit le plus grand bien.

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Il y a quelques jours, Jan Kounen était au Mercury à Nice et à La Strada à Mouans-Sartoux le lendemain, pour à son tour, évoquer ce tournage qui marque son retour au cinéma après 10 ans d’absence. À l’occasion, il s’est confié au Petit Niçois.

Le Petit Niçois : Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Jan Kounen : Par le producteur, Richard Grandpierre avec lequel je développais un autre projet, un conte de Perrault pour enfants. Nous nous entendons bien, il m’a dit : « J’ai un film à faire avec Vincent Lindon et François Damiens, tu veux le faire ? ». C’est l’association de ces deux comédiens qui m’a décidé à faire le film. Il m’a raconté l’histoire en quelques mots, c’était une comédie archétypale française. J’ai pensé à Gérard Oury et au couple mythique De Funès/Bourvil, voire encore à Edouard Molinaro avec Ventura/Brel, ou Francis Weber avec le tandem Gérard Depardieu/Pierre Richard. Quand il m’a dit le titre, j’ai tiqué… mais j’ai lu le scénario. C’était une idée de Vincent (Lindon) et j’ai trouvé intéressant qu’il incarne un personnage aux antipodes de celui qu’il joue dans les films de Stéphane Brizé.

LPN : Qu’est-ce qui vous a décidé ?

JK : J’avais envie de voir ce film en tant que spectateur. J’ai fait beaucoup de films pour moi ou pour mes amis. Là, je voulais réaliser une comédie sentimentale, c’était une piste intéressante que je n’avais encore jamais explorée. J’ai repris le scénario de Fabrice Roger Lacan, la structure était solide. J’ai retravaillé le personnage d’Adrien et j’ai rajouté toute la 2ème partie sous forme de road-movie.

LPN : Ce rapport à la nature, c’est de vous ?

JK : Oui, la nature est omniprésente dans tous mes films, c’est un vrai personnage. Elle entre dans MON COUSIN par le biais du personnage d’Adrien (François Damiens). J’avais travaillé avec Nagata sur Blueberry… Au Japon, les plantes ont un esprit. Je savais que le plus grand danger pour un avion, ce sont les oiseaux. Avant ce projet, je devais réaliser « Donnez-moi des Ailes », c’est là que j’ai appris pour les oies. Je précise qu’aucun oiseau n’a été blessé.

LPN : Comment s’est passé le tournage entre Lindon et Damiens ?

JK : Ils ont deux natures complètement différentes, deux façons de penser, de voir, de concevoir le métier d’acteur. Il y a eu des tensions durant une semaine et puis, ils se sont expliqués. Ils souffraient tous les deux de cette situation. Je m’adressais toujours aux deux, je leur demandais leurs suggestions puis je faisais ce que je voulais. Ils se sont si bien entendus à la fin que cet été, ils sont partis en vacances ensemble. Ils se sont trouvés. Dans un duo d’acteurs, il y a toujours des tiraillements. Le fait que l’on ait commencé par la scène très tendue de l’avion a participé à exacerber leurs différences. J’ai toujours fait ça sur mes films, débuter par les scènes les plus physiques.

LPN : Comment avez-vous travaillé en amont ?

JK : Nous avons fait beaucoup de lectures à plat avec tous les comédiens. J’ai écouté les différentes propositions pour ne pas avoir à le faire sur le plateau où il faut aller vite. L’acteur connaît mieux son personnage que personne d’autre car il va l’incarner. Nous avons fait 2 mois et demi de préparation. J’ai organisé une mise en place pour être sûr que leurs déplacements seraient justes. Le tournage, lui, a duré 9 semaines.

LPN : Avez-vous des anecdotes du tournage ?

JK : Il y en a eu beaucoup. Je vais en prendre deux. Vincent (Lindon) devait marcher sur la route et croisait un papy à mobylette. Il est arrivé un matin avec la mob et son casque sur la tête. Nous avons tourné la scène en une seule prise avec un steadycam coincé dans le coffre de la voiture. Quant à François (Damiens), il engueule le pilote de l’hélicoptère tout en reculant, toute la dynamique de la scène est là. Ces deux moments n’étaient pas prévus ainsi. Par contre, la scène du garage, je l’ai travaillée avec ma déco, Sandrine Orcier, et après j’ai amené Vincent qui ne savait pas du tout à quoi s’attendre. Pareil avec François pour la séquence avec les ficus. Elle était à peine mentionnée dans le scénario originel et je l’ai étiré. J’avais fait pareil dans « 99 Francs » pour la double fin…

LPN : Quel est votre genre de films ?

JK : J’essaie de me balader dans plein de genres différents. Jamais je n’aurais pensé faire MON COUSIN, pareil pour COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKI… Il y a des choses qui résonnent. Je voulais faire un « Feel Good Movie » pour une fois, alors que d’habitude, je fais des films qui ont tendance à secouer le spectateur. Aujourd’hui, tout est décidé par des algorithmes qui décident de tout, y compris des scénarios…

LPN : Y a-t-il eu un film qui vous a marqué ces derniers temps ?

JK : Oui, TENET, c’est tellement intelligent, bien fait, beau à voir. On n’est pas obligé de tout comprendre au cinéma. Christopher Nolan est obsédé par le temps, ici par le carré SATOR. À nous d’y réfléchir avec lui. La démarche me plaît beaucoup. Peu sont capables de ça : Scorsese, Cameron, Cuaron, Coppola et Christopher Nolan.

LPN : Quel avenir pour le cinéma ?

JK : Pour l’instant, les Plateformes mettent des moyens pour faire de beaux projets avec des metteurs en scène prestigieux. Ils vont reprendre les tournages ces jours-ci. Quand les salles de cinéma auront disparu, ce que Disney a initié avec la non-sortie en salles de MULAN, les plateformes n’auront plus de raisons de faire du Beau, du Cher, du Grand…

LPN : Quels sont vos projets ?

JK : Avec le coronavirus, les projets n’ont plus trop de visibilité. J’avais fait des repérages en Thaïlande pour un film d’aventures que je devais tourner avec Jean Dujardin. Le tournage devait débuter maintenant… J’ai un autre projet de film d’animation de Science-Fiction avec une dimension spirituelle.

Propos recueillis par Pascal Gaymard

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