Cannes a dévoilé sa sélection Un Certain Regard pour cette 79e édition. Quinze longs métrages composent ce programme qui s’affirme, plus que jamais, comme le laboratoire du festival : celui où se prennent les risques, où émergent les voix nouvelles, où le cinéma se cherche et se réinvente.
Une ouverture coup de poing
C’est à Jane Schoenbrun qu’a été confié l’honneur d’ouvrir la section. Cinéaste non-binaire américaine révélée par I Saw The TV Glow en 2024, elle arrive sur la Croisette avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma, dernier volet de sa trilogie consacrée aux écrans et à l’identité. Le film suit une réalisatrice queer chargée de tourner la suite d’une franchise de slashers, qui tombe sous l’emprise de l’actrice ayant incarné la « final girl » dans l’opus original. Avec Hannah Einbinder et Gillian Anderson dans les rôles principaux, Schoenbrun interroge les codes du genre horrifique à travers un prisme féministe radical. Formellement ambitieux, le film s’annonce comme une œuvre à part.
Des premières œuvres et des voix du monde entier
La sélection frappe d’emblée par sa générosité envers les premières réalisations et sa diversité géographique affirmée. Ben’imana de Marie-Clémentine Dusabejambo, Yesterday the Eye Didn’t Sleep de Rakan Mayasi, I’ll Be Gone in June de Katharina Rivilis, Club Kid de Jordan Firstman : quatre premiers films issus de contextes radicalement différents, que Cannes expose à la lumière de la Croisette. Les cinéastes plus aguerris apportent quant à eux une diversité de tons et d’horizons : la Japonaise Yukiko Sode (De toutes les nuits, les amants), l’Autrichienne Sandra Wollner (Everytime), la Franco-Marocaine Laïla Marrakchi (La más dulce), le Français Rudi Rosenberg (Quelques mots d’amour), la Chilienne Manuela Martelli (El Deshielo) et la Costa-Ricaine Valentina Maurel (Siempre soy tu animal materno). Congo Boy de Rafiki Fariala, Le Corset de Louis Clichy en animation, Les Éléphants dans la brume d’Abinash Bikram Shah et Uļa du Letton Viesturs Kairišs complètent le panorama.
La diversité, ADN ou injonction ?
Un Certain Regard a toujours assumé de chercher ce que le regard dominant ne voit pas encore. C’est là que Cannes a découvert Kiarostami, les Dardenne, Loach, des cinéastes venus des marges, longtemps avant que la diversité ne devienne un argument de programmation. En ce sens, cette sélection 2026, tournée vers des cinématographies peu diffusées et des premières œuvres venues des quatre coins du monde, est pleinement cohérente avec l’histoire et la vocation de la section.
Reste une question, légitime et de plus en plus prégnante dans le milieu : où s’arrête la diversité choisie, celle qui naît d’une conviction artistique sincère, et où commence la diversité imposée, celle qui répond à une attente extérieure au cinéma lui-même ? La nuance est ténue, mais elle est décisive. Un film sélectionné pour ce qu’il est, c’est une œuvre célébrée. Un film sélectionné pour ce qu’il représente, c’est une case cochée. Seules les projections permettront de trancher.
Mathilde Vignal













