Derrière ce panier inaugural se cache bien davantage qu’une récolte de saison : c’est l’aboutissement d’une politique volontariste visant à préserver le foncier agricole, développer les circuits courts et renforcer la souveraineté alimentaire locale. À Biot, une terre longtemps laissée en friche redevient aujourd’hui un outil de production au service des habitants et des générations futures.
Une terre abandonnée qui retrouve sa vocation nourricière
Pendant des années, cette parcelle située route de Valbonne, à l’entrée du parc départemental de la Brague, semblait condamnée à l’abandon. Les herbes folles avaient progressivement remplacé les cultures, illustrant une réalité préoccupante que connaissent de nombreuses communes des Alpes-Maritimes : la disparition progressive des terres agricoles sous la pression de l’urbanisation et de la spéculation foncière.
Ce samedi 13 juin, le paysage raconte une toute autre histoire. Entre les rangées parfaitement entretenues, les premières aubergines, courgettes, poivrons, radis et légumes de saison témoignent d’une renaissance agricole qui dépasse largement le symbole.
À travers la mise en vente du premier panier du verger Saint-Éloi, la commune de Biot concrétise un projet initié pour redonner une fonction productive à près de 7 000 mètres carrés de terres jusque-là inexploitées.
En présence du maire Jean-Pierre Dermit, également conseiller départemental des Alpes-Maritimes et vice-président de la Communauté d’agglomération Sophia Antipolis, ainsi que du député Éric Pauget, cette première récolte marque une étape importante dans une stratégie locale qui fait de l’agriculture un véritable enjeu d’aménagement du territoire.
Quatre mois seulement entre les premières plantations et les premières récoltes
Le calendrier illustre la rapidité avec laquelle le projet a pris forme.
Installé au début de l’année 2026 après un appel à candidatures lancé par la municipalité, Sydney Eurlings, ingénieur agronome de formation, s’est vu confier la mission de redonner vie à cette exploitation communale.
En quelques mois, les premières cultures biologiques ont transformé ce terrain délaissé en une exploitation maraîchère productive.
Cette réussite repose sur un travail quotidien mêlant préparation des sols, organisation des cultures, adaptation aux conditions climatiques locales et respect des principes de l’agriculture biologique.
Pour le jeune exploitant, cette première récolte représente bien davantage qu’un simple résultat agricole : elle valide un modèle économique et environnemental reposant sur une production locale destinée directement aux habitants.
Le pari de la souveraineté alimentaire locale
Si le terme de « souveraineté alimentaire » est souvent utilisé à l’échelle nationale ou européenne, il prend ici une dimension très concrète.
L’objectif poursuivi par la commune consiste à rapprocher la production de la consommation en limitant les intermédiaires et les transports.
Les légumes et les fruits cultivés sur le site seront proposés en vente directe dès ce mois de juin aux habitants de Biot.
À terme, la municipalité souhaite aller encore plus loin en intégrant cette production dans l’approvisionnement des restaurants scolaires de la commune.
Cette orientation répond à plusieurs enjeux simultanément : garantir une alimentation de qualité, soutenir une agriculture locale, réduire l’empreinte carbone liée au transport des denrées alimentaires et offrir une meilleure visibilité économique à l’exploitation.
Dans un contexte marqué par les crises internationales, les tensions sur certaines chaînes d’approvisionnement et les interrogations sur la résilience alimentaire des territoires, cette initiative apparaît comme une réponse locale à un défi global.
Préserver le foncier agricole face à la pression urbaine
Les Alpes-Maritimes figurent parmi les départements où la pression foncière est la plus forte de France.
Entre développement résidentiel, infrastructures et activités économiques, les espaces agricoles se raréfient progressivement.
Le projet Saint-Éloi traduit donc une volonté politique claire : préserver des terres cultivables avant qu’elles ne disparaissent définitivement sous le béton.
Cette stratégie s’inscrit dans une logique de gestion durable du territoire où l’agriculture n’est plus considérée comme une activité résiduelle mais comme un élément structurant du développement local.
La remise en culture de cette parcelle constitue ainsi un signal fort en faveur de la protection du patrimoine agricole et paysager de Biot.
Le retour des circuits courts
La philosophie du projet repose sur un principe simple : produire localement pour consommer localement.
Les circuits courts permettent de limiter les intermédiaires, de réduire les coûts logistiques et de renforcer le lien entre producteurs et consommateurs.
Pour les habitants, cette proximité garantit une meilleure connaissance de l’origine des produits et favorise une alimentation de saison.
Pour l’agriculteur, elle assure une valorisation directe de son travail tout en limitant certaines contraintes liées aux réseaux de distribution classiques.
Dans une région où le tourisme et les services dominent largement l’économie, le maintien d’une activité agricole locale participe également à la diversification du tissu économique.
Une agriculture qui participe à l’aménagement du territoire
Le verger Saint-Éloi ne constitue pas seulement une exploitation agricole.
Le projet s’inscrit dans une réflexion plus large autour de l’entrée du parc départemental de la Brague, menée en partenariat avec le Département des Alpes-Maritimes.
L’objectif consiste à valoriser ce secteur en conciliant préservation environnementale, activité économique, qualité paysagère et ouverture au public.
L’agriculture devient ainsi un outil d’aménagement du territoire, contribuant à maintenir des espaces ouverts, à préserver la biodiversité et à renforcer l’identité rurale de la commune.
Un modèle qui pourrait inspirer d’autres collectivités
À travers cette première récolte, Biot démontre qu’une collectivité peut redevenir un acteur de la production alimentaire locale.
Face aux défis climatiques, aux tensions sur les marchés agricoles et à la nécessité de préserver les terres cultivables, le modèle expérimenté à Saint-Éloi pourrait inspirer d’autres communes confrontées aux mêmes problématiques.
Le premier panier vendu dépasse donc largement sa valeur marchande.
Il symbolise la reconquête d’un foncier agricole, le retour d’une production de proximité et une nouvelle manière de penser l’alimentation à l’échelle locale.
Dans une époque où la souveraineté alimentaire est devenue un enjeu stratégique, Biot fait le pari qu’une partie de la réponse se construit d’abord sur le terrain, dans les champs, au plus près des habitants.
Véronique La Rosa













