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79ème FESTIVAL DE CANNES : LE REGARD DE MATHILDE VIGNAL…… Vendredi 22 mai

Le Festival comme si vous y étiez s’enrichit du « Regard de Mathilde Vignal » sur son périple cannois qui se déclinera du JOUR 1 de l’ouverture au Jour 12 de la clôture.

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Par Mathilde VignalPhotos Dominique Maurel

Jour 11 : l’amour en temps de guerre, et mes pronostics pour demain

Avant-dernier jour de festival, et la Croisette vibre d’une fièvre particulière. La cérémonie de clôture c’est demain soir. Les jurés ont disparu. Les pronostics circulent dans tous les couloirs du Palais. Mais avant de jouer les devineresses, deux films en compétition officielle ont parlé aujourd’hui d’amour interdit en temps de guerre, et ensemble, ils forment l’un des diptyques les plus bouleversants de cette édition.

Coward : Dhont signe son œuvre la plus belle

Après la Caméra d’or pour Girl et le Grand Prix pour Close, Lukas Dhont revient en compétition avec Coward, et c’est son film le plus ambitieux, et probablement le plus beau. Front belge, 1916. Pierre, dix-huit ans à peine, arrive à l’arrière des tranchées. Autour de lui : des hommes qui meurent, une hiérarchie brutale, et au milieu de tout ça, l’improbable émergence d’une revue militaire, numéros drôles, chansons d’époque, corps qui osent danser quand d’autres se font massacrer à quelques kilomètres.

Dhont pose une question simple et bouleversante : s’autoriser à chanter et rire au cœur du chaos, est-on un lâche ? Ou apporte-t-on à ses camarades quelques instants d’espoir ? Et dans cette zone suspendue entre la vie et la mort, Pierre et Francis se découvrent, s’approchent, s’aiment, avec une douceur et une sensualité que le cinéma de guerre n’a presque jamais osé filmer ainsi.

La mise en scène est d’une maîtrise absolue. La photographie, inspirée des autochromes de la Grande Guerre, enveloppe chaque plan dans une lumière picturale qui isole les deux amants du bruit du monde. Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, deux jeunes acteurs à surveiller de très près, portent le film avec une justesse et une présence qui désarment. Dhont orchestre une déclaration d’amour à tout ce qu’on a tenté d’effacer : la tendresse entre hommes, au cœur même des conflits. On en sort profondément ému.

La Bola Negra : vingt minutes d’ovation

Et puis il y a La Bola Negra des Espagnols Los Javis, Javier Calvo et Javier Ambrossi, et son ovation de vingt minutes au Grand Théâtre Lumière, l’une des plus longues de l’histoire récente du festival. Trois hommes, trois époques : 1933 du temps de Lorca, 1962 sous le franquisme, et aujourd’hui. Trois destins liés par la sexualité, le désir, la douleur et l’héritage, une fresque inspirée des quatre pages survivantes d’un roman inachevé de Federico García Lorca, assassiné par le fascisme en 1936 parce qu’il était gay. Le casting est en or : Penélope Cruz, Glenn Close, Miguel Bernardeau, et le chanteur Guitarricadelafuente dans son premier rôle au cinéma, révélation de la soirée. Penélope Cruz, très émue durant l’ovation, a échangé une longue accolade avec Tilda Swinton sous les applaudissements. Un film bien dans son ensemble !

Mes pronostics pour demain soir

Voilà onze jours que je vois des films, que j’écoute, que je prends des notes. Alors autant jouer le jeu jusqu’au bout, malgré 2 films manquants dans mes projections (Soudain et Das Gesträumte abenteuer).

Palme d’or : Le jury pourrait récompenser La Bola Negra : l’ambition, le souffle, l’ovation historique plaident pour lui. Moi, je mise sur Fjord de Cristian Mungiu, puissant, lent, implacable, la marque des grandes Palmes.

Grand Prix : Le jury pourrait aller vers Notre Salut, pour son audace formelle ou un Prix du scénario. Moi je veux Moulin, il le mérite.

Prix de la mise en scène : On pourrait être d’accord sur ce point : Lukas Dhont pour Coward.

Prix d’interprétation féminine : Le jury pourrait consacrer Léa Seydoux, présente dans deux films en compétition cette année, impossible de l’ignorer. Moi, je verrais bien Adèle Exarchopoulos pour Garance, habitée, incandescente, au sommet de son art.

Prix d’interprétation masculine : Javier Bardem pourrait-être le favori côté jury pour L’Être aimé. Moi, je veux Gilles Lellouche ou Rami Malek. Et il y a une surprise possible : le duo Emmanuel Macchia (premier film de sa carrière après avoir été repéré en casting sauvage) et Valentin Campagne dans Coward, qui pourraient créer la sensation comme Nadia Melliti l’année dernière.

Réponse demain soir sur la Croisette. On verra qui a vu juste.

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