Par Mathilde Vignal – Photos Dominique Maurel
Jour 1 : le Festival comme une promesse
Il y a quelque chose d’un peu irréel dans le fait de s’asseoir en salle Debussy un soir de mai, avec la conscience que dehors, la Croisette s’est transformée en capitale mondiale du cinéma. C’est ça, Cannes. Pas uniquement le tapis rouge ou les strass, mais cette sensation, dès les premières minutes, d’être au bon endroit au bon moment.
Une cérémonie qui avait des choses à dire
La cérémonie d’ouverture du 79e Festival, animée par Eye Haïdara, a frappé d’emblée par son élégance et sa tenue. L’actrice française est entrée sur la scène du Grand Théâtre Lumière avec une phrase qui a tout de suite planté le décor : “À vous toutes et tous qui tentez de résister, ici et ailleurs. Bonsoir et bienvenue !”. On n’était pas là pour faire semblant. Citant Godard, rendant hommage à ceux qui filment ce qu’on préférerait ne pas voir, Eye Haïdara a donné à cette ouverture une vraie profondeur, sans jamais sacrifier la grâce.
Il y a eu un moment de silence collectif, celui de l’hommage à Nathalie Baye, disparue le 17 avril à 77 ans. “Une femme d’une immense élégance, et d’une délicatesse infinie envers les autres”. La salle a applaudi longuement. Ces instants-là, on ne les oublie pas.
Le grand moment de la soirée, attendu, était la remise d’une Palme d’or d’honneur à Peter Jackson. Jamais sélectionné à Cannes de toute sa carrière, le réalisateur du Seigneur des Anneaux a reçu ce trophée des mains d’Elijah Wood lui-même, Frodon pour l’éternité. Jackson, visiblement ému et sincère, a confié qu’il ne fait “pas des films qui se prêtent à une Palme d’or”. Cette humilité-là, venant d’un homme qui a révolutionné le cinéma de genre, avait quelque chose de touchant. Dans la foulée, Theodora et Oklou ont interprété une version très rock de Get Back des Beatles, un clin d’œil au documentaire que le cinéaste a consacré au groupe. Le tout sous le regard de Park Chan-wook, président du jury, qui avait plaisanté en espérant que ses jurés “ne se disputeraient pas”. C’est finalement Jane Fonda et Gong Li, deux légendes, qui ont déclaré le festival officiellement ouvert.
La Vénus électrique : le cinéma comme refuge
Puis est venu le film. Et quel film pour commencer. La Vénus électrique de Pierre Salvadori, c’est Paris en 1928, des Années folles reconstituées avec soin, et un trio d’acteurs, Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, qui fonctionne comme une mécanique de précision. Demoustier en fausse voyante embarquée dans une imposture amoureuse, Marmaï en peintre endeuillé incapable de peindre, Lellouche en galeriste filou : chacun tient sa partition avec une aisance déconcertante.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’image. Des couleurs chaudes, une lumière dorée et douce, une reconstitution d’époque qui ne cherche jamais à écraser, elle enveloppe. On entre dans le film comme on entre dans une rêverie. C’est du cinéma qui fait du bien, au sens noble du terme : on rit, on est touché, et on ressort le cœur légèrement réparé. Salvadori signe ici son premier film d’époque, et c’est une réussite.
Cannes, c’est parti
Ce premier jour avait la forme d’une promesse tenue. Une cérémonie maîtrisée, portée par une maîtresse de cérémonie habitée, un film d’ouverture généreux et lumineux. Le festival court jusqu’au 23 mai. Vingt-deux films en compétition pour la Palme d’or attendent leur tour. La suite s’annonce passionnante.













