Elle se déploie entre plein air et salles (La Cuisine, Franciscains), en assumant une forte présence de la troupe et un dialogue constant avec le jeune public et les publics éloignés.
Une saison placée sous le signe de la pluralité
Muriel Mayette‑Holtz, aux côtés de sa directrice adjointe Ella Perrier, revendique une saison « tout en couleurs » où se croisent classiques, formes hybrides et créations engagées. Le TNN confirme sa vocation de Centre dramatique national en multipliant les coproductions, les invitations de grandes signatures de la scène française et les partenariats avec les scènes voisines (Cannes, Grasse, Mougins, Carros…). L’institution poursuit également son ancrage territorial, du kiosque de plein air au cœur de Nice jusqu’aux Arènes de Cimiez, en passant par le réseau des scènes partenaires de la région Sud. Cette pluralité se lit autant dans les esthétiques (théâtre, danse, cirque, marionnette) que dans les récits, avec une forte présence des voix féminines et des écritures du réel.
L’été 2026 : tragédies et contes en plein air
Le coup d’envoi estival passe, comme désormais chaque année, par le Festival de Tragédies aux Arènes de Cimiez, dont la 3e édition s’étend de la mi‑juin au début juillet 2026. Au programme : Bord de mer de Véronique Olmi mis en scène par Muriel Mayette‑Holtz, Les Suppliantes d’Eschyle revisitées par Charles Tordjman, Bérénice de Racine montée par Robin Renucci, et Un Jour sans vent [Une Orestie] d’après Eschyle.
Cette constellation de tragédies, pensées pour le plein air, décline la question de l’exil, de l’hospitalité et de la responsabilité politique, tout en offrant au public niçois un dialogue vivant avec les grands textes du patrimoine. Autour des spectacles, le TNN propose lectures et conférences gratuites dans les musées niçois, prolongeant l’expérience par un temps de médiation exigeant mais accessible.
En juillet, le kiosque du TNN accueille la 8e édition des Contes d’Apéro, fidèles rendez‑vous populaires à l’heure dorée. Cette saison, la « saga Marivaux » se poursuit avec L’Héritier de village mis en scène par Laurent Prévot, prolongé par une carte blanche poétique à Jacky Ido et aux comédiens de la troupe.
Automne–hiver : grands textes et écritures du monde
La saison en salle s’articule principalement autour de La Cuisine et des Franciscains, où se déploie un panorama large de la dramaturgie contemporaine et du répertoire revisité. Parmi les temps forts annoncés figurent Saigon de Caroline Guiela Nguyen, fresque sur la diaspora vietnamienne, et Ivanov de Tchekhov mis en scène par Jean‑François Sivadier, deux spectacles‑somme sur la mémoire et la désillusion.
Le jeune public n’est pas oublié, avec notamment Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat, qui revisite le conte avec une écriture elliptique et sensible, et plusieurs propositions familiales réparties sur l’ensemble de la saison. Côté classique français, L’École des femmes de Molière, confiée à Robin Renucci, interroge la domination masculine avec une lecture à la fois fidèle et résolument contemporaine. Autre jalon important, Résurrection [Un cas de conscience], projet de Leïla Slimani d’après Tolstoï, questionne la faute, la rédemption et les mécanismes de la justice à travers une adaptation libre et politique. La saison glisse ainsi sans rupture du roman russe à l’actualité brûlante, faisant du plateau un lieu d’examen moral autant qu’esthétique.
Début 2027 : prolonger la saison vers le romanesque
Les premiers mois de 2027 prolongent la dynamique en l’ouvrant plus franchement vers le romanesque, le récit et les héroïnes. On y retrouve Le Château des Carpathes de Jules Verne dans une adaptation scénique signée Émilie Capliez, qui promet un voyage entre fantastique, science et imaginaire gothique.
Le TNN programme également Les Résistantes, inspiré d’un podcast de France Inter et porté notamment par Charles Berling, qui met en lumière des parcours féminins de lutte et de désobéissance civile. Dans le même mouvement, Magistrales d’Alexandra Cismondi explore avec humour et acuité la place des femmes dans les sphères du pouvoir, du droit et de la parole publique. Autour de ces grands rendez‑vous, la captation de présentation de saison mentionne une constellation de titres qui jalonnent le calendrier : Enoch Arden, Orgueilleuse, Imminentes, La Tendresse, L’Amante anglaise, La Terre, Eden, Presque Hamlet, Roméo & Juliette, ou encore des formes plus intimes comme Sono io ? et Hautes perchées. Cette profusion confirme la volonté de proposer au public niçois un théâtre de répertoire vivant, irrigué par les questionnements contemporains.
Une saison en réseau : danse, tournées et territoires
La programmation 2026‑2027 ne se limite pas aux murs du TNN, mais s’inscrit dans un maillage régional de partenaires et de festivals. Le théâtre fait ainsi partie des forces motrices du Festival de Danse de Cannes (21 novembre – 6 décembre 2026) et du festival Trajectoires (15 janvier – 13 février 2027), accueillant par exemple des créations telles que My Fierce Ignorant Step de Christos Papadopoulos ou des pièces signées Pina Bausch dans le cadre de coopérations.
On retrouve également des projets en itinérance comme Nelken à l’amphithéâtre de Châteauvallon, Israel & Mohamed au Théâtre de Grasse, Chevaleresses au Forum de Carros, ou encore Richard III et George sans S à Scène 55 à Mougins, qui témoignent du rôle de « maison‑ressource » joué par le TNN sur l’ensemble de la Côte d’Azur. La plateforme ExtraPôle Sud, qui rassemble plusieurs grandes maisons du spectacle vivant de la région, offre un cadre structurant à ces coproductions et tournées, garantissant une visibilité accrue des artistes comme du TNN lui‑même.
À Nice, le TNN continue d’occuper ses deux sites principaux : la salle de La Cuisine (600 places, à l’ouest, reliée par le tram CADAM) et la salle des Franciscains (240 places, au cœur du Vieux‑Nice dans un couvent du XIIIe siècle), offrant deux cadres architecturaux très contrastés pour accueillir les spectacles. À cela s’ajoute la scène du kiosque en été, devenue un symbole de la volonté d’aller vers les publics, ainsi que des événements gratuits et des rendez‑vous de médiation répartis tout au long de la saison.
Pascal Gaymard













