Le conseil municipal de Nice s’est ouvert vendredi 5 juin par la désignation des grands électeurs appelés à participer aux élections sénatoriales du 27 septembre prochain. Une formalité institutionnelle qui n’aura pourtant été qu’un prélude à plusieurs heures de débats parfois vifs sur les orientations de la nouvelle majorité municipale conduite par Éric Ciotti.
Si les questions administratives ont été rapidement expédiées, plusieurs dossiers majeurs ont suscité de longues prises de parole : le devenir du Nice Jazz Festival, la politique de sécurité municipale, l’attractivité économique de la ville et la situation préoccupante de la santé mentale sur le territoire niçois.
Le Nice Jazz Festival cristallise les oppositions
Le débat le plus animé a sans conteste concerné l’avenir du Nice Jazz Festival.
L’opposition municipale a dénoncé une réduction progressive de l’événement, pointant la disparition d’une journée de programmation, la diminution du nombre d’artistes, la suppression de certaines animations et l’augmentation du prix de certaines soirées, notamment celle accueillant Sting.
Anthony Boré a accusé la nouvelle majorité de réduire l’ambition culturelle de la ville.

Selon lui, le festival perd son caractère populaire au moment même où les tarifs augmentent fortement pour certaines soirées. Une famille souhaitant assister au concert de Sting pourrait ainsi débourser plusieurs centaines d’euros pour une seule soirée.
Face à ces critiques, l’exécutif municipal a opposé un argument financier.
L’adjoint aux finances Olivier Breuil et l’avocat Denis Del Rio ont affirmé que l’édition héritée de la précédente mandature devait absorber près de trois millions d’euros de déficit annuel. Une situation jugée intenable par la majorité.
« Je préfère faire payer l’usager que le contribuable », a martelé Éric Ciotti, revendiquant une réduction du déficit tout en maintenant le festival. Selon lui, la municipalité ne peut plus financer massivement des manifestations déficitaires au moyen de l’impôt local.
Le maire a également affirmé que des négociations avec les producteurs auraient permis d’économiser près d’un million d’euros sur l’organisation de l’édition 2026.
Une stratégie sécuritaire assumée
Autre dossier majeur : la sécurité.
La municipalité a adopté un plan visant à renforcer l’attractivité du métier de policier municipal afin de recruter 200 agents supplémentaires dans les prochains mois. L’objectif affiché est de faire passer les effectifs de 400 à 600 policiers municipaux.
Pour y parvenir, la ville prévoit plusieurs mesures : revalorisation des primes, création de logements temporaires pour les recrues, accélération des procédures d’embauche et mise en place d’une école interne de formation.
Le sujet intervient dans un contexte particulièrement sensible après plusieurs règlements de comptes liés au narcotrafic, notamment dans les quartiers des Moulins et de Bon Voyage.
Le maire a rappelé que onze personnes ont perdu la vie dans le quartier des Moulins depuis juillet 2024, qualifiant cette situation « d’abomination ».
Éric Ciotti a également annoncé l’ouverture prochaine d’un nouveau poste de police municipale dans le secteur de Saint-Roch, après la mise en place d’une présence renforcée aux Moulins et rue Trachel.
Une charge contre l’État sur les effectifs policiers
Le maire n’a pas manqué d’adresser plusieurs critiques à l’État concernant les moyens alloués à la sécurité.
Selon lui, Nice souffre toujours d’un déficit important d’enquêteurs au sein de la police nationale et de la police judiciaire.
Il estime qu’il manquerait près d’une centaine d’enquêteurs pour répondre efficacement aux enjeux liés au narcotrafic et à la criminalité organisée.
Tout en saluant le travail du préfet, du procureur de la République et des services de police judiciaire, il a jugé insuffisantes les annonces récentes du ministère de l’Intérieur concernant les renforts d’effectifs à Nice.
Santé mentale : un sujet qui inquiète
Au-delà des questions sécuritaires, la santé mentale a fait l’objet d’un échange particulièrement consensuel.
L’élu Patrick Allemand a alerté sur la saturation des structures psychiatriques niçoises et les délais d’attente pouvant dépasser six mois pour obtenir un premier rendez-vous dans certains centres médico-psychologiques.
Le maire a reconnu l’ampleur du problème, évoquant un « angle mort » des politiques publiques de santé.
Selon lui, les troubles psychiatriques connaissent une progression préoccupante depuis la crise sanitaire du Covid-19 et nécessitent désormais un véritable plan national.
La ville a par ailleurs présenté plusieurs mesures en matière de santé publique, notamment un partenariat avec la Ligue contre le cancer, le renforcement des actions en faveur du don du sang et un dispositif d’accompagnement au logement pour les patients sortant d’hospitalisation psychiatrique.
Un marqueur politique
Au fil des échanges, une ligne directrice s’est dessinée.
Pour la majorité municipale, l’heure est à la maîtrise des dépenses publiques, à la sécurité de proximité et à une gestion jugée plus rigoureuse des grands événements.
Pour l’opposition, ces choix traduisent au contraire un risque de repli et une perte d’ambition pour une ville qui a longtemps cherché à rayonner par ses manifestations culturelles, sportives et touristiques.
Trois mois après l’alternance politique à Nice, ce conseil municipal aura surtout montré que les débats entre la nouvelle majorité d’Éric Ciotti et les anciens responsables municipaux s’annoncent particulièrement vifs dans les mois à venir.
La Rédaction













