Les résultats de ce second tour des élections municipales du 22 mars 2026 sont particulièrement intéressants en nombre de voix.
Un 2ème tour qui confirme le résultat du 1er tour
Déjà, une évidence crève les yeux : les voix de l’extrême gauche (10 767) ne se sont pas reportées vers la liste de gauche conduite par Juliette Chesnel Le Roux puisqu’avec 14,26% et 17 926 suffrages ne fait que +3 570 votes… Un tiers seulement des voix de l’extrême gauche. Et cela ne peut être attribué à l’abstention puisqu’elle était de 46,42% au 1er tour et 44,08% au 2ème tour… Par ailleurs, la « remontada exceptionnelle » que Christian Estrosi attendait et appelait de ses vœux ne s’est pas passée puisqu’il ne fait que + 9 539 voix alors qu’Éric Ciotti progresse de +8 735 soit un différentiel de +804 voix… Un échec cuisant pour l’ancien maire qui a pourtant géré la Ville de Nice durant 18 ans. L’écart entre les deux tours entre Eric Ciotti et Christian Estrosi est sensiblement la même à savoir +12,51% au 1er tour et +11,34% au 2ème tour. Que faut-il en conclure ? Que les Niçoises et les Niçois ont voulu le changement et l’arrivée au pouvoir à la mairie de Nice d’Éric Ciotti. Son discours clair notamment en termes de baisse immédiate de la taxe foncière a été un point de bascule dans l’opinion publique niçoise.
Bernard Asso, doyen d’âge et président de séance
Par ce premier conseil municipal d’installation, c’est le doyen d’âge, Bernard Asso, qui a été président de la séance. Le professeur de droit à l’Université de Nice s’est parfaitement acquitté de sa tâche. Il a fait l’appel et sans surprise, Christian Estrosi, qui avait annoncé son retrait de la vie politique, était absent. Le président a rappelé les obligations de chaque conseiller municipal dans ce vote du futur maire. Et c’est le député, Bernard Chaix, conseiller municipal, qui a présenté la candidature d’Éric Ciotti. Il n’y a pas eu d’autres candidats. Dans le public, le président du Département 06, Charles Ange Ginesy, et le sénateur, Henri Leroy, accompagné de la députée de Nice et vallées, Christelle d’Intorni. Sans surprise, Eric Ciotti a obtenu les 52 votes d’élus de la majorité, et 1 vote blanc et 3 nuls. Manifestement, certains n’ont pas voulu prendre part au vote puisque Nice compte 69 conseillers municipaux. C’est le héros de Nice et de l’attentat terroriste islamiste du 14 juillet 2016, Franck Terrier, qui a remis son écharpe de maire à Eric Ciotti, lui qui était dernier sur sa liste.
Eric Ciotti : « C’est l’honneur de ma vie »
D’emblée, Eric Ciotti a estimé que « cette confiance m’honore autant qu’elle m’oblige, qui nous oblige ». Il a évoqué « l’espérance, le renouveau et le choix des Niçoises et des Niçois » avant de citer tous les grands maires qui l’ont précédé, Virgil Barel, Jacques Cotta, Jean Médecin, Jacques Médecin, Jacques Peyrat… Il a adressé un « salut républicain pour Christian Estrosi et ses 18 ans de fonction » en lui adressant « sa reconnaissance » tout en rappelant que la campagne avait été « âpre et violente ». et de poursuivre : « Nous allons écrire une nouvelle page de la glorieuse histoire de Nice dans le respect et l’humilité ». Être maire de Nice, c’est « l’honneur de ma vie ». Il a refait l’histoire de sa famille en soulignant la résistance à tous les niveaux de plusieurs membres comme sa grand-mère Juste pour avoir accueilli des enfants Juifs en 1943 à St Martin-Vésubie, son oncle résistant, son grand-père prisonnier de guerre. Il a insisté sur le fait « qu’il serait le maire de tous les Niçois et que l’opposition pourra se faire entendre » et qu’elle serait « respecter et écouter ». Sa première décision, il la redit, « l’augmentation de +25% de 2024 sera effacée ».


Les grandes priorités d’Éric Ciotti
Après l’audit financier, Eric Ciotti entend bien rétablir la sécurité dans tous les quartiers de Nice, « jamais je n’accepterai la loi des voyous… Nous allons x 2 le nombre des policiers municipaux dans les 18 mois à venir » et d’appeler « les policiers de St Denis à venir travailler à Nice. Déjà, de multiples dossiers nous sont arrivés ». Il y aura aussi « un vaste plan de rénovation des logements de Côte Azur Habitat, la climatisation des classes, la création de +1000 places de crèche, un soin particulier à l’Hôpital et à la santé à Nice, relancer le tourisme, faire de l’Université un grand pôle d’excellence, l’aménagement du MIN, développer un partenariat puissant avec Monaco et l’Italie, mettre la culture au cœur de notre projet avec un nouveau Théâtre qui n’aurait jamais dû être détruit comme le Palais Acropolis ». Sur la situation internationale, il a annoncé « qu’une rue de Nice sera dédiée aux femmes iraniennes exemplaires qui se battent contre la barbarie ». Qu’est-ce qui manquait auparavant à Nice ? « L’élan ! ». Et d’ajouter : « On va bâtir, sculpter, forger ensemble pour les générations futures, une ville de Nice forte, fidèle à son passé, souveraine pour préparer son destin ». et de conclure : « J’aime Nice, les Niçois, je vous aime ! Au travail ! ».
Les attaques de Picot (PCF) et de Pradal (Centre)…
Après ce discours, le vote de la liste des adjoints ainsi que leurs délégations ainsi que celles des conseillers municipaux, ont été dévoilées. Puis, la charte des élus municipaux a été lue conformément à la loi ainsi que les pouvoirs du maire. A ce moment de l’installation, l’opposant communiste, Julien Picot, a demandé la parole pour dénoncer « un discours d’imposture et une insulte à la mémoire de la résistance communiste… Vous n’êtes pas l’héritier de Virgil Barel ou de Max Barel ! La vérité, c’est que vous êtes l’otage du RN ! C’est un jour noir, nous entrons aujourd’hui en résistance. Nous entrons dans une opposition combative ». A Nice, ce serait la guerre… Mais lui a pu s’exprimer contrairement aux maires sortants dans les communes gagnées par LFI où ils ont été sifflés, insultés, menacés, hués, moqués… L’autre opposant estrosien, Philippe Pradal, a fait l’inventaire de toutes les réalisations faites en 18 ans, la plaine du Var, le réseau de caméras de vidéosurveillance, Haliotis, la décarbonation, la sortie Est de la voie Mathis, la coulée verte, le réseau de géothermie, le tram, le covid et les masques… Il a dénoncé « le soutien du RN à Eric Ciotti et le maintien obstiné de la liste de gauche. Nous ne nous retrouverons jamais dans les valeurs du RN ». Pour autant, il ne sera pas une opposition de blocage et « nous voterons toutes les délibérations allant dans le sens des Niçois ».
…et celles de Juliette Chesnel Le Roux (Ecologiste)
En réponse, Eric Ciotti a lancé à Philippe Pradal que « les derniers seront les premiers mais surtout dans les urnes, il vous a manqué des voix ». Mais il n’en avait pas fini avec l’opposition car Juliette Chesnel Le Roux étant revenue dans l’hémicycle, elle a, à son tour, demandé la parole. Elle a en préambule exigé une minute de silence pour le décès d’Alexandre Pothier, un agent municipal qui nous a quitté le 6 février dernier à l’âge de 47 ans. Tous les élus se sont levés sur ordre du maire pour respecter cet hommage. Et là encore, l’élue écologiste a souligné « un tournant majeur et une rupture profonde, sombre et tragique car Nice sera la 1ère ville dirigée par l’extrême droite » et de dénoncer des violences dont certains militants de gauche auraient été victimes de coups la part de contremanifestants de droite. Elle a répété par 5 fois qu’elle entrait en « résistance » et se faire les porte-paroles de tous les Niçois avec les 14,26% qu’a réalisé cette liste de gauche.
Les réponses d’Éric Ciotti
L’élu de la majorité, Hervé De Surville, a salué le travail effectué par Jacques Peyrat qu’il avait servi, il y a 18 ans ». Quant à Eric Ciotti, il a assuré qu’en politique « c’est comme en patinage artistique, il y a les figures libres, et les figures imposées. On prend acte. Peur sur la ville est un grand film mais je vois beaucoup de Niçois très heureux ». Et de rassurer l’opposition : « personne n’a d’inquiétude, ni de craintes… Je dénonce toute forme de violence, une fois l’élection finie, il faut respecter le vote, le contredire dans la rue, ce n’est pas ma conception de la démocratie mais ce sont les méthodes dans les pays totalitaires que vous avez admiré, à gauche, hier. Quant à la Résistance, elle appartient à notre patrimoine commun. Moi, j’ai adhéré au gaullisme à l’âge de 16 ans, je n’ai de leçon à recevoir de personne. Chez vous (les communistes), la Résistance est une question de date que les historiens ont tranché ». Avant de lever la séance et de déposer une gerbe au Monument aux Morts, il a annoncé que le président du groupe de la majorité serait Bernard Chaix et que son directeur serait Jean-Christophe Picard avec comme adjoint, Denis Cieslik. Tous au monument aux morts pour retrouver un peu d’unité et de confiance en la République, une et indivisible…
Pascal Gaymard













