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ALPES-MARITIMES – « Elle veut me détruire » : à Nice, le cauchemar d’une fleuriste harcelée depuis des mois relance la question de la protection des commerçants

Vols répétés, dégradations, insultes racistes, menaces, puis agression physique en pleine boutique. Depuis plusieurs mois, Jeanne Tran, fleuriste installée dans le centre-ville de Nice, affirme vivre un véritable enfer. Malgré plusieurs plaintes déposées et de nombreuses interventions des forces de l’ordre, cette commerçante de la rue Spitalieri assure que les violences se poursuivent.

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Son témoignage, largement relayé sur les réseaux sociaux, suscite une vague d’émotion et interroge sur la capacité des victimes à obtenir une réponse rapide face au harcèlement du quotidien.

Une fête des Mères sous tension dans une boutique devenue symbole d’un combat

Les bouquets colorés envahissent encore les étals de Sophie Store Fleurs, en ce dimanche de Fête des Mères. Derrière l’image chaleureuse que renvoie habituellement cette boutique du centre de Nice, l’atmosphère est pourtant lourde. Dans la poche de son tablier, Jeanne Tran conserve désormais une bombe lacrymogène. Un geste qu’elle n’aurait jamais imaginé adopter après onze années passées à accueillir ses clients dans cette petite rue commerçante du centre-ville.

« Une cliente me l’a offerte après ce qui s’est passé vendredi », confie-t-elle à France 3 Côte d’Azur. Cette précaution traduit l’état d’angoisse dans lequel vit aujourd’hui la commerçante, persuadée d’être devenue la cible d’une ancienne cliente qui multiplierait les actes de malveillance à son encontre depuis plusieurs mois.

Des insultes racistes puis une agression filmée

L’épisode qui a fait basculer l’affaire dans une nouvelle dimension s’est déroulé le vendredi 29 mai. Selon la fleuriste, une femme s’est introduite dans le commerce et aurait commencé à dégrader plusieurs compositions florales. La scène est partiellement enregistrée par les caméras de surveillance installées à l’extérieur du magasin. Les images permettent notamment d’entendre des insultes à caractère raciste visant la commerçante d’origine asiatique. « C’est une sale Chinetoque qui vient faire chier les Français », entend-on dans l’enregistrement diffusé par la victime.

Sur la même bande sonore, Jeanne Tran apparaît en train d’appeler à l’aide et demande qu’on contacte la police. Selon son récit, l’altercation aurait ensuite dégénéré lorsqu’elle aurait tenté d’empêcher la suspecte de quitter les lieux. « Je la tenais pour la retenir alors qu’elle mettait des coups de pied pour détruire les compositions dans le magasin. C’est là qu’elle m’a giflée », explique-t-elle. La police municipale serait intervenue rapidement. Mais la commerçante affirme que la personne mise en cause serait revenue devant son commerce à peine une heure après son passage au commissariat.

Une situation qui a profondément marqué la victime. « Elle veut me détruire ou quoi ? Je vais craquer », confie-t-elle aujourd’hui.

L’origine du conflit remonterait à un vol de fleurs

Selon Jeanne Tran, cette affaire trouve son origine plusieurs mois auparavant. Face à des disparitions répétées de fleurs disposées devant son commerce, la commerçante décide en janvier 2026 d’installer une caméra de vidéosurveillance. Dès les premières images enregistrées, elle affirme avoir reconnu une ancienne cliente vivant à proximité de la boutique.

Le 17 janvier, elle dépose une première plainte. Quelques jours plus tard, sa porte d’entrée est vandalisée. Puis les incidents se succèdent. Vols, dégradations, intimidations, provocations verbales. La fleuriste assure que les actes malveillants surviennent fréquemment le vendredi et qu’ils sont régulièrement captés par les caméras installées devant son commerce. Selon elle, plusieurs éléments permettraient d’identifier clairement la personne responsable.

Quatre plaintes et un sentiment d’abandon

Le cœur de la colère exprimée aujourd’hui par la commerçante ne réside pas uniquement dans les faits qu’elle dénonce. Il concerne surtout ce qu’elle considère comme une absence de réponse suffisamment rapide et efficace. Depuis janvier, Jeanne Tran affirme avoir déposé quatre plaintes successives. Malgré cela, elle estime que la situation ne cesse de s’aggraver.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, elle s’interroge : « Comment une victime peut-elle autant souffrir en France ? » Une question qui trouve un écho particulier auprès de nombreux commerçants confrontés à des actes répétés de délinquance du quotidien. Car lorsque les auteurs présumés sont identifiés mais que les procédures judiciaires suivent leur cours normal, les victimes ont parfois le sentiment de rester seules face à leur agresseur présumé.

Une vague de solidarité dans tout Nice

La publication des vidéos sur Instagram a provoqué une importante réaction.

Des centaines de messages de soutien ont afflué vers la fleuriste. Clients fidèles, riverains, commerçants du quartier et simples internautes ont exprimé leur solidarité. Plusieurs professionnels du centre-ville affirment également avoir été confrontés à des vols ou comportements similaires attribués à la même personne. Cette mobilisation a permis à Jeanne Tran de ne plus se sentir totalement isolée. Mais elle ne résout pas le problème de fond. « Les témoignages me touchent énormément. Mais cela ne l’empêche pas de revenir », explique-t-elle.

Les commerçants, premières victimes des incivilités répétées

Au-delà du cas particulier de cette fleuriste, l’affaire met en lumière une problématique récurrente dans les centres-villes français. Les organisations professionnelles alertent régulièrement sur la multiplication des incivilités visant les commerces de proximité : vols à l’étalage, dégradations, insultes, agressions verbales ou physiques. Selon plusieurs études de la Confédération des Commerçants de France et de la CPME, ces phénomènes ont connu une augmentation significative depuis la crise sanitaire, alimentant un sentiment d’insécurité chez de nombreux indépendants.

Pour les petites structures, les conséquences sont souvent considérables. Au préjudice financier s’ajoutent le stress permanent, l’anxiété et parfois la peur de travailler seul. Dans le cas de Jeanne Tran, cette peur est devenue quotidienne.

Une affaire désormais suivie de près

L’enquête se poursuit désormais sous l’autorité des services compétents. La présomption d’innocence demeure naturellement applicable à la personne mise en cause tant qu’aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue.

Mais pour Jeanne Tran, l’urgence est ailleurs. À quelques jours de l’une des périodes commerciales les plus importantes de l’année, la fleuriste affirme surtout vouloir retrouver une chose devenue rare depuis plusieurs mois : la tranquillité. Derrière les bouquets de pivoines, les roses et les compositions florales qui continuent d’orner sa vitrine, une inquiétude demeure. Celle de voir réapparaître celle qu’elle accuse d’avoir transformé sa passion en cauchemar.

La Rédaction

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