Lundi 28 avril 2026 – Cette fois, avec une autorisation municipale revendiquée. Entre ferveur religieuse, droit de l’environnement et principe de laïcité, l’affaire prend une tournure judiciaire et politique.

Une nouvelle croix annoncée pour la Pentecôte

Le collectif « ainsi_soit_il06 » ne ralentit pas. Bien au contraire. Après plusieurs installations controversées sur les hauteurs azuréennes, le groupe affirme avoir franchi un cap décisif : obtenir une autorisation officielle. « Nous avons enfin obtenu l’autorisation signée par une mairie. Nos efforts sont enfin récompensés », indique le collectif sur les réseaux sociaux. Une annonce qui marque un tournant dans une démarche jusqu’ici souvent réalisée sans aval institutionnel. La prochaine installation est annoncée pour le 25 mai, jour de la Pentecôte. Fidèle à ses habitudes, le collectif garde le lieu secret jusqu’au dernier moment.

Une série d’installations déjà contestées

Depuis près de six mois, ces croix monumentales apparaissent sur plusieurs sommets des Alpes-Maritimes. Après Saint-Jeannet et Lucéram, la dernière en date a été érigée à Tourrettes-sur-Loup, le 19 avril. Mais cette installation n’a pas été accueillie favorablement par la municipalité. Le maire, Frédéric Poma, a rapidement mis en demeure le collectif de retirer la structure. « Ce qui me surprend, c’est la manière cavalière de venir poser quelque chose sur un domaine qui ne leur appartient pas », a-t-il dénoncé, pointant une absence totale de concertation préalable.

Un site protégé au cœur du litige

L’affaire prend une dimension supplémentaire en raison du lieu choisi. Le massif du Loup, où a été installée la croix, est classé Natura 2000, un statut qui implique des règles strictes de préservation environnementale. Dans ce contexte, toute installation non autorisée peut constituer une infraction. Faute de retrait de la croix dans les délais impartis, la municipalité a annoncé son intention de saisir la justice. Mais le dossier dépasse désormais le cadre communal. Le terrain relevant du domaine de l’État, c’est l’Office national des forêts qui devrait engager les démarches judiciaires et procéder au retrait.

Entre ouverture et fermeté des élus

Si la méthode est contestée, le fond du projet ne ferme pas totalement les portes du dialogue. Le maire de Tourrettes-sur-Loup reconnaît l’intérêt patrimonial de certaines actions du collectif, notamment la rénovation de calvaires et d’oratoires existants. «Je lui ouvre la commune pour venir rénover des monuments déjà existants », a-t-il déclaré, proposant une alternative encadrée et respectueuse du patrimoine local. Mais cette ouverture ne vaut pas caution pour les installations sauvages, jugées illégales et irrespectueuses des règles en vigueur.

Une pratique au regard de la loi de 1905

Au cœur de la controverse se trouve un principe fondamental du droit français : la laïcité. La Loi du 9 décembre 1905 interdit en effet d’apposer des signes religieux sur les emplacements publics, sauf exceptions strictement encadrées comme les cimetières ou les musées. Dans ce cadre, même une autorisation municipale pourrait ne pas suffire à rendre ces installations légales, notamment si elles concernent le domaine public. Le préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux, a d’ailleurs pris position : « Je n’accepterai aucun trouble à l’ordre public. Ces installations en constituent un et feront l’objet d’un retrait ainsi que d’une plainte. »

Une mobilisation qui s’organise

Malgré les oppositions, le collectif poursuit sa mobilisation. Une cagnotte a été lancée pour financer les prochaines installations, mais aussi l’achat de matériel destiné à la rénovation de sites religieux existants. Sur le terrain, les membres revendiquent une démarche spirituelle et patrimoniale. Dans les faits, leurs actions s’inscrivent désormais dans un débat plus large, mêlant identité, religion et espace public.

Une affaire appelée à rebondir

Entre revendications militantes, cadre juridique strict et enjeux environnementaux, le dossier des croix géantes dépasse largement le simple fait divers. La prochaine installation annoncée pour la Pentecôte pourrait constituer un nouveau point de tension, voire un test juridique pour les autorités. À Nice et dans tout l’arrière-pays, une question demeure : jusqu’où ces initiatives peuvent-elles aller sans franchir les limites du droit ? Une chose est sûre : la justice devra trancher.

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