L’affaire secoue le milieu artistique niçois. Un professeur de danse de 70 ans, figure de la Compagnie des enfants du spectacle, a été placé en détention provisoire après de multiples plaintes pour agressions sexuelles, exhibitionnisme et corruption de mineurs. Une enquête tentaculaire, portant sur près de trente ans de faits présumés, qui interroge sur les mécanismes de silence et de protection des victimes.
Une affaire révélée par une série de plaintes
L’information judiciaire, confirmée par le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, fait état d’une accumulation de témoignages accablants.
Depuis 2025, plusieurs jeunes filles et jeunes femmes ont déposé plainte auprès des services de police, dénonçant des faits d’agressions sexuelles, d’exhibition sexuelle et de corruption de mineurs. L’homme, né en 1956, exerçait comme professeur de danse et directeur artistique au sein de la Compagnie des enfants du spectacle.
L’enquête a été confiée au service local de police judiciaire, qui a recueilli plus d’une dizaine de témoignages concordants. Selon le parquet, les faits allégués s’étendraient sur une période particulièrement longue, de 1996 à 2025.
Des accusations graves et un mode opératoire dénoncé
Dans son communiqué, Damien Martinelli décrit un ensemble de comportements particulièrement préoccupants.
Les plaignantes évoquent des attouchements répétés, notamment au niveau des fesses et des parties intimes, ainsi que des gestes présentés comme des « massages » dans un cadre pédagogique détourné. Certaines dénoncent également des situations imposées dans des lieux privés, notamment dans la chambre du professeur lors de tournées.
D’autres éléments troublants sont évoqués : l’absence de portes dans les vestiaires, la présence d’un miroir permettant d’observer les élèves, ou encore des consignes vestimentaires inhabituelles, comme l’interdiction de porter des hauts de maillot à la plage.
Ces témoignages décrivent un climat d’emprise progressive, dans lequel la relation pédagogique aurait été utilisée pour instaurer une proximité jugée déplacée, voire coercitive.
Une interpellation suivie d’un placement en détention
L’homme a été placé en garde à vue le 4 mai 2026. Durant son audition, il a contesté l’ensemble des faits qui lui sont reprochés.
À l’issue de sa présentation devant l’autorité judiciaire, le parquet de Nice a requis son placement en détention provisoire, une mesure validée dans la soirée du 6 mai. À ce stade, il reste présumé innocent, conformément aux principes fondamentaux du droit pénal français rappelés par le Ministère de la Justice.
Un choc pour le milieu artistique local
Au-delà de la procédure judiciaire, cette affaire provoque une onde de choc dans le paysage culturel niçois. La Compagnie des enfants du spectacle, structure reconnue dans le domaine de la formation artistique des jeunes, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une crise majeure.
Le secteur de l’enseignement artistique, souvent fondé sur des relations de confiance étroites entre professeurs et élèves, est particulièrement exposé à ces dérives. Plusieurs rapports récents, notamment ceux du Haut Conseil à l’Égalité, soulignent les risques de violences sexuelles dans les environnements éducatifs et artistiques, où les rapports d’autorité peuvent être détournés.
Libération de la parole et enjeux judiciaires
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de libération de la parole des victimes de violences sexuelles, encouragée depuis plusieurs années par les mouvements sociétaux et les dispositifs institutionnels.
Selon les données du Ministère de l’Intérieur, les plaintes pour violences sexuelles ont fortement augmenté ces dernières années, reflet d’une meilleure prise en compte des victimes et d’une confiance accrue dans les institutions.
Reste désormais à la justice d’établir les faits, dans une procédure qui s’annonce longue et sensible, compte tenu de l’ancienneté de certaines accusations et du nombre de témoignages recueillis.
Une affaire emblématique
À Nice, ce dossier pourrait devenir emblématique des dérives possibles dans certains environnements artistiques, mais aussi de la capacité des victimes à briser le silence.
Entre présomption d’innocence et gravité des faits dénoncés, l’équilibre judiciaire devra être scrupuleusement respecté. Une chose est certaine : cette affaire marque un tournant, tant pour les institutions locales que pour la vigilance collective autour de la protection des mineurs.
La Rédaction













