Accueil À la Une HOMMAGE – Cinéma • Nadia Farès : une femme forte des Rivières Pourpres…

HOMMAGE – Cinéma • Nadia Farès : une femme forte des Rivières Pourpres…

Près d’une semaine après avoir été retrouvée inconsciente dans une piscine à Paris et avoir été placée dans un coma artificiel, l’actrice Nadia Farès est décédée. Elle avait 57 ans.

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Ce sont ses filles, Shana et Cylia qui ont annoncé sa mort ce vendredi 17 avril 2026 dans une communiqué à l’AFP : « C’est avec une grande tristesse que nous vous annonçons le décès de notre maman (…) à la suite d’un incident cardiaque». Elle laisse l’image d’une actrice intense et populaire, qui a marqué aussi bien le grand écran que la fiction télévisée française et internationale. Sa disparition résonne particulièrement chez tous ceux pour qui son visage et sa voix ont accompagné les années 1990 et 2000.

Une enfant de la Méditerranée devenue visage du cinéma français

Née en 1968 à Marrakech, puis élevée notamment à Nice, Nadia Farès grandit entre soleil méditerranéen et désir de scène. Très tôt attirée par le spectacle, elle monte à Paris pour tenter sa chance, multipliant les castings jusqu’à décrocher ses premiers rôles à la télévision au début des années 1990. C’est là que se dessine déjà ce qui fera sa force d’actrice : une présence charnelle, un regard qui capte la caméra, et une capacité à naviguer entre fragilité et dureté.

Les débuts à la télévision

Avant de s’imposer au cinéma, Nadia Farès fait ses premières armes sur le petit écran, terrain d’apprentissage et de reconnaissance publique. Elle apparaît notamment dans le téléfilm « L’Exil » en 1991, puis dans des séries comme « Navarro » et la coproduction internationale « L’Exilé », où elle s’aguerrit au jeu devant la caméra. Cette période forge son professionnalisme et son endurance, dans un univers télévisuel alors en pleine mutation, où les séries policières et les fictions de prime time s’imposent comme rendez‑vous populaires.

Très vite, Nadia Farès devient un visage familier de la fiction française, enchaînant téléfilms et séries au cours des années 1990. Elle y explore déjà des rôles de femmes fortes, combattives, souvent prises dans des situations extrêmes, comme dans « Flairs ennemis » ou la collection « Combats de femme », dont elle incarne l’une des héroïnes.

La révélation au cinéma

Le cinéma lui ouvre les portes dès 1992, avec la comédie « Les Amis de ma femme » de Didier Van Cauwelaert, qui marque ses débuts sur grand écran. Mais c’est en 1994 qu’elle explose véritablement aux yeux du grand public avec « Elles n’oublient jamais » de Christopher Frank, où elle interprète Angela, femme séduisante, vénéneuse et obsessionnelle face à Thierry Lhermitte. Ce rôle, mélange de sensualité et de danger, l’impose comme une nouvelle figure du thriller à la française, capable de porter un film sur ses épaules.

La seconde partie des années 1990 et le tournant des années 2000 la voient enchaîner les projets marquants avec une impressionnante régularité. On la retrouve dans « Dis‑moi oui… » d’Alexandre Arcady, puis chez Claude Lelouch dans « Hommes, femmes : mode d’emploi », avant un tournant décisif en 2000 avec « Les Rivières pourpres » de Mathieu Kassovitz. Dans ce polar sombre devenu film culte, elle s’inscrit pleinement dans le cinéma de genre français, aux côtés de Jean Reno et Vincent Cassel, gagnant une notoriété durable.

Une reine du thriller et du film de genre

Au-delà des cases, Nadia Farès s’impose comme une actrice phare du thriller et du film de genre, là où les personnages féminins ne sont jamais décoratifs mais moteurs de l’action. Après « Les Rivières pourpres », elle enchaîne par exemple avec « Nid de guêpes » de Florent‑Emilio Siri, film de siège nerveux où elle incarne une femme au cœur d’un dispositif d’action très masculin. Elle joue également dans « Pour le plaisir » et « L’Ex‑femme de ma vie », confirmant sa capacité à passer du registre dramatique au registre plus léger sans perdre en intensité.

Cette énergie et cette précision de jeu lui ouvrent les portes de productions internationales. Elle tourne notamment dans le film d’action « Rogue – L’Ultime affrontement » (également connu sous le titre « War »), aux côtés de stars comme Jet Li et Jason Statham, où elle interprète l’agent Jade Kinler. Elle s’illustre aussi dans le film de genre « Storm Warning », confirmant un tropisme pour les univers tendus, physiques, où la survie se joue à chaque scène.

Créatrice, scénariste, réalisatrice

Nadia Farès ne se contente pas d’être interprète : elle écrit et réalise également, cherchant à reprendre la main sur les récits et les personnages féminins qui lui tiennent à cœur. En 2003, elle signe pour Arte le téléfilm « Anomalies passagères », dont elle est à la fois scénariste et réalisatrice, prouvant qu’elle sait aussi se placer derrière la caméra. Cette incursion témoigne d’un rapport très conscient au métier, où l’on réfléchit aux histoires que l’on raconte et à la place qu’y occupent les femmes.

Elle s’essaie par ailleurs à la production et développe des projets autour de figures artistiques fortes, comme ce rôle de Dalida qu’elle préparait pour un film de Mabrouk El Mechri. Même lorsque ces projets restent à l’état d’ébauche, ils disent beaucoup de ses ambitions : incarner des destins complexes, souvent tourmentés, loin des stéréotypes.

Une parenthèse, puis le retour par les séries

Après une première partie de carrière très dense, Nadia Farès choisit de s’éloigner des plateaux pour se consacrer à sa vie personnelle et à sa famille. Cette parenthèse dure plusieurs années, jusqu’à son retour remarqué en 2016, par la télévision, dans la série « Marseille » produite par Netflix, où elle incarne Vanessa d’Abrantès, présidente du conseil départemental des Bouches‑du‑Rhône. Avec ce personnage de femme de pouvoir au cœur d’un jeu politique brutal, elle retrouve un registre qu’elle maîtrise : celui de la force contenue, de l’ambivalence et du secret.

Ce retour par la fiction sérielle se confirme ensuite avec plusieurs mini‑séries à succès, qui vont contribuer à la faire redécouvrir à une nouvelle génération de téléspectateurs.

Un visage fort de la fiction française contemporaine

Dans les années 2010 et 2020, la télévision devient de nouveau un terrain privilégié pour Nadia Farès. Elle tient le rôle principal d’« Aurore Garnier » dans la mini‑série « Les Ombres rouges » en 2019, thriller familial où une enfant enlevée vingt‑cinq ans plus tôt resurgit, ressuscitant secrets et blessures. Elle enchaîne en 2021 avec « La Promesse », où elle interprète Inès Castaing, et avec « Luther » (adaptation française du succès britannique), dans le rôle de Rose, personnage à la fois trouble et captivant.

Ces séries confortent sa place de figure incontournable de la fiction policière et du drama français contemporain. Dans chacune, Nadia Farès impose un style : un jeu habité, sans effets superflus, où le non‑dit et le regard en disent autant que les dialogues. Pour beaucoup de spectateurs, elle incarne ce vers quoi tend la série française moderne : des personnages féminins complexes, qui tiennent tête à leurs homologues masculins et portent l’intrigue autant qu’eux.

Une carrière internationale et un dernier tournant au cinéma

Parallèlement à la télévision, Nadia Farès n’a jamais complètement abandonné le grand écran. On la retrouve en 2017 dans « Chacun sa vie » de Claude Lelouch, puis dans « Connectés » (2020) et « Haters » (2021), où elle continue à explorer des registres variés, du film choral au récit contemporain autour des réseaux sociaux. En 2022, elle partage l’affiche avec Mel Gibson dans le thriller « On the Line » de Romuald Boulanger, symbole d’une carrière qui s’est toujours jouée sur plusieurs territoires, entre France, Europe et États‑Unis.

Cette dimension internationale n’a pourtant jamais effacé ses racines françaises, ni son ancrage méditerranéen, souvent perceptible dans sa façon d’habiter le cadre et de donner du corps à ses personnages.

Ce qu’elle laisse

Nadia Farès aura traversé plus de trois décennies d’images, de la série policière du début des années 1990 aux plateformes de streaming des années 2020. Elle laisse derrière elle une filmographie où dominent les rôles de femmes puissantes, ambivalentes, parfois dangereuses, toujours humaines, qu’il s’agisse de la troublante Angela d’« Elles n’oublient jamais » ou des héroïnes marquées par le destin des séries récentes.

Pour le public, pour les équipes qui ont travaillé à ses côtés, elle restera cette actrice exigeante et généreuse, qui prenait le cinéma et la télévision au sérieux parce qu’elle savait combien ces fictions marquent des vies. À l’heure où l’on se retourne sur son parcours, une chose s’impose : Nadia Farès aura contribué à écrire quelques‑unes des pages les plus fortes du cinéma de genre français et de la fiction télévisée de ces trente dernières années, avec une intensité qui, elle, ne s’éteindra pas.

Pascal Gaymard

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