Les forces en présence
À Cannes, trois listes seulement sont officiellement en lice pour le scrutin des 15 et 22 mars 2026. Elles incarnent un paysage politique très déséquilibré, où la majorité sortante domine largement. David Lisnard, maire sortant, conduit la liste de droite « Cannes gagne avec David Lisnard » (étiquette LR / droite indépendante), Lucas Mussio mène la liste du Rassemblement national « Cannes, croyons en nous ! », et Michel Hugues porte l’union de la gauche « Cannes à vous ! 2026 ». Lors du précédent scrutin de 2020, David Lisnard avait été réélu dès le premier tour avec plus de 88% des voix, dans un contexte de très forte abstention mais sans véritable suspense. Ce score écrasant donne la mesure de l’avance avec laquelle il aborde la campagne 2026.
Le bilan de David Lisnard
Depuis 2014, David Lisnard a construit sa légitimité sur une double promesse : embellir Cannes et assainir ses finances. Entre 2014 et 2025, la dette de la ville a diminué de 81,7 millions d’euros, tout en maintenant puis en baissant les taux communaux de 3,6% en 2025. Dans le même temps, la municipalité revendique 56 millions d’euros d’économies et une hausse des investissements dans tous les quartiers. Sur le terrain, ce bilan se traduit par une politique volontariste de réaménagement urbain : Croisette, Suquet, littoral, La Bocca, Allées de la Liberté, ou encore grandes opérations de reconquête de l’espace public. Le maire sortant insiste sur la transformation de La Bocca en « vrai centre‑ville », la requalification de la Nouvelle Frayère, la future rénovation du secteur Maréchal‑Juin, ainsi que les aménagements sur l’avenue de Grasse et dans le quartier République. À cela s’ajoutent des marqueurs politiques identifiés : priorité à la sécurité, soutien au commerce de proximité, modernisation des équipements culturels et sportifs, et gestion budgétaire jugée rigoureuse. Lors d’un débat, David Lisnard met en avant la baisse de la fiscalité locale pour les habitants, l’augmentation des investissements et l’amélioration du budget du CCAS, illustrant une ligne de droite gestionnaire assumée.
Le programme 2026 du maire sortant
La campagne 2026 prolonge clairement cette trajectoire. Les axes mis en avant par David Lisnard sont notamment : Qualité de vie et cadre urbain. Il souhaite poursuivre les grands chantiers d’embellissement, les requalifications des quartiers populaires, la valorisation du littoral boccassien, le plan d’aménagement des espaces publics emblématiques. A cela, s’ajoute la mobilité et le stationnement avec la défense des commerces de proximité par la création de parkings supplémentaires et développement des pistes cyclables, notamment sur la Croisette. Côté finances publiques, il veut maintenir une gestion stricte, et s’engage à poursuivre la réduction de la dette sans hausse d’impôts, en s’appuyant sur les économies déjà réalisées. Pour autant, il n’en oublie pas le social avec le renforcement du CCAS en portant une attention particulière aux quartiers prioritaires et aux actions de proximité dans l’espace public. David Lisnard revendique en résumé un projet « sérieux, ancré dans la réalité », articulé autour d’une droite indépendante, locale, très personnalisée et centrée sur « la victoire » de Cannes.
Ce que proposent ses deux adversaires
Face à ce bloc déjà installé, les candidatures de Lucas Mussio et de Michel Hugues peinent à apparaître autrement que comme des offres de témoignage. Pour le RN, Lucas Mussio, s’emploie à « partir à l’assaut de la citadelle Lisnard », multipliant les critiques sur l’insécurité, le coût de la vie et la place accordée au tourisme. Sa campagne se concentre sur la dénonciation d’une prétendue hausse de la délinquance et sur un discours de rupture avec les élites locales. Quant à Michel Hugues, à la tête d’une union de la gauche, il veut davantage de justice sociale, une transition écologique plus rapide et une gouvernance plus participative, en tentant de rassembler des électorats dispersés lors des précédents scrutins. Mais la réalité électorale est brutale : la gauche cannoise est historiquement faible, et le RN lui‑même part de niveaux relativement modestes pour espérer bousculer une droite largement majoritaire. Ni l’un ni l’autre ne dispose d’un ancrage comparable à celui de David Lisnard, ni de relais municipaux équivalents.
Après toutes ces considérations, tout converge vers un scénario écrit d’avance : la victoire de David Lisnard pour un troisième mandat.
Pascal Gaymard













