Sa disparition à 55 ans laisse un vide immense, mais aussi une empreinte joyeuse dans le cœur de ceux qui l’ont découvert sur scène, à la télévision, au cinéma… et aux côtés de son compagnon de route de toujours, Jean Dujardin.
Une âme de comédien, du café-théâtre au grand public
Né en 1970 à Villeneuve-Saint-Georges, Bruno Salomone s’est très tôt tourné vers la scène, écumant les cafés-théâtres parisiens dans les années 90 avec ses spectacles comiques. Il y forge son identité : un humour à la fois absurde, populaire et généreux, porté par un sens inné du rythme et de la répartie. Le grand public le découvre ensuite à la télévision et au cinéma, dans des téléfilms, des comédies et des spectacles solo comme N’est pas cochon d’Inde qui veut ou Bruno Salomone au Bataclan, où il impose une présence scénique aussi drôle que chaleureuse. Il devient aussi une voix familière, notamment en voix off du jeu Burger Quiz, et dans le doublage de films d’animation, où son timbre malicieux s’ancre durablement dans l’oreille du public.
Bruno et Jean : une fraternité née sur scène
L’histoire de Bruno Salomone ne se raconte pas sans celle de Jean Dujardin : leurs carrières sont cousues l’une à l’autre par plus de trente ans de complicité. Ils se rencontrent au milieu des années 90 dans les cafés-théâtres parisiens, notamment au Carré Blanc, au sein de la bande qui deviendra Les Nous C Nous. Avec cette troupe –Bruno, Jean et leurs comparses– ils parodient les boys bands de l’époque, signent le titre « Nous C Nous » qui grimpe dans le Top 50 et se font remarquer dans les émissions de Patrick Sébastien. Ils inventent ensemble un univers, une grammaire de gags et de personnages qui, encore aujourd’hui, continue de hanter les souvenirs des téléspectateurs.
Un duo qui traverse les années
Au-delà du groupe, le duo Salomone–Dujardin devient un fil rouge : sketchs en binôme pour Farce Attaque sur France 2, apparitions télévisées, puis retrouvailles régulières au cinéma. Quand Jean Dujardin devient Loulou dans Un gars, une fille puis star de cinéma, Bruno n’est jamais loin, comme un frère d’armes qui accompagne l’ascension sans jamais renier leurs débuts communs. Ils se retrouvent en 2005 dans Brice de Nice, où Bruno campe Igor d’Hossegor face au Brice surfeur lunaire de Jean, donnant naissance à un film devenu culte pour toute une génération. L’histoire continue avec Lucky Luke, où Dujardin porte le chapeau du cow-boy tandis que Salomone prête sa voix au cheval Jolly Jumper, puis avec Brice 3 en 2016, occasion de rejouer, des années plus tard, cette alchimie intacte devant la caméra.
Une amitié assumée, jusqu’au bout
Dans les mots de ceux qui les ont dirigés, Bruno et Jean avaient « grandi ensemble », partageant ce « passif de gags » qui ressurgissait à chaque phrase, comme si la simple présence de l’un déclenchait l’étincelle chez l’autre. Sur les tournages, on les décrit en osmose, portés par une complicité telle qu’il suffisait de les laisser vivre devant la caméra pour que la magie opère. Au moment de la disparition de Bruno Salomone, Jean Dujardin lui rend un hommage simple et bouleversant : une photo, un sourire, un mot –« Mon frère »– comme un aveu public de cette fraternité forgée dans les coulisses des cafés-théâtres et prolongée sur les plateaux de cinéma. En partageant des extraits de leurs sketchs et scènes communes, il rappelle que derrière les blagues et les personnages, il y avait surtout deux hommes qui ne se sont jamais vraiment quittés.
Ce qu’il laisse derrière lui
Bruno Salomone laisse une filmographie riche, du père tendre et un peu débordé de Fais pas ci, fais pas ça jusqu’aux rôles de cinéma et aux voix inoubliables de l’animation, mais surtout une image de comédien profondément aimé du public. Sa trajectoire raconte celle d’un artiste qui a su passer des petites salles à la notoriété sans perdre son goût du jeu, ni cette lumière dans le regard qui donnait envie de rire avec lui plutôt que simplement de l’écouter. On se souviendra de lui comme de l’ami fidèle, du partenaire de scène qui savait sublimer l’autre, du complice de Jean Dujardin mais aussi d’une génération de spectateurs qui ont grandi avec ses sketchs, ses séries, ses films. Et si l’on entend encore, en fond, les échos de leurs vannes partagées, c’est peut-être parce que, pour beaucoup, Bruno Salomone reste ce frère de rire qu’on n’oublie pas et que nous avons aimé.
Pascal Gaymard













