C’est le retour en force d’un cinéma à la fois politique et qui se veut populaire. L’événement a consacré UNE BATAILLE APRES L’AUTRE comme grand vainqueur de la soirée, tout en offrant une reconnaissance attendue à SINNERS, HAMNET ou encore au film d’animation coréen K‑POP DEMON HUNTERS.
Une soirée sous le signe de la satire politique
Animée par Conan O’Brien, qui a enchaîné les piques sur l’année écoulée à Hollywood, la cérémonie a surtout été marquée par le triomphe d’ UNE BATAILLE APRES L’AUTRE, comédie noire politique de Paul Thomas Anderson. Le film décroche l’Oscar du meilleur film, celui du meilleur réalisateur, ainsi que le prix du meilleur acteur dans un second rôle pour Sean Penn, qui incarne un mentor politique aussi charismatique que cynique. Cette fresque satirique, portée par un récit labyrinthique et un montage très travaillé mais long de 2h42, s’impose comme le symbole d’une édition où l’engagement politique ne se contente plus de l’arrière-plan, mais devient le cœur du spectacle. La victoire d’Anderson confirme son statut d’auteur majeur d’Hollywood, capable de concilier exigence formelle et reconnaissance institutionnelle.
Michael B. Jordan et Jessie Buckley, nouveaux visages des Oscars
Dans les catégories d’interprétation, les votants ont fait le choix d’une nouvelle génération déjà bien installée. Michael B. Jordan remporte ainsi l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans SINNERS, drame réalisé par Ryan Coogler qui mêle thriller social et réflexion morale. Son personnage, pris au piège d’un système violent qu’il alimente autant qu’il le subit, a été unanimement salué pour sa complexité. Côté féminin, Jessie Buckley s’impose tout naturellement comme meilleure actrice pour HAMNET, adaptation libre et lyrique autour de l’univers shakespearien. L’actrice irlandaise, déjà remarquée ces dernières années pour ses choix de rôles audacieux, signe ici une performance intense qui mêle fragilité intime et puissance tragique. Ce double sacre illustre la volonté de l’Académie de récompenser des carrières en pleine ascension plutôt que des figures déjà multi‑oscarisées.
Seconds rôles : la surprise Amy Madigan, la confirmation Sean Penn
Si la victoire de Sean Penn en second rôle masculin pour d’UNE BATAILLE APRES L’AUTRE entérine le statut de film‑phare de la soirée, c’est Amy Madigan qui crée la surprise en décrochant l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour WEAPONS. Dans ce thriller tendu, l’actrice campe une figure de soutien ambiguë, à mi‑chemin entre conscience morale et témoin impuissant. Face à elle, plusieurs favorites issues notamment de RAISON SENTIMENTALE semblaient mieux placées au début de la saison des prix, mais là encore, l’Académie a choisi de récompenser un rôle à la frontière du genre, ancré dans une dramaturgie sociale plus que dans le pur mélodrame.
SINNERS, FRANKESTEIN et la revanche des catégories techniques
Au‑delà des trophées d’interprétation, SINNERS s’illustre dans plusieurs catégories clés, notamment la photographie, confiée à Autumn Durald Arkapaw, dont le travail très contrasté et stylisé donne au film une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Le film repart également avec la chanson originale « I Lied to You », interprétée sur scène par Raphael Saadiq et devenue l’un des moments musicaux forts de la soirée. FRANKESTEIN, relecture gothique du mythe, trouve sa place dans le palmarès grâce à une musique originale sombre et ample, qui participe à la redéfinition du film de monstres à l’ère contemporaine. Plusieurs prix techniques –son, effets visuels, maquillage– se répartissent entre FRANKESTEIN, SINNERS et quelques outsiders comme TRAIN DREAMS et MARTY SUPREME, confirmant le haut niveau de la production hollywoodienne sur le plan visuel et sonore.
L’animation coréenne en vedette avec K‑POP DEMON HUNTERS
L’un des signaux les plus forts envoyés par cette édition vient de la catégorie du meilleur film d’animation, remportée par K‑POP DEMON HUNTERS. Production sud‑coréenne mêlant fantastique, comédie musicale et énergie pop, le film s’impose face à plusieurs grands studios américains et confirme la montée en puissance de l’animation asiatique sur la scène mondiale. Au‑delà de son design explosif et de ses séquences musicales, K‑POP DEMON HUNTERS a été salué pour son regard sur la célébrité et la pression médiatique, thèmes très contemporains pour un public jeune. Sa victoire, doublée d’une forte présence dans les discussions autour de la musique et de la chanson, laisse entrevoir un rééquilibrage durable du paysage animé, longtemps dominé par les grandes franchises américaines.
Une édition tournée vers le politique et l’international
En filigrane de ce palmarès, une tendance se dessine : la centralité des récits politiques et sociaux. UNE BATAILLE APRES L’AUTRE aborde de front les dérives de la vie publique sur un ton très woke, SINNERS ausculte les violences structurelles, tandis que d’autres titres nommés comme THE SECRET AGENT ou RAISON SENTIMENTALE inscrivent leurs intrigues dans des contextes historiques et sociaux précis. Parallèlement, la place des cinématographies non américaines s’affirme, que ce soit à travers l’animation coréenne, l’implication d’équipes internationales sur plusieurs productions ou la visibilité accrue de films européens et asiatiques dans les catégories d’écriture et de mise en scène. L’édition 2026 restera comme assez consensuelle avec une volonté de faire plaisir à tout le monde tout en ayant une vision très woke de l’actualité. On regrettera tout de même le sacrifice de Timothée Chalamet qui aurait largement mérité, un prix d’interprétation masculine…
Pascal Gaymard













