6 mai 2026 – CHUTE DU NIVEAU SCOLAIRE : CETTE PROFESSEURE DU PUBLIC BRISE LE SILENCE SUR L’EFFONDREMENT DE L’ÉCOLE : Le témoignage d’une professeure comme symptôme d’une école publique sous tension – Voir une vidéo sur Legend

Professeure de français au collège depuis vingt-six ans, passée par Saint-Denis avant d’enseigner à Paris, Cécile Chabot livre un témoignage sans détour sur l’état de l’école publique. Dans l’émission Légende, elle raconte la baisse du niveau, les écrans, la fatigue des enseignants, la pauvreté des élèves, la violence sociale qui entre dans les classes, mais aussi les « miracles » qui justifient encore, selon elle, de rester devant les collégiens.

« Ils savent déchiffrer, mais ils ne comprennent pas »

Il y a des phrases qui claquent comme des constats d’échec. Cécile Chabot, professeure de français, ne cherche pas l’effet de manche lorsqu’elle raconte son quotidien : « Dès la 6e, on se dit : ce n’est pas possible, ils ne savent pas écrire, ils ne savent pas lire. » Ce qu’elle décrit n’est pas seulement une impression de salle des profs. Les résultats PISA 2022 ont confirmé une baisse marquée des performances françaises, notamment en mathématiques et en compréhension de l’écrit, Vie publique rappelant que l’OCDE estime cette chute à une demi-année scolaire en compréhension de l’écrit et trois quarts d’année en mathématiques.

Dans son témoignage, l’enseignante ne parle pas d’élèves « nuls », mais d’enfants arrivant au collège avec des bases fragiles. Certains lisent syllabe par syllabe. D’autres déchiffrent, sans comprendre. Le problème, dit-elle, commence avant le collège : « Je referais une réforme sur l’école élémentaire. » Une manière de dire que le collège hérite souvent de difficultés déjà installées.

Le public, l’exigence et le tabou du privé

Le passage le plus explosif de l’entretien tient en une confession : Cécile Chabot enseigne dans le public, défend le public, mais a scolarisé ses propres enfants dans le privé. « Je vais me faire éclater, mais ce n’est pas grave », lâche-t-elle. Elle dit comprendre les parents qui font ce choix, non par rejet des professeurs du public, mais par inquiétude devant ce qu’elle appelle « une espèce de laxisme ».

La formule est brutale. Elle touche un nerf français : l’égalité scolaire proclamée, mais de plus en plus contournée par les familles qui en ont les moyens. Cécile Chabot affirme rester dans le public précisément pour les élèves « qui n’ont que le public pour s’élever ». C’est là toute la contradiction, et peut-être toute la noblesse de son propos : elle critique l’institution de l’intérieur, mais refuse de l’abandonner.

Les écrans, « mal du siècle » scolaire

Pour elle, le grand basculement de ces vingt-six dernières années tient en un mot : les écrans. Téléphones, réseaux sociaux, notifications, vidéos, messageries. Elle y voit une atteinte directe à l’écriture, au sommeil, à la concentration et aux relations entre élèves. « La ponctuation a totalement disparu », dit-elle, en décrivant des adolescents qui importent dans leurs copies les codes d’une conversation numérique sans syntaxe ni respiration.

L’alerte rejoint les données récentes sur les usages numériques des jeunes. L’étude Ipsos-CNL 2024 sur les jeunes Français et la lecture indique que les 16-19 ans consacrent jusqu’à 5h10 par jour aux écrans, hors usages scolaires, universitaires ou professionnels.

Une école traversée par la société

Ce que raconte Cécile Chabot dépasse la question du français. Dans sa classe, il y a la pauvreté, les vêtements trop légers en hiver, les fournitures données discrètement, les confidences dans les rédactions, les signalements, les violences intrafamiliales, les enfants qui appellent au secours sans toujours savoir le dire.

Elle rappelle une évidence souvent oubliée : un professeur n’enseigne jamais seulement une matière. Il reçoit des vies cabossées. Il doit parfois protéger, alerter, écouter, réparer un peu. « On n’est pas prof que pour être prof », résume-t-elle. Ce n’est pas un slogan. C’est une charge mentale.

L’institution, entre réformes et épuisement

L’enseignante se montre particulièrement sévère envers les réformes successives. Elle dit voir passer des dispositifs qui durent un an ou deux, puis disparaissent. Les « groupes de besoins », issus du « choc des savoirs », ont précisément connu ce destin : rendus obligatoires, ils ont été officiellement abandonnés comme obligation en mars 2026, deux ans après leur création, selon Le Monde.

Pour Cécile Chabot, les petits groupes peuvent pourtant fonctionner lorsqu’ils permettent de mieux suivre les élèves. Mais elle reproche à l’Éducation nationale son instabilité permanente : les bonnes idées ne tiennent pas, les mauvaises habitudes s’installent.

La salle des profs, soupape d’un métier usé

Elle raconte aussi la salle des profs, non comme un sanctuaire noble, mais comme une arrière-scène humaine. On y soupire, on y râle, on y lâche la pression avant de retourner en classe avec le sourire. Rien d’héroïque, rien de honteux non plus : seulement l’exutoire d’un métier nerveusement épuisant.

Cette fatigue se double d’une crise d’attractivité. En 2024, plus de 3.000 postes n’avaient pas été pourvus aux concours enseignants, signe d’un recrutement durablement fragilisé.

Malgré tout, les miracles

Ce qui sauve le témoignage du désespoir, ce sont les élèves eux-mêmes. Cécile Chabot parle d’un collégien capable de réciter un poème alors qu’on l’avait rangé parmi les faibles. D’une élève découvrant Maupassant et comprenant qu’elle n’est pas condamnée à être mauvaise en français. D’un enfant humilié que l’on protège d’un mot juste, d’une note sauvée, d’un regard.

Son livre s’appelle Prof ! Cours et miracle. Le mot « miracle » pourrait sembler excessif. Il ne l’est pas tout à fait. Dans une école fatiguée, un miracle, c’est parfois un élève qui comprend une phrase. Un enfant qui reprend confiance. Une classe qui écoute. Un professeur qui, malgré tout, revient le lendemain.

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